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Si Ryanair se pose un jour à Roissy, Air France l'aura bien cherché

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 29 novembre 2013 à 08:54 - Mis à jour le 29 novembre 2013 à 08:59

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Si jamais Ryanair réussissait son pari de se recentrer sur les grands aéroports pour capter davantage de clientèle affaires, Air France pourrait s’en mordre les doigts. La compagnie a été moteur dans la dénonciation des aides publiques accordées dans les régions à Ryanair dont la volonté de Bruxelles de les remettre en cause a contribué à convaincre la compagnie irlandaise de changer son modèle.

Air France pourrait s'en mordre les doigts. Quand on voit Ryanair se recentrer sur les grands aéroports pour capter davantage de clientèle affaires, les interrogations sont grandes sur le résultat de l'action menée depuis de nombreuses années par la compagnie française vis-à-vis de sa concurrente Ryanair qui, plutôt que de l'affaiblir risque au contraire de la rendre encore plus redoutable.

La plainte d'Air France contre les aides de Ryanair

Fallait-il dénoncer, au nom du principe de distorsion de concurrence, les subventions touchées par Ryanair des collectivités territoriales pour desservir de petits aéroports comme Pau, Angoulême, Nîmes, Tarbes, Rodez et bien d'autres au départ d'aéroports de seconde zone de Grande-Bretagne, Belgique ou d'Allemagne ?

Fallait-il être la seule compagnie aérienne européenne à porter plainte contre les pratiques de ces aéroports délaissés depuis belle lurette par la compagnie nationale, obligés, pour maintenir l'attractivité de leur territoire, de casser leur tirelire, dans des conditions pour le moins opaque ?

Fallait-il ainsi contribuer fortement à pousser Bruxelles à durcir sa règlementation comme elle s'apprête à le faire début 2014 et finir par convaincre Ryanair de revoir son modèle pour s'installer sur les grands aéroports ? Bref, fallait-il déployer autant d'énergie pour faire condamner le "système Ryanair" (le verdict de Bruxelles est lui aussi attendu en 2014) si, in fine, cette stratégie contre la compagnie irlandaise se retourne comme un effet boomerang?

Car si  Ryanair se pose un jour à Roissy, au cœur du hub d'Air France, voire à Orly si elle obtient des créneaux horaires, on se dira peut être à Air France qu'il valait mieux voir Ryanair à Carcassonne ou à Beauvais qu'au coeur de ses outils industriels sans aucun soutien des collectivités. Même si d'ici là, Transavia a atteint son rythme de croisière. Et qu'au lieu de se focaliser sur une contre-attaque juridique (aussi légitime soit-elle), il aurait mieux valu travailler sur une riposte opérationnelle.

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Le jour où Ryanair sera à Roissy ou Orly

Car, si la compagnie à bas coûts irlandaise continue ce qu'elle vient de débuter en se posant sur les aéroports principaux de Bruxelles, Rome et Barcelone, le danger pour Air France sera autrement plus grand que la présence, certes subventionnée de Ryanair sur les petits aéroports français, dont on peut d'ailleurs relativiser l'impact pour Air France. Cette dernière a toujours estimé que, même si Ryanair n'était pas en concurrence frontale avec elle, elle lui prenait des voyageurs qui auraient très bien pu voyager sur ses lignes vers d'autres destinations. Bien entendu, l'argument se tient, même si, cependant, une partie non négligeable de la clientèle de la compagnie à bas coûts, ne voyagerait tout simplement pas sans les bas prix de Ryanair.

Imbattable sur le plan des coûts

Car,  il ne faut pas s'y méprendre, en termes de coûts, Ryanair est imbattable en Europe. Si un grand nombre de routes exploitées aujourd'hui par la compagnie irlandaise ne sont rentables que par l'apport des aides financières des collectivités locales, ce n'est pas tant pour une mauvaise qualité opérationnelle ou d'une mauvaise gestion de coûts que par l'absence d'un marché "naturel" suffisant sur des lignes parfois « improbables ». Sa présence sur les grands aéroports risquerait de faire des dégâts. A condition que la compagnie parvienne à opérer une autre métamorphose : celle d'une compagnie plus proche du client, plus humaine, capable d'offrir quelques services suffisants  pour attirer les hommes d'affaires. Bref, changer d'image en passant d'une compagnie spartiate à une compagnie plus proche du modèle Easyjet. Un simple regard sur le nouveau site internet est édifiant. A l'ancien site style d'un "cheap" assumé avec des discounts partout et des couleurs pétantes, s'est substitué un site sobre, plus pratique et plutôt élégant. Pour autant Ryanair part de très loin. S'approprier une culture du client quand, pendant deux décennies, on n'a pas jugé bon de le faire, prendra énormément de temps. Surtout si la direction ne parvient pas à mobiliser son personnel sur ce thème, qui ne pourra passer que par un assouplissement de sa politique sociale. On n'en est pas là bien entendu.

Modèle hybride

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Ce virage stratégique va prendre des années et Ryanair va faire cohabiter pendant très très longtemps un modèle hybride. Easyjet a mis près d'une décennie pour la mettre à bien. Ryanair va courir derrière pendant longtemps. Les créneaux horaires sur les grands aéroports sont une denrée rare. Et quand bien même il s'en libérait, les meilleurs d'entre eux, ceux qui permettent d'effectuer des allers-retours dans la journée pour la clientèle affaires, seront très difficiles à obtenir. En revanche, à la moindre opportunité, comme à Rome ou à Barcelone, Ryanair s'y engouffrera.

Fabrice Gliszczynski

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