Bruxelles s’attaque aux aides de Ryanair : 270 aéroports sur la sellette

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Les aides accordées par les régions à Ryanair sont dans le collimateur
Les aides accordées par les régions à Ryanair sont dans le collimateur (Crédits : © 2010 Thomson Reuters)
Les nouvelles lignes directrices européennes en matière d'aides d'Etat dans le transport aérien et aéroportuaire vont se durcir. Leur application stricte menace tous les aéroports qui accueillent moins d'un million de passagers par an.

Sueurs froides dans de nombreux aéroports régionaux et territoires. Le projet de lignes directrices de la Commission européenne en matière d'aides d'Etat dans le secteur aéroportuaire et aérien va se durcir. Sans la citer, il vise essentiellement Ryanair qui monnaye la desserte des aéroports à une aide financière.

Notification des aides à partir de 200 000 passagers par an

Tel qu'il a été mis à consultation (il va être peaufiné pour être publié début 2014) le projet de résolution met en danger un très grand nombre de petites plateformes aéroportuaire. "L'application stricte des lignes directrices entraînera la disparition de 270 aéroports européens, dont un gros paquet en France", a expliqué vendredi lors du Congrès des aéroports francophones Alfa-ACI Alain Falque, ancien dirigeant d'Aéroports de Paris et aujourd'hui consultant.

Ce chiffre correspond au nombre d'aéroports qui accueillent moins d'un million de passagers par an (279 en fait), un seuil en dessous duquel les aides aux compagnies aériennes n'ont pas besoin aujourd'hui d'être notifiées à Bruxelles, mais qui le seront demain. Dans son projet, la Commission veut abaisser ce seuil à 200.000 passagers.

"Un petit aéroport ne sera jamais rentable"

Or, pour tous les petits aéroports qui traitent un trafic inférieur à 1 million de passager, impossible, contrairement à ceux qui dépassent ce seuil, de justifier l'attribution d'aides financières aux compagnies aériennes par un comportement d'investisseur avisé, une des conditions fixée par Bruxelles pour accorder des aides d'Etat. Car ils ne sont pas rentables.

"Un petit aéroport ne le sera jamais", a expliqué le patron de la direction générale de l'aviation civile (DGAC) Patrick Gandil. En effet, le trafic ne permet pas de générer des recettes suffisantes, notamment des revenus tirés commerces et éventuelles des recettes domaniales.

42,5% des aéroports européens dans le rouge

"Les neuf grands aéroports français gagnent 1,70 centime par passager, les moyens perdent le même montant, et les petits perdent 9 euros par passager", détaille Alain Falque. Résultat, de nombreux aéroports sont dans le rouge. "Au niveau européen, 42,5% des aéroports perdent de l'argent", précise Olivier Jankovec, directeur général de l'ACI Europe (association des aéroports internationaux). Doit-on les rayer de la carte ? "Ce n'est pas parce que je ne suis pas rentable que je ne sers à rien", indique le dirigeant d'un petit aéroport, en faisant allusion à son rôle dans le développement économique de sa région.

Problème, comme le déplore Alain Falque, "la Commission estime que les aéroports ne peuvent avoir d'autre rôle que celui de fonctionner en concurrence avec les autres aéroports, un système qui ne permet pas de subventions d'exploitation ou de financement. La Commission nie leur rôle d'aménagement du territoire".

Un point de vue partagé par le gouvernement français par la voix de Patrick Gandil, le directeur de la direction générale de l'aviation générale de l'aviation civile (DGAC)

"La France est favorable à ce qu'il n'y ait pas d'aides d'Etat pour les compagnies aériennes, sauf pour les lignes d'aménagement du territoire ou pour les démarrages d'activité de manière limitée dans le temps. Pour les aéroports, je ne comprends pas que l'on traite un aéroport comme un agent économique. Cela en est certes un, mais c'est aussi un service public local (…). On a besoin de tous les terrains y compris les plus petits. Cela représente un maillage dense qui permet de répondre à tous les besoins incluant l'aviation médicale pour l'évacuation sanitaire. Sinon un jour on aura un mort". Pour Olivier Jankovec, "il est important que la France fasse entendre sa voix".

Bruxelles ne s'attaque pas au fond du problème : le manque d'harmonisation fiscale

Pour Alain Falque, la Commission ne s'attaque pas au fond du problème : la différence fiscale entre les pays. Notamment la taxe d'aéroport, qui certes ne joue pas sur les résultats des aéroports dans la mesure où elle est reversée à l'Etat pour financer la sûreté, mais dont la cherté constitue en revanche en France un repoussoir pour les compagnies aériennes.

"La taxe sûreté n'existe pas à Charleroi, est de 95 centimes à Munich, 1,5 euro à Francfort, 2 euros en Espagne et entre 6 et 12 euros en France. Cela crée une concurrence importance sur les aéroports frontaliers. La Commission ne considère pas ce point comme une aide d'Etat", explique Alain Falque, qui élargit le débat à l'ensemble des taxes d'Etat. "Elles n'existent pas en Belgique, s'élèvent 3,53 euros par passager en Espagne, à 8,68 euros en Allemagne et 15,30 euros au Royaume-Uni et entre 14,75 et 20,75 euros en France. Quand on parle de subventions, il faut tenir compte de cela", explique Alain Falque.

Distorsion de concurrence

Président de l'aéroport de La Rochelle et de l'Alfa ACI, Thomas Juin confirme : "Bruxelles veut imposer des règles identiques pour tout le monde mais celles-ci s'appliquent à un système différent en termes de taxation. Quand cette dernière varie entre 3 et 20 euros par passager selon les pays, il y a des distorsions de concurrence qui expliquent tout le problème qu'ont les petits aéroports dans leur relation avec les compagnies aériennes". Pour être aussi attractifs que leurs voisins, les aéroports français cassent leur tirelire pour attirer Ryanair. "Tant qu'il n'y aura pas d'homogéneité, il sera dur d'appliquer les lignes directrices", explique Thomas Juin.

Bruxelles pourrait assouplir son projet

Selon plusieurs sources, Bruxelles pourrait relever le seuil à partir duquel il faut notifier une aide d'Etat à 500 000 passagers par an. Ce qui permettrait à la plupart des aéroports français de passer entre les mailles du filet. En effet, sur les 17 aéroports comptant moins d'un million de passagers annuels, seuls deux se situent entre 500.000 et un million de voyageurs, explique Jean-Michel Vernhes, le président de l'Union des aéroports français (UAF).

Si Thomas Juin estime que ces lignes de directrices sont une bonne chose car elles vont permettre d'apporter la transparence au système, il prône la mise en place de règles permettant aux petits aéroports d'atteindre la taille de un million de passager afin d'entrer dans le cadre général. "Nous avons suggéré que les aéroports mettent à disposition des plans d'affaires en montrant que les accords passés avec les compagnies aériennes améliore leur rentabilité et couvre les coûts marginaux", explique-t-il. Et d'ajouter : "il faut plus de souplesse, sinon le pas vu pas pris continuera".

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Commentaires
a écrit le 01/12/2013 à 10:57 :
Un aéroport par sous-préfecture en France. Voilà ce qui a été le rêve de nos élus. Le réveil sera difficile.
a écrit le 01/12/2013 à 9:58 :
Il est grand temps que l'Europe mette de l'ordre dans ce gaspillage d'aéroports. Sur 40 aéroports français (le plus grand nombre d'Europe au km2) seulement 20 font plus d'un million de passagers, seuil de rentabilité. Les autres, installés dans des sous-préfectures par vanité de nos élus, plombent les finances publiques.
a écrit le 28/11/2013 à 15:44 :
Mais qui sont-ils ces membres de la commission européenne, qui décident pour tout et sur tout et au nom de tous? Quelle légitimité ont-ils? Sont-ils élus pour avoir un tel pouvoir de décision qui surpasse celui des chefs d'états et de gouvernement?
Autant de questions sans réponses.
Réponse de le 11/12/2013 à 7:09 :
Bonjour,je vous approuve totalement, qui sont ces fonctionnaires qui se donne le droit de décider de tout dans tout et pour tout ???
a écrit le 27/11/2013 à 16:13 :
@Pepe: une entreprise dans un système capitaliste, c'est fait pour gagner de l'argent, pas pour pomper celui du contribuable. Si les aéroports que tu cites ferment parce que Ryanair ne reçoit plus de subventions, c'est qu'il n'y a pas de clientèle viable et que naturellement, ces aéroports ne devraient pas exister. Dans ton modèle économique, je devrais aussi recevoir des subventions, non :-)
Réponse de le 01/12/2013 à 10:10 :
Entre une subvention pour l'école des enfants (ou les hôpitaux) et un financement des voyages de vacances en avion, il y a une marge. Ce doit être ça, le socialisme "à la française". L'avion pour tous, payé par ceux qui ne le prendront jamais. Et un pays où on manifeste "contre l'austérité" !
a écrit le 27/11/2013 à 11:23 :
Je suis un technocrate de Bruxelles et utilise parfois Ryanair pour des déplacements privés, donc je sors aussi de ma tour d'ivoire! C'est commode pour aller dans des aéroports petits comme ceux que vous citez, Carcassonne ou Béziers. Pour autant, est-il normal que les CCI qui gèrent ces aéroports subventionnent largement Ryanair? La question mérite d'etre posée et analysée cas par cas, en tenant compte des effets positifs (aménagement du territoire...) et négatifs (Ryanair, entreprise très rentable, recevant de l'argent public). La proposition qui est faite est que, au dessus de 200000 euros, la subvention doive être approuvée ou rejetée par Bruxelles. Ca ne me parait pas délirant. Quant à l'exemple concret que vous donnez, il est vrai pour le Royaume-Uni mais moins pour la Belgique qui a une bonne desserte TGV vers le sud de la France.
Réponse de le 27/11/2013 à 13:30 :
Encore une fois de quoi se mêle la commission ? Si vous et vos semblables avaient existé au 19ème siècle ni Charleroi, ni Liège ni Saint-Etienne ne se seraient développés au 19è !
De plus chaque pays connait une situation particulière : en France ce sont les CCI qui subventionnent, en Belgique c'est un etat fédéré, la Région Wallonne, quelle est la situation en Espagne, En Estonie ou en Suède. La régulation c'est avant tout empêcher lesq gens de travailler. Pourqoi la commission ne controle pas ADP (Aéroport de PAris) qui applique des tarifs élévés, une mauvaise qualité de service et qui dépensent son argent prélevé en taxes à construire des centres commerciaux (Aéroville) ou des bureaux (Coeur d'Orly) au lieu de faire son boulot ? La réponse c'est que les gens d'ADP sont des huts fonctionnaires et les hyène ne se mangent pas entre elles ...
a écrit le 27/11/2013 à 10:33 :
Il est surement nécessaire de clarifier les relations entre Ryan Air et les plateformes aéroportuaires desservies par cette compagnie.
Mais encore une fois, sur un sujet légitime à l'échelle des pays voire des régions, de quoi se mêle la commission européenne ?
D'abord, ces fonctionnaires ne se déplacent jamais en Europe pour se rendre compte sur place et de visu des effets de leurs régulations !
Ensuite, ces subventions versées à Ryan Air ou à l'aéroport ne sont rien d'autres que des primes d'aménagement du territoire.
Je m'explique avec l'exemple de Ryan Air Dans le sud de la France, qui dessert Biarritz, Lourdes, Perpignan, Carcassonne, Béziers et transport des personnes depuis le Royaume-Uni et/ou Bruxelles-Charleroi. Si on stoppe les aides, ces lignes vont être fermées et rabattues sur Toulouse, seul aéroport d'importance dans la zone. Les voyageurs descendront donc à Toulouse et continueront leur voyage en louant des véhicules à Toulouse ou en prenant un bus depuis Toulouse. Ce qui renforcera la métropole toulousaine en terme d'activité économique mais privera les autres agglomérations citées plus haut de ces activités économiques : personnels aéroportuaires, location de voitures, lignes de bus, restauration, nuits d'hôtels, etc ..
Et rejettera ces zones et leurs habitants dans le territoire de seconde zone qui n'intéresse personne et ne participe pas à la croissance : lire les travaux de Christophe Guilluy sur ce Thème "Fractures Françaises" Ed. Bourin 2010.
a écrit le 27/11/2013 à 2:58 :
J'avoue, j'aime ce combat des chefs pour savoir qui aura le dernier mot pour fixer les règles et se faire sa petite clientèle captive...
Si si, j'aime beaucoup la distribution de pognon gratuit le matin... comme une odeur de régulation et de bureaucratie centrale... ça sent la victoire de la Nomenklatura.
a écrit le 26/11/2013 à 23:02 :
@@patrickb: qui a parlé de niveler par le bas, et en quoi vouloir l'égalité pour tous serait du sociocommunisme ?
a écrit le 26/11/2013 à 19:55 :
le plus exravagant est la difference de taxe sureté et d'etat entre la France et ses voisins
a écrit le 26/11/2013 à 19:23 :
Alors ne pourquoi pas fermer les petits aéroports qui ne rapportent rien ? En temps de crise, chaque centime compte. De toutes façons l'état est ruiné, donc ça devait arriver avec ou sans bruxelles ! On approche la situation grecque chaque jour.
a écrit le 26/11/2013 à 18:41 :
enfin , une bonne nouvelle .Ryanair sans subvention disparaitra rapidement .
Réponse de le 26/11/2013 à 20:52 :
C'est beau de rêver, on dit même qu'il faut aller au bout de ses rêves ... mais parfois il faut savoir garder les pieds sur terre ... d'autres compagnies disparaitront avant RYR
Réponse de le 27/11/2013 à 10:21 :
Qu'il paye comme les autres çà suffit cette concurrence déloyale, ça a trop duré cette magouille
a écrit le 26/11/2013 à 18:27 :
"Si" a raison. Son explication ne résume pas tout, mais cet aspect est important. La France est un des pays au monde, où on trouve le plus d'aéroports. Trois exemples: Pau et Tarbes reliés par une voie rapide: un aéroport chacune. Montpellier et Béziers, itou. Le record est battu en Corse avec 4 aéroports pour 300 000 habitants. Conséquence: les insulaires payent et les low Cost encaissent. Si nous prenons l'exemple de l'aéroport de Figari, une association (privé/puclic) a versé jusqu'à près de 400 000 euros à Ryanair pour quelques milliers de passagers. Dès la deuxième année, la compagnie ne venait plus en hiver, elle voulait une rallonge budgétaire. Aujourd'hui, plus qu'une ligne (estivale) vers Charleroi. Cela fait beaucoup d'argent....
a écrit le 26/11/2013 à 17:43 :
C'est un bon départ, mais il faudrait aussi arrêter de verser de l'argent aux "pays pauvres" de l'Union Européenne qui attirent les entreprises en ayant des taux d'imposition plus faibles que ceux des autres pays de l'UE. Si L'irlande en particulier avait les mêmes taux, peut-être que ce pays ne ferait plus partie des pauvres et ces recettes fiscales seraient en tout cas supérieures !!! Si Ryanair ne peut plus bénéficier des subventions en Europe et que le taux d'imposition en Irlande devient le même qu'ailleurs, cette compagnie disparaît dès la semaine prochaine :-)
Réponse de le 26/11/2013 à 18:05 :
Pourquoi avoir une mentalité de socialo syndics communiste? Et vouloir un nivellement par le bas ...?
Vous le voyez bien en France, on impose à mort les sociétés et ça fonctionne du tonnerre ...
Réponse de le 26/11/2013 à 23:02 :
@@patrickb: qui a parlé de niveler par le bas, et en quoi vouloir l'égalité pour tous serait du sociocommunisme ?
a écrit le 26/11/2013 à 15:11 :
En plus dans ces aérodromes subventionnés il y a une majorité de voyageurs subventionnés .Elus politiques ou cadres administratifs faisant leurs aller retour quotidiens avec la capitale. Facile d'augmenter les impôts et de vivre a la note de frais.
a écrit le 26/11/2013 à 15:07 :
Entreprises subventionnées ou fonctionnaire: même combat.
a écrit le 26/11/2013 à 14:07 :
... des aéroports doivent payer des compagnies aériennes pour les desservir et s'ils ne sont pas rentables, c'est que leur construction a fait l'objet de marchandages bassement politiques, qu'il y a eu corruption et qu'ils sont totalement inutiles. Ce n'est pas à l'ensemble de la société a assumer, via des impôts de plus en plus lourds, des aéroports de brousse qui n'ont aucune fréquentation et aucun intérêt. Que leur construction ait fait l'objet de marchés très discutables et de corruption est une chose, qu'on les maintienne artificiellement à grands coups de prélvements fiscaux (car c'est bien de cela qu'il s'agit) alors qu'ils ne servent à rien, est une autre histoire. Qui doit se terminer au plus vite ! Fermeture immédiate, expulsion de Ryanair qui fait payer ses billets à l'esnemble des contribuables européens (via ses exigences financières imposées aux aéroports et payées par des aides qui, elles-mêmes, proviennent des impôts) et reconversion des zones aéroportuaires en différentes choses utiles : logements, espaces verts, zones protégées, ... certes, cela impliquera forcément moins de corruption, mais ce sera certainement plus utile et égrable que ces sous-aéroports qui ne sont que nuisances et pollution. Bon débarras !
Réponse de le 26/11/2013 à 16:25 :
OK, il faut retrouver le bon sens
Réponse de le 27/11/2013 à 10:25 :
Tu es de ceux qui veulent bien un aéroport près de chez toi, les autres n'ont qu'à se débrouiller mais ils payent aussi des impôts. Si tu préfères manger ta soupe devant la télé, d'autres préfèrent voyager alors pour moi il n'y a pas photo. Le communiste à sauté partout mais il reste encore quelques irréductibles.
a écrit le 26/11/2013 à 13:57 :
Pouvez-vous nous dire où nous pouvons trouver la liste des aéroports concernés? Merci

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