Aigle Azur se transforme à la vitesse de l'éclair pour assurer sa survie

Aigle Azur
Reuters

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Nouveau PDG, nouvelle structure actionnariale, lancement de vols long-courriers, élargissement du réseau, multiplication des partenariats, nouveaux accords sociaux avec le personnel navigant... Moribonde il y a encore quelques mois, la compagnie aérienne française (1.400 salariés) fait sa mue à la vitesse de l'éclair depuis l'arrivée l'été dernier à sa tête de Frantz Yvelin, le fondateur de L'Avion en 2006 et de La Compagnie en 2014, pour se redresser et assurer sa survie.
Après un changement actionnarial à l'automne avec la sortie du capital de l'actionnaire historique Weawing (ex-Gofast) et l'arrivée d'un deuxième acteur de poids après le groupe chinois HNA, celle de David Neeleman, fondateur notamment de Jetblue et actionnaire et Pdg d'Azul et de TAP Portugal, Aigle Azur a fait l'acquisition de deux A330-200 pour lancer une activité long-courrier au départ d'Orly, vers Pékin le 26 juin à raison de 5 vols par semaine, puis le 5 juillet vers l'aéroport de São Paulo-Viracopos (3 vols par semaine), sous réserve des dernières validations par les autorités chinoises et brésiliennes, lesquelles sont attendues très rapidement. Une fois celles-ci obtenues, les ventes pourront enfin débuter. Ce lancement tardif de la commercialisation n'augure d'ailleurs pas d'une bonne recette des vols. Il risque en effet d'obliger la compagnie de casser les prix pour remplir les vols en cette période traditionnellement porteuse pour les compagnies.
L'accord des autorités chinoises et brésiliennes est également nécessaire pour envisager des partenariats poussés avec des compagnies aériennes basées en Chine et au Brésil, appartenant elles aussi aux mêmes actionnaires qu'Aigle Azur.
Filiale du groupe HNA, Hainan Airlines pourrait en effet servir de tremplin à Aigle Azur en Chine, tandis qu'au Brésil, la compagnie à bas coûts Azul, également détenue par David Neeleman et HNA, pourrait offrir les mêmes opportunités sur le marché brésilien et sud-américain.
Cette logique de groupe est par ailleurs confortée par la signature d'un accord de coopération entre Aigle Azur et TAP Portugal, dont HNA et David Neeleman sont également actionnaires. Signé le 19 mars, ce partenariat porte notamment sur un accord de partages de codes sur les vols assurés par les deux compagnies entre la France et le Portugal (chacune des deux compagnies pourra commercialiser les vols de l'autre), mais aussi sur des accords industriels liés à la maintenance aéronautique. Cette stratégie d'alliances s'étend également aux compagnies françaises, puisqu'Aigle Azur renforce la desserte de Bamako en partages de codes avec Corsair et vient de signer un accord du même type avec Air Caraïbes.
Le lancement d'une activité long-courrier et cette stratégie d'alliances s'accompagne d'un élargissement du réseau moyen-courrier, jusqu'ici spécialisé essentiellement sur l'Algérie. Si elle conserve ce socle algérien, la compagnie ouvre des destinations à droite à gauche. Après la réouverture de Moscou et le lancement de Berlin en novembre au départ de Paris, Aigle Azur va lancer un vol saisonnier entre Marseille et Beyrouth cet été et la ligne Paris-Milan en septembre.
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Le développement n'est pas fini. Plus d'Airbus A330 et peut-être des A321neo, notamment dans leur version à long rayon d'action (LR), sont à l'étude pour les trois ans qui viennent, a confié à La Tribune, Frantz Yvelin, en marge de la conférence de presse.
Deux appareils supplémentaires, un long-courrier et un moyen-courrier, pourraient entrer dans la flotte en 2019. D'autres destinations en Chine, mais aussi des départs depuis d'autres villes françaises sont à l'étude.
Le développement d'Aigle Azur est « autofinancé à 95% ». Si les actionnaires ont apporté « quelques millions d'euros » avant la fin de l'année dernière, la compagnie peut compter sur le déblocage fin 2017 d'une partie des fonds retenus depuis des années en Algérie (une autre tranche pourrait l'être prochainement), et sur les économies générées par les accords d'entreprises signés récemment avec les syndicats de personnels navigants. Ceux-ci ont notamment permis d'implanter la règlementation européenne sur les FTL (Flight Times Limitations) pour l'utilisation des personnels, en s'affranchissant des règles du Code l'aviation civile (CAC), et d'éviter ainsi des confusions préjudiciables entre les deux réglementations et, donc de gagner en productivité.
Dans le même temps, le nombre d'hôtesses et stewards à bord des avions a été revu à la baisse. Il passe de 5 à 4 sur les avions moyen-courriers et ne seront que 7 sur les avions long-courriers pour des vols de plus de dix heures et demie quand ils sont « plus de 10 chez Air France sur des avions similaires». Ces accords qui « procurent un avantage compétitif » n'auraient pas pu voir le jour sans le rôle des syndicats et des personnels, a fait valoir le Pdg d'Aigle Azur.
La partie était pourtant très compliquée à son arrivée.
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Aujourd'hui « réinventée », Aigle Azur veut revenir dans le vert. Après une nouvelle année de pertes l'an dernier, Frantz Yvelin vise pour 2018 une hausse de chiffre d'affaires de 23%, à 320 millions d'euros, et un Ebidta positif, puis un retour aux bénéfices en 2020. Même si la compagnie a reçu un accompagnement de quelques millions d'euros en fin d'année, elle a plutôt intérêt, vu les difficultés que rencontre le groupe HNA, à ne compter que sur elle-même pour assurer sa survie.
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