La date limite pour signer des accords de productivité est un peu plus précise. Le 15 octobre, 10 jours après les évènements à Air France le jour de la présentation d'un plan B d'attrition de la compagnie française en 2016 et 2017 en raison de l'échec des négociations le 30 septembre, Air France-KLM avait indiqué que le plan de restructuration pour 2017 pouvait être évité si un accord était trouvé «rapidement». Le «rapidement» est devenu quelques jours après «début 2016 ». Ce jeudi, le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac, a évoqué au Sénat «janvier-février» (...) comme «la limite au-delà de laquelle on aimerait avoir conclu des accords (sic)».
Aussi imprécise soit-elle, cette indication écarte toute nécessité de conclure d'ici au 31 décembre 2015. Ce qui aurait été impossible au regard de la complexité des négociations. Pas sûr néanmoins qu'un ou deux mois supplémentaires (voire trois) suffisent à débloquer la situation. Alexandre de Juniac a lui même reconnu, en citant les exemples de British Airways et d'Iberia qu'il fallait "un à deux ans (voire trois ans) pour mener de telles négociation".
D'autant plus qu'officiellement il n'y a pas de négociations. La semaine dernière en effet, les syndicats membres de l'intersyndicale, ont déclaré qu'il n'y aurait aucune négociation tant que la direction n'aura pas levé les mesures disciplinaires à l'encontre des salariés accusés d'avoir agressé deux directeurs d'Air France. Comme la direction n'entend pas revenir sur ce point, on voit mal comment les négociations pourraient reprendre. Face à cette position, la CGT a menacé la direction.
A défaut d'accords, Alexandre de Juniac a confirmé le plan B. Ce dernier prévoit une baisse de capacités de 10% sur le réseau long-courrier (3% en 2016 et 7% l'année suivante), et 2.900 suppressions de postes dont une partie de départs contraints. Ce plan B "décalerait de deux à trois ans le retour à la croissance", a-t-il expliqué.
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Selon lui, en cas d'accords, «Air France aura fini sa restructuration en 2017 et pourra recommencer à croître et à embaucher, notamment des pilotes dès 2017-2018».
Plan A ou plan B, Alexandre de Juniac a rappelé la nécessité pour Air France de baisser ses coûts afin d'améliorer sa performance économique.
La veille, auditionné par les députés, Frédéric Gagey, le Pdg d'Air France, avait rappelé les objectifs de la compagnie française.
Certes, "grâce aux efforts des salariés" Air France va mieux a-t-il convenu, dans la mesure où la compagnie est passée d'une perte opérationnelle de 600 millions d'euros en 2012 à des bénéfices d'exploitation de quelques centaines de millions d'euros en 2015. Ces derniers devraient avoisiner les 400 millions d'euros puisque le Pdg d'Air France a indiqué que "la performance économique entre les deux dates s'était améliorée d'un milliard".
Mais la compagnie «n'a fait que la moitié du chemin» a fait valoir Frédéric Gagey et «doit continuer ses efforts pour pouvoir financer une croissance de 2 à 3% par an». Une telle croissance passe par un résultat d'exploitation de 740 millions d'euros ; un montant qui correspond aux objectifs économiques du plan Perform.
Reste à convaincre les syndicats. Le discours a du mal à passer au sein de l'intersyndicale. Les treize représentants syndicaux de l'intersyndicale, auditionnés juste après Frédéric Gagey ont manifesté leur incompréhension face aux nouveaux efforts demandés par la direction alors que le groupe (composé de KLM qui contribue à la moitié des résultats) a affiché des résultats trimestriels record.
Ils ne partagent pas le diagnostic de la direction sur la nécessité de faire de nouveaux efforts. «Je ne comprends pas où le problème» a lancé l'un d'eux.
Ils ont par ailleurs dénoncé une «stratégie illisible» et un «dialogue social en panne». Un point que ne partage pas la direction qui rappelle la centaine d'accords signés en 2013. Pour Frédéric Gagey, l'agression des deux directeurs d'Air France par des salariés le 5 octobre ne traduit pas un déficit de dialogue. Du coup, il ne voit pas la nécessité de faire appel à un médiateur.
Lire ici les recommandations du SNPL
Une vision que soutiennent la CFDT et la CGC-CFE (qui ne font pas partie de l'intersyndicale), également auditionnés ce mercredi.
«Si nous en sommes là c'est notamment parce que pour négocier, il faut être deux», a ajouté Ronald Noirot, son homologue à CFE-CGC en précisant que certains syndicats ont joué la politique de la chaise vide. Pour lui, au même titre que l'Etat et la direction, les syndicats, sont aussi responsables de la situation à Air France.
Concernant le diagnostic, Béatrice Lestic a expliqué que «tous les projets de la direction mais aussi la situation économique avaient été expertisés par le cabinet Secafi-Alpha, mandaté par le CE» et que «ce dernier avait indiqué que les résultats actuels ne suffisaient pas et que si Air France ne réalisait pas au moins 750 millions de bénéfices d'exploitation, elle ne parviendrait pas à financer sa croissance».
Pour Béatrice Lestic, la direction porte une responsabilité du blocage qui dure depuis un an et demi avec le conflit avec les pilotes.
Ronald Noirot est du même avis.
Pour lui, "ce n'est pas parce qu'on crie le plus fort qu'on a raison".
Pour Ronald Noirot, "les deux erreurs de Frédéric Gagey et d'Alexandre de Juniac ont été de dire au SNPL qu'il ne cogèrerait plus l'entreprise et d'avoir annoncé qu'on allait s'attaquer frontalement à un bastion de la CGT, l'escale de Marseille, qui pose beaucoup de problème en termes de comparaison de compétitivité".
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Enfin, un sujet fait l'unanimité entre la direction et l'ensemble des syndicats. Tous ont demandé des gestes à l'Etat pour mettre en place un contexte favorable. Tous demandent la modération des redevances aéroportuaires (dont le niveau est fixé par l'État), la limitation des droits de trafic aux transporteurs concurrents et la prise en charge par l'État des dépenses de sûreté, autant de préconisations faites à l'automne 2014 par le député (PS) Bruno Le Roux, qui n'ont pas été appliquées.
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