Les compagnies aériennes françaises à l'aube d'un big bang (Air France, Corsair, Air Caraïbes, Aigle Azur, XL Airways...)

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TUI a mandaté la banque Rothschild pour trouver un repreneur pour sa filiale Corsair
TUI a mandaté la banque Rothschild pour trouver un repreneur pour sa filiale Corsair (Crédits : DR)
L'arrivée à Paris de Level, la filiale low-cost long-courrier de IAG, la maison-mère de British Airways, accentue la pression sur les compagnies françaises déjà mise par la low-cost Norwegian. De nombreux observateurs parient sur une consolidation au sein des compagnies françaises (hors Air France).

Grandes manœuvres en vue dans le transport aérien français. Tous les ingrédients ou presque sont réunis pour une recomposition d'envergure du ciel français en dehors du groupe Air France. L'arrivée aux côtés du géant chinois HNA dans le capital d'Aigle Azur de David Neeleman (une personnalité réputée dans le secteur, qui a fait fortune dans le transport aérien), la mise en vente de Corsair par son actionnaire TUI et le développement massif à Paris des low-cost long-courriers comme Norwegian depuis deux ans, et demain Level, la filiale du puissant groupe IAG, (composé également de British Airways, Iberia, Aer Lingus et Vueling) risquent de faire bouger les lignes dans l'Hexagone.

« Tous les scénarios sont possibles »

Et notamment le développement du low-cost long-courrier. Car, combinée à la présence de Norwegian, l'arrivée prochaine de Level à Orly fragilise les petites compagnies aériennes françaises, comme Corsair, XL Airways, La Compagnie, Aigle Azur, mais aussi les deux compagnies du groupe Dubreuil, Air Caraïbes et French Blue, même si ces dernières sont beaucoup plus solides financièrement. Tous, ont déjà renoncé à une activité moyen-courrier, verrouillée par les Ryanair, Easyjet et consorts, et sont spécialisés sur les vols longue distance, à l'exception d'Aigle Azur qui planche néanmoins aujourd'hui sur un développement sur le long-courrier.

Face au développement de Norwegian et Level, beaucoup d'observateurs parient à terme sur une vague de consolidation parmi ces compagnies  (hors Air France), qui ne comptent qu'une dizaine d'avions chacune, un nombre insuffisant pour réaliser des économies d'échelle. Si rien ne bouge, il y aura probablement du sang sur les murs.

« On va entrer dans une période où tout le monde va parler avec tout le monde. Tous les scénarios sont possibles », fait valoir un bon connaisseur du secteur.

XL Airways et La Compagnie se sont rapprochées en 2016

Le mouvement de consolidation a déjà commencé l'an dernier avec le rapprochement de XL Airways et de La Compagnie, deux compagnies en difficulté. La première parce qu'elle n'avait pas d'actionnaire, la seconde parce qu'elle perdait beaucoup d'argent.

Auparavant, la croissance externe était partie intégrante de la stratégie de développement du groupe Dubreuil, mais les discussions avec XL Airways, puis les négociations avec Corsair en 2015 n'ont pas abouti. Elles ont au contraire poussé le groupe à privilégier le développement interne avec la création en 2016 de French Blue, une low-cost long-courrier, aujourd'hui présente sur La Réunion et demain sur Papeete.

Des profils différents

Si ce mouvement de consolidation devait se concrétiser, toutes ces compagnies n'y entreront pas dans les mêmes conditions. « Il y en a des plus puissantes que d'autres », fait valoir un observateur.

Air Caraïbes peut compter sur une solidité financière que n'ont pas les autres compagnies françaises. Affichant de gros bénéfices, la compagnie antillaise est en plein renouvellement de flotte (elle a déjà reçu des A350) et aura donc les moyens de lutter contre la concurrence étrangère avec des avions neufs. Lancée il y a un an, French Blue, la compagnie soeur d'Air Caraïbes, n'est pas encore profitable mais peut néanmoins compter sur la solidité de son actionnaire, lequel dispose avec cette compagnie d'un outil lui permettant de lutter contre Norwegian et Level.

Des actionnaires de poids pour Aigle Azur

La santé des autres compagnies françaises est moins florissante. Mais parmi elles, Aigle Azur dispose désormais d'actionnaires de poids qui, s'ils le souhaitent, ont largement les moyens de mener une politique de développement d'envergure.

Corsair est en effet en vente, tandis que le couple XL Airways/La Compagnie reste fragile. Ses actionnaires, qui ont déjà injecté 70 millions d'euros depuis quatre ans, seront probablement sensibles à une éventuelle opération qui pourrait leur permettre de récupérer tout ou partie de leur investissement. L'identité de la totalité des actionnaires a toujours été tenue secrète, à l'exception de celle de Charles Beigbeder, mais comme l'avait révélé La Tribune, Motier, la holding de la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, est le plus gros d'entre eux.

Parmi tous les scénarios sur la table, certains spécialistes parient sur un rapprochement à terme entre Aigle Azur, Corsair, XL Airways/La Compagnie. Il y a une dizaine de jours, Aigle Azur et Corsair ont annoncé un partenariat commercial qui va bien au-delà d'un simple accord de code-share. Il n'en faut pas plus à certains pour y voir la première pierre d'un rapprochement plus important.

Le rêve du "second pôle aérien français"

De là à imaginer la constitution du fameux "second pôle aérien français", qui alimente les discussions depuis le rachat d'UTA par Air France en 1990, il n'y a qu'un pas que certains n'hésitent pas à franchir. Une chimère qu'ont poursuivie en vain Alexandre Couvelaire lorsqu'il était à la tête d'AOM dans les années 1990, puis le groupe Swissair qui s'est retrouvé dans le capital d'AOM, Air Liberté et Air Littoral, toutes liquidées au début des années 2000.

Sur le papier, l'idée reste aujourd'hui séduisante. Plutôt que d'avoir 4 ou 5 compagnies disposant chacune d'une flotte de 10 avions, une seule compagnie avec 40 ou 50 avions serait plus efficace. Une sorte de Virgin Atlantic à la française. Mais le concept n'a jamais dépassé les cercles de discussions des experts.

« Il y a eu jusqu'ici trop d'ego parmi les dirigeants de ces compagnies, mais, dans l'adversité, les choses peuvent changer. »

On n'en est pas encore là. Ces réflexions interviennent au moment où la tendance est plutôt au développement en solo. French Blue va ouvrir San Francisco et Papeete l'an prochain, tandis qu'Aigle Azur planche sur le lancement d'une activité long-courrier. Après avoir convaincu les actionnaires d'investir dans le renouvellement de la flotte de La Compagnie, Laurent Magnin, le Pdg de XL et La Compagnie, prépare un plan stratégique pour doubler de taille d'ici à 5 ans.

Air France lance Joon

Quant à Air France, même si elle ne sera pas concernée par un éventuel mouvement de consolidation, elle sera forcément impactée par le développement de Norwegian et de Level, mais aussi par celui de French Blue et, d'une manière générale, par la guerre tarifaire que vont se livrer ces différents acteurs. C'est donc dans ce contexte que va naître Joon, une nouvelle filiale d'Air France à coûts réduits par rapport à la maison-mère, mais qui ne sera pas une low-cost. La direction ne croyant pas au low-cost long-courrier, Joon n'a pas été pensée pour lutter contre ce type de compagnies.

Cette offensive étrangère sur les compagnies françaises tombe juste au moment où le gouvernement va tenir des Assises sur le transport pour, notamment, améliorer la compétitivité des transporteurs tricolores.

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Commentaires
a écrit le 25/11/2017 à 19:08 :
@reponse negogo
Moi il y a déjà plusieurs années que je vole ailleurs et je suis un voyageur heureux.
J'ai payé un billet prime miles flying blue bien plus cher sur Toulouse - Hambourg qu'un billet au même date même heure tout ! ??? J'ai appelé le service client et ils m'ont dit que c'est pas normal mais c'est comme ça ils n'y peuvent rien.
Vous avez raison foutage de gueule donc j'ai coupé ma carte silver en deux et je l'ai renvoyé au siège et ils ne m'ont plus jamais revu .
a écrit le 24/11/2017 à 14:46 :
Le Français est toujours contre tout ce qui est français . C'est pourquoi la France va si bien!
Réponse de le 24/11/2017 à 15:08 :
La généralité à deux balles.
Renault et PSA ont plus de 50 % du marché français...
a écrit le 24/11/2017 à 9:56 :
Air France a encore plus de soucis à se faire. Déjà que ... Entre grèves à gogo et prix parfois exagérés pour la qualité des services (il faut bien payer tous les avantages du personnel naviguant), nous avons trouvé la solution. Que ce soit au niveau personnel et/ou professionnel, nous évitons au maximum Air France. Lorsque l'on achète un biller, on veut être le plus sûr possible d'arriver à destination et dans les temps !
Réponse de le 24/11/2017 à 13:17 :
Merci pour votre brilliant commentaire. Les internautes sont surement ravis de connaître votre avis

Sachez que dans toutes les compagnies, les salariés ont des avantages (billets réduits voire gratuits chez ryanair, surclassement automatique pour la famille chez les américains, appartements + salaires défiscalisés dans les compagnies du golfe), aussi bien les navigants que les cadres !
Et elles en font une fierté... bien loin de la mentalité française qui vous anime


Sources:
1)http://www.emiratesgroupcareers.com/cabin-crew/
2)http://www.air-journal.fr/2017-07-25-easyjet-cherche-plus-de-1200-hotesses-de-lair-et-stewards-en-europe-5185309.html
3)http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-ponts-d-or-des-compagnies-aeriennes-chinoises-pour-recruter-les-pilotes-etrangers-1027361.html
4)http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/les-ponts-d-or-des-compagnies-aeriennes-chinoises-pour-recruter-les-pilotes-etrangers-1027361.html
a écrit le 24/11/2017 à 9:44 :
La complémentarité et le rapprochement entre Aigle Azur et Corsair est une carte à jouer et mérite que les dirigeants et équipes dépassent leurs égo pour créer une compagnie d'envergure qui pourrait desservir principalement le Magreb, l'Afrique et les DOM. Pour cela il faut que les PNT et PNC des deux compagnies comprennent que l'enjeu est leur survie dans un environnement ou deux petites compagnies ne ferront pas le poids.
a écrit le 24/11/2017 à 9:15 :
Et pendant ce temps là le SNPL d'Air France prépare une petite grève pour les fêtes de fin d'année. Sans oublier non plus l'arrivée de la base Easyjet et de Norwegian. Quelque chose me dit qu'ils seront les prochains après Air Berlin et Alitalia...mais chut, il ne faut pas les réveiller, ils dorment le sommeil du juste.
Réponse de le 24/11/2017 à 12:51 :
Bien de votre avis
Avec AF il y a toujours le risque de :
-gréve des pilotes
-grève des PNC
-grève du personnel au sol
En bref acheter un billet AF est un peu comme jouer au loto , faible probabilité de gagner

Ce qui m'étonne le plus est qu'il y ait encore des personnes pour voyager avec AF plutôt qu'avec les compagnies telles Turkish Airlines , Etihad ,Emirates, Qatar Airways meilleure marché avec un service incomparablement supérieur à celui médiocre d'AF
Je pense effectivement qu'AF ne résistera pas à la concurrence et finira dans le meilleur des cas dans l'escarcelle d'une des compagnies citées précédemment et dans le pire des cas (ce qui serait une bonne chose) disparaitra.
Bénies soient les grèves à AF .
Réponse de le 24/11/2017 à 13:20 :
Il semblerait qu'il y ait des perspectives...

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/benefices-records-en-vue-pour-air-france-klm-en-2017-mais-le-cours-de-bourse-chute-756702.html
Réponse de le 24/11/2017 à 18:01 :
Question = quelle est la compagnie qui fait le plus grève en Europe ?
Air France ?
Et bien non, c’est Lufthansa...
Flûte alors, ça ne colle pas avec ce vous pensiez.
Allez je vous laisse dire du mal de Lufthansa, lâchez vous....
Réponse de le 24/11/2017 à 23:53 :
Que vient faire Lufthansa dedans ? De 1, ils ont le quasi-monopôle en Allemagne depuis qu'Air Berlin a fait pschitt, ce qui les laisse faire ce qu'ils veulent de A à Z (au grand dam du consommateur) .De 2, qui a (encore) annoncé vouloir faire grève pour les fêtes ? Un indice peut être ?Allez, d'ici 5 ans on parlera d'AF comme du paquebot France ou de la SNCM. Et là vous aurez tout le temps de faire les zouaves au pôle emploi. Vous verrez, l'ambience est funky là-bas !
a écrit le 24/11/2017 à 9:05 :
Les grèves a répétition a Air France vont surement arranger l'affaire !
Réponse de le 25/11/2017 à 10:05 :
Je suis un utilisateur fréquent d'AF, "gradé" Platinum. On m'a demandé 900 euros hier pour changer mon vol de correspondance intérieure à mon retour en France.
Et ça parce-que le vol que je demandais était 25 h après au lieu de 24, mon vol réservé.
Du foutage de gueule intégral.
J'aurais fait cette année 24 vols long courrier en Business. Il faut quoi pour être considéré normalement chez AF ?
L'année prochaine je ferai mes vols avec une autre compagnie

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