Aéroport de Toulouse : le projet de hub chinois dérange Air France

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Ce projet comporte son lot d'incertitudes puisqu'il suppose que le consortium parvienne à convaincre les compagnies chinoises de desservir Toulouse.
Ce projet comporte son lot d'incertitudes puisqu'il suppose que le consortium parvienne à convaincre les compagnies chinoises de desservir Toulouse. (Crédits : Photo: Rémi Benoit)
Alexandre de Juniac, le Pdg du groupe français, a déclaré que la création à Toulouse d'un "hub", concurrent de Roissy, ne l'enthousiasmait pas beaucoup. Les investisseurs chinois envisagent en effet de créer à Toulouse une nouvelle plateforme de correspondance aéroportuaire.

Alors que l'offre d'investisseurs chinois pour le rachat de la participation de l'Etat dans le capital de l'aéroport de Toulouse-Blagnac suscite la polémique, Air France-KLM entre dans le débat. Bien plus que la nationalité future du repreneur du 6e aéroport de France, c'est le projet de développer un hub à Toulouse -comme l'envisage le consortium chinois- qui interpelle l'opérateur de transports aérien.

"Je n'ai pas d'avis sur la privatisation. Si c'est pour créer un hub concurrent de Roissy Charles-de-Gaulle, je ne peux pas dire que cela m'enthousiasme beaucoup. Développer un hub pour des compagnies chinoises à Toulouse mérite qu'il y ait quelques questions et précisions à avoir", a déclaré ce mardi le Pdg du groupe français Alexandre de Juniac, à l'American European Press Club.

Un hub à Toulouse

Selon des connaisseurs du projet chinois, le consortium chinois compte convaincre des compagnies aériennes chinoises d'ouvrir des vols entre la Chine (notamment Shenzen) et Toulouse. Une offre attractive qui permettrait d'attirer de nouvelles lignes, à la fois court et long-courrier et donc de créer in fine un nouveau hub dans le Sud-Ouest de la France. Mais, fait valoir une source chinoise, "l'objectif est de ne pas déconstruire le hub de Roissy".

Incertitudes

Ce projet comporte son lot d'incertitudes puisqu'il suppose que le consortium parvienne à convaincre les compagnies chinoises de desservir Toulouse. Ce qui est loin d'être évident. D'autant plus que deux des plus grosses compagnies chinoises China Eastern, et China Southern sont partenaires d'Air France sur les vols entre la Chine et Paris. Et disposent déjà à Roissy d'une offre de vols en correspondance très étoffée.

"Pour être clair, le projet n'est pas de chercher à transférer à Toulouse les vols actuellement assurés par des compagnies chinoises vers Paris, mais de développer l'activité", assure un connaisseur du projet chinois.

S'il ne faut pas rejeter l'idée que des partenaires d'Air France puissent ouvrir des vols long-courrier vers des métropoles régionales (l'américaine Delta dispose de vols sur Nice), la création d'un véritable hub à Toulouse pose question. D'autant plus avec son positionnement excentré, à l'ouest de l'Europe.

Avis des collectivités

Ce lundi, les quatre candidats à la privatisation (un consortium chinois, Aéroports de Paris, Vinci et le fonds Cube) ont été auditionnés par les actionnaires régionaux (la CCI de Toulouse, qui détient 25% du capital de Toulouse-Blagnac; et trois collectivités locales qui détiennent chacune 5% du capital: la région Midi-Pyrénées, le département de Haute-Garonne et la communauté urbaine de Toulouse Métropole. Pour mémoire, l'Etat, qui possède 60% du capital, va vendre 49,99% de sa participation, avec une option de vente pour les 10,01% restants (soit au total 60%).

Les collectivités doivent rendre leur avis le 19 novembre si tant est qu'elles parviennent à avoir un avis unanime. Le gouvernement rendra dans un délai d'un mois sa décision sur le candidat retenu, a fait savoir lundi le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, alors qu'une décision était initialement attendue d'ici à la fin novembre.

Divisions à Toulouse

Composée de Shandong Hi-Speed Group et FPAM Group (un fonds d'investissement spécialisé dans les activités aéroportuaires, filiale de FPI Group), l'offre chinoise, à laquelle est allié le groupe canadien SNC Lavalin, suscite la polémique. D'autant plus qu'elle serait la mieux-disante au plan financier.

Jean-Louis Chauzy, le président du Conseil économique, social et environnemental (Ceser) de Midi-Pyrénées s'est ouvertement prononcé contre ce consortium.

"Le Ceser ne saurait admettre qu'un groupe chinois devienne propriétaire d'un aéroport aussi stratégique et rentable que celui de Toulouse-Blagnac où se situent les activités des leaders mondiaux de l'aéronautique que sont ATR et Airbus", écrivait-il il y a deux semaines au Premier ministre, Manuel Valls, dans un courrier dont Reuters a eu connaissance.

Localement, d'autres voix soutiennent pourtant la candidature chinoise. Jean-Luc Moudenc, maire UMP de Toulouse et président de la communauté urbaine Toulouse Métropole, a ainsi rappelé la semaine dernière que, dans le cadre d'un "appel d'offres international, tout groupement (devait) pouvoir candidater". L'élu, pour qui "l'intérêt du territoire" prime, souhaite que le futur exploitant s'investisse financièrement dans des grands projets de la métropole, notamment le futur parc des expositions qui doit être construit près de l'aéroport. Côté chinois, la possibilité d'investir est à l'étude.

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Commentaires
a écrit le 01/12/2014 à 11:37 :
le site MEDIAPART a fait état d'un doute sur l'éthique du consortiun chinois. Il contiendrait un fond d'investissement rompu à des pratiques d'optimisations fiscales douteuses. Alors quid monsieur le journaliste de la Tribune ?
a écrit le 19/11/2014 à 13:23 :
Bonjour , Cet article m'amène deux interrogations. 1) a quoi sert et dans quel but la vente d actif de l état ( hormis contribue à la gabegie de ce même états) ? 2) que des chinois réponde à l appel d offre pourquoi pas. Mais dans les mêmes conditions d installation des entreprises Françaises en Chine ( capitaux maximum, obligations d un parrain français, et possibilité de les éjecté des que nécessaire) . Si ces deux conditions amené des réponse positives dans l intérêt des contribuables que nous sommes, pourquoi pas!!!!!
a écrit le 19/11/2014 à 11:00 :
Aux chinois les bénéfices du monopole qu'ils auront, et aux contribuables français la charge de tout ce qui va autour : train, métro, route etc ...
Mais bon sang arrêtez cette braderie, les français ont assez d'epargne pour financer ça ....
a écrit le 19/11/2014 à 10:48 :
Evoquer comme argument contre le hub l'aspect excentré de l'aéroport de Toulouse est un peu hors-sujet. Le transport aérien travaille sur une notion d'espace-temps différente des transports terrestres. La plupart des hub existants (Paris, Londres, Amsterdam, Barcelone...) pourraient être aussi considérés comme partiellement excentrés. Et que dire des hubs du golfe persique qui ne sont pas particulièrement idéalement situés, y compris pour les liaisons Europe-Asie.
Réponse de le 19/11/2014 à 13:08 :
Les liaisons aériennes cherchent à approcher au mieux l'orthodromie (voie la moins longue). Raison pour laquelle, vu l'historicité des vols transatlantiques, l'Europe du Nord Ouest est surreprésentée. Sans vérifier, il est probable qu'un Toulouse USA du Nord passerait pas loin de Londres... Il y a donc bien "excentrement". Pour le Golfe, vous avez raison, mais ce que promeuvent leurs compagnies aériennes, ce n'est pas le transport, mais du confort/plaisir. Quant à mettre les offres de Londres et Barcelone sur le même plan... c'est un rien outré. Régional ?
a écrit le 19/11/2014 à 9:20 :
Et si AirFrance alors supportait l'offre de Wiseed de prendre part au financement par la foule (crowdfounding) de l'aeroport de Toulouse ?
a écrit le 19/11/2014 à 9:08 :
China airlines est partenaire d' air france aussi ( skyteam ), c' est la première compagnie quand même..
Réponse de le 19/11/2014 à 10:47 :
China Airlines est Taiwanais! Je pense que vous voulait dire China Southern Airlines.
Réponse de le 19/11/2014 à 12:55 :
air china internationnal
a écrit le 19/11/2014 à 8:26 :
Air France devrait se remuer les fesses au lieu de s'endormir ou faire grève; quand on voit le bénéfice d'EasyJet +21% on est en droit de se poser des questions
Réponse de le 19/11/2014 à 9:22 :
tu arrives a faire la difference entre une "jeune" societe en croissance EasyJet et une, AirFrance plus etablie (mature) ?
a écrit le 19/11/2014 à 8:24 :
On n aime pas la concurrence en France...il faut bien que nos privilegies de pilotes et autres puissent vivre grassement,,,,Preservons les privileges de la royauté france...ils ont l appui inconditionnel de nos politiques
a écrit le 18/11/2014 à 22:56 :
Ils vont investir dans tous les sens du terme.
Comme d'habitude, ils feront l'unaminité contre eux quand ils auront suffisamment investi.
Les élus seront choqués (très à la mode ce verbe) et après des discours libéraux, ils signeront des tribunes nationalistes pur jus dans leurs feuilles de choux régionales, départementales ou communales pour prendre l'électeur à témoin de la perte de souveraineté sur le "territoire".

Allez y les chinois, cela réveillera peut être l'électeur de sa longue sieste.
a écrit le 18/11/2014 à 21:27 :
Je veux bien être chauvin mais les chinois ne font pas gréve eux... Surtout qd ils sont paye comme des ministres...
a écrit le 18/11/2014 à 21:12 :
Bravo les chinois de nous mettre la pâté ! Pendant qu'on glousse, taxes, discutes, glandes, philosophes ... avec notre habituelle arrogance d'un autre âge, "vous" les chinois (qui ne respecté pas grand chose !!!) vous nous explosez en vol ! Il n'y a personne pour comprendre qu'il y a un rapport direct avec Airbus !!!! Au fait pourquoi il n'y a que des Chinois pour acheter ? Ha oui c'est vrai il faut qu'on finance l'Ukraine et le RSA !
Réponse de le 19/11/2014 à 0:18 :
bien vu !
a écrit le 18/11/2014 à 18:39 :
les chinois sont entrain de quadriller la france et vont nous dépouiller...... confère les projets du coté de la lorraine, ceux de chateauroux et maintenant toulouse.....

chateauroux est au centre de la france.....la lorraine aux portes de l'allemagne et de l'est et toulouse pour le sud europe.....sans parler pour toulouse de la proximité du centre nevralgique du spatiale et de l'aviation civile

le gouvernement devrait retirer son projet de vente de l'aéroport de toulouse, surtout qu'il ne lui coute pas un sou......
a écrit le 18/11/2014 à 18:22 :
C'est pas que le projet chinois dérange Air France, c'est l'incompétence chronique d'Air France qui dérange tous les Français !!!

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