Air France-KLM : la France et les Pays-Bas peinent à trouver des solutions

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(Crédits : Reuters)
Les négociations entre les deux pays pour trouver un consensus sur une organisation et une nouvelle façons de fonctionner d'Air France-KLM n'avancent pas. Le groupe de travail entre les deux pays n'a pas rendu ses conclusions fin juin comme annoncé. Aucune date n'est aujourd'hui mentionnée.

La France et les Pays-Bas ont du mal à trouver un terrain d'entente pour définir une organisation d'Air France-KLM permettant de concilier les intérêts des deux États, tous deux actionnaires du groupe de transport aérien à  hauteur de 14% après l'entrée surprise fin février de l'État néerlandais au capital d'Air France-KLM. Pour rappel, après ce coup de force qui faisait suite aux vives tensions ayant entouré la modification de la gouvernance du groupe par son nouveau directeur général, Ben Smith, la France et les Pays-Bas ont convenu de travailler ensemble pour "améliorer la performance" d'Air France.

De nombreux sujets lourds à régler

Présidé par Martin Vial, le directeur de l'Agence des Participations de l'État (APE), un groupe de travail réunissant des membres des deux gouvernements, avait été constitué et devait rendre ses conclusions fin juin. Sa tâche n'était pas simple puisqu'il devait examiner des sujets aussi lourds que les participations des deux États dans Air France-KLM, la structure de capital de KLM et d'Air France, les règles de gouvernance et le respect par les deux États de règles de bonne conduite, la composition du conseil d'administration du groupe, la défense des intérêts des hubs de Roissy-Charles de Gaulle et Schiphol, leurs visions respectives sur la stratégie de long terme du groupe Air France-KLM, ou encore les accords du 16 octobre 2003 entre Air France, KLM et l'État néerlandais. Bref, une réorganisation quasiment totale de ce groupe de droit français qui fonctionnait jusqu'ici selon les règles d'un accord de fusion signé en 2003, lequel avait été validé à l'époque par l'État néerlandais.

"Le résultat final devra être équitable et équilibré pour les deux parties",  avaient déclaré dans un communiqué commun diffusé le 1er mars le ministre de l'économie et des finances Bruno Le Maire et homologue néerlandais Wopke Hoekstra.

Les négociations avancent "à un train de sénateur"

Or, à fin juin, il n'y a rien eu. Et pour cause, les "négociations sont toujours en cours" explique à La Tribune l'APE, qui ne donne pas d'échéance pour le rendu des conclusions. Selon, plusieurs proches du dossier, les négociations n'avancent pas très vite. "À un train de sénateur", plaisante l'un d'eux. Une autre source a du mal à imaginer un rendu de ce travail avant septembre. Contacté, le cabinet de Bruno Le Maire n'a pas répondu à nos sollicitations.

En attendant, la semaine dernière, le conseil d'administration d'Air France-KLM a donné mandat à Anne-Marie Couderc, la présidente non-exécutive d'Air France-KLM et à Jean-Dominique Comolli, administrateur représentant l'État, pour aller discuter avec les deux États.

Parmi les points les plus épineux à régler figure la demande néerlandaise d'avoir une présence équivalente à celle de l'État français au conseil d'administration d'Air France-KLM. Même si cinq Néerlandais figurent au sein du conseil et ont le plus souvent une position alignée, un seul représente l'État néerlandais, contre trois côté français.

Autre point à régler, et non des moindres, le poids de l'État hollandais au sein du groupe qui est désormais plus important que celui de l'État français. En effet jusqu'ici l'État français était présent au capital d'Air France-KLM mais pas à celui d'Air France, alors que l'État néerlandais ne l'était pas au niveau d'Air France-KLM mais l'était au niveau de KLM. Avec deux fondations néerlandaises, il détient même la majorité du capital de la compagnie néerlandaise. L'État néerlandais est donc à la fois actionnaire du groupe et de sa filiale néerlandaise, alors que la France n'est actionnaire que d'Air France-KLM.

À ceci s'ajoutent les éternelles revendications néerlandaises pour obtenir des garanties concernant le maintien de la présence de KLM à l'aéroport Schiphol et le développement de la compagnie néerlandaise.

Martin Vial nommé administrateur d'Air France-KLM

Alors que les négociations entre les Etats sont en cours, une nomination récente au conseil d'administration d'Air France-KLM a surpris les administrateurs : celle de Martin Vial, le directeur de l'APE, qui préside aussi le groupe de travail franco-néerlandais censé réorganiser le groupe. Martin Vial a été nommé par décret pour remplacer Solène Lepage, partie en avril à la fédération bancaire de France.

Ces négociations entre États n'empêchent pas le groupe et les compagnies de fonctionner. Et les relations entre Air France-KLM et KLM sont pour l'heure apaisées. La nomination d'un Néerlandais à la tête de la direction financière d'Air France ne pourra que satisfaire les intérêts néerlandais.

Lire aussi : Air France : un Néerlandais prend la direction financière

Lire aussi : Air France-KLM : « L'État néerlandais doit se retirer du capital d'Air France-KLM » (Spinetta)

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Commentaires
a écrit le 03/07/2019 à 8:20 :
KLM et AF rationnalisent leur flotte long courrier : KLM n'a que des 787 et AF des 787 et A350 !!
KLM commande seule des Embraer 195 ( pour piller le marché régional français) et AF rien du tout
KLM investit dans une usine bio carburant seule
Les néerlandais ont la majorité du capital de KLM
Coté français MARTIN VIAL va toucher des jetons de présence en tant qu'administrateur
Tout cela semble bien déséquilibrer mais faisons confiance à Bruno LE MAIRE il va nous arranger cela
a écrit le 02/07/2019 à 21:12 :
Pourquoi lorsqu'une socitété français est impliqué dans une transaction, c'est toujours très compliqué et difficile à trouver un accord, notamment lorsqu'il s'agit d'une société avec une participation de l'Etat?
Dans les autres pays, qui fonctionnent, c'est beaucoup plus simple et ça marche en générale.
a écrit le 02/07/2019 à 19:19 :
C'est la faute des énarques qui nous dirigent!.Ils ne connaissent rien aux affaires!
a écrit le 02/07/2019 à 18:06 :
Il est curieux de voir qu'à chaque fois que les Français sauvent une entreprise, KLM ou Nissan, la manière dont le deal de départ a été conçu conduit à un imbroglio pas à l'avantage de la partie française. Pas à l'honneur de nos dirigeants. Quand les américains sauvent une entreprise, il en prennent le contrôle et basta!
Réponse de le 03/07/2019 à 14:50 :
Le chauvinO/nationalisme n'a rien à voir dans les affaires. En quoi Ghosn est il français ? L'équation à résoudre, à l'époque, était: soit on marie 2 entreprises en phase d'attrition, soit elles disparaissent TOUTES LES 2. OK, ça ne marche pas bien; mais il est difficile d'en vouloir aux bataves, eux qui financent le groupe depuis le début ! De plus, les compagnies ne sont pas totalement comparables: en transcontinental assez similaires; en Europe plutôt semblables; par contre le marché "domestique" de KLM relève de la plaisanterie. Et c'est justement le sien qu'Air France ne parvient pas à contrôler de manière satisfaisante. De plus la Hollande est très libérale, alors que la France se veut sociale. Pas étonnant que ça coince. Mais bon, il est acquis que dans des unions "d'intérêt", avec le temps, on atteigne des modus vivendi satisfaisants.

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