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Après le grand bond en arrière, le grand bond en avant de Ryanair

Photo de Fabrice Gliszczynski

Fabrice Gliszczynski

Publié le 20 décembre 2017 à 07:11 - Mis à jour le 20 décembre 2017 à 08:44

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Sous la pression des pilotes, la compagnie à bas coûts irlandaise a reconnu les syndicats des pilotes et s'apprête à faire de même avec ceux des hôtesses et stewards. Hostile aux syndicats jusqu'ici, Ryanair peut-elle révolutionner rapidement son modèle social ? Une hausse des coûts de personnels va-t-elle remettre en cause sa rentabilité ? Analyse.

Est-ce le début d'une nouvelle ère chez Ryanair ? L'entrée dans un monde dans lequel la compagnie à bas coûts irlandaise va devoir s'efforcer d'améliorer les conditions de travail et de rémunération de ses personnels. Probablement. Ce virage à 180 degrés est en train de s'amorcer sous la pression des pilotes italiens, irlandais, portugais et allemands qui menaçaient de faire grève pendant les fêtes de fin d'année. Une première depuis que cette compagnie créée en 1985 s'est transformée en low-cost au début des années 1990 en s'inspirant de la compagnie américaine Southwest.

Cette menace de grève a été prise très au sérieux par la direction. Elle faisait suite aux milliers d'annulations de vols décidés depuis septembre en raison, non seulement d'une mauvaise gestion des plannings des vacances des pilotes, comme l'a indiqué la compagnie, mais aussi en raison, selon des pilotes cités par différents organes de presse, de nombreux départs de pilotes qui, profitant des tensions sur le marché du travail, ont été facilement débauchés par d'autres compagnies. Depuis, le malaise social n'a jamais été aussi grand entre les pilotes et la direction, malgré les propositions de primes de cette dernière pour tenter de calmer le jeu.

La direction n'a pas cherché à tuer la grève dans l'oeuf

Pour éviter des grèves qui auraient pu faire tâche d'huile dans tous les pays où Ryanair est présent, Michael O'Leary, le directeur général du transporteur irlandais, a accepté la semaine dernière de reconnaître les syndicats de pilotes des pays dans lesquels la grève couvait. Une première là aussi pour une direction ouvertement hostile à toute représentation syndicale et qui préférait au contraire discuter avec des comités de pilotes qui n'offrent aucune protection juridique à leurs membres.

La direction n'a même pas essayé de tuer dans l'œuf cette rébellion en affrétant des avions d'autres compagnies avec leurs personnels pour limiter l'impact des grèves sur les passagers. Elle aurait pu le faire. Financièrement, elle en avait largement les moyens. Mais, le risque de contagion était trop important. La direction a bien compris qu'elle ne pouvait plus ignorer les revendications sociales de ses personnels. Qu'elle devait revoir son modèle social, non seulement pour conserver ses pilotes nécessaires pour accompagner son développement, mais aussi pour restaurer son image auprès de l'opinion et des passagers. Celle-ci s'est en effet dégradée après l'annulation de milliers de vols à l'automne. Au point d'annihiler complètement les efforts entrepris depuis quatre ans pour améliorer son image et son produit dans le but de monter en gamme.

La décision de Ryanair est donc historique. Certains pilotes ont même du mal à croire à un tel revirement. Ils craignent que les promesses n'aient été faites que pour éviter une grève à Noël et ne soient suivies d'effet. A voir. En tout cas, la direction serait très mal inspirée d'agir ainsi. Cela risquerait de rallumer le feu avec une ampleur décuplée.

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La fin du modèle low-cost?

Faut-il y voir la fin du modèle low-cost de Ryanair, comme certains observateurs l'affirment, en estimant que l'augmentation des coûts sociaux à venir de Ryanair va réduire l'écart de coûts avec les autres compagnies ? Et donc une baisse de la rentabilité exceptionnelle de la compagnie ?

C'est aller vite en besogne pour Yan Derocles, analyste chez Oddo-BHF.

« Une fois retirés le carburant et les coûts du personnel, un peu plus de 50% des charges de Ryanair sont des coûts maîtrisables sur lesquels l'effet de taille compte », explique-t-il.Selon lui, « si Ryanair se conforme aux différentes règles sociales locales dans les pays où elle dispose de personnels basés, elle verra ses coûts augmenter de plus de 100 millions d'euros, voire de plus de 200 millions d'euros dans le pire des scénarios ».

Une somme que la compagnie irlandaise aurait les moyens de compenser selon l'analyste, dans la mesure où « une hausse de 1% du prix du billet de Ryanair se traduit par un impact positif sur le résultat d'exploitation de 60 millions et que la compagnie a d'autant plus les moyens d'augmenter ses tarifs qu'elle n'a pas de concurrence frontale sur 70% des routes qu'elle exploite ».

Quel dialogue social dans une entreprise qui n'en a jamais eu?

Reste une interrogation. Sans aucune culture du dialogue social depuis son origine, Ryanair parviendra-t-elle à instaurer rapidement un dialogue social dans l'entreprise ? La question se pose d'autant plus qu'une telle politique doit évidemment être portée par la direction elle-même, laquelle a toujours considéré les syndicats comme des obstacles aux affaires. De l'autre côté, les syndicats sauront-ils utiliser à bon escient ce nouveau rapport de force favorable qui est entre leur mains?

Récemment nommé chef des opérations, Peter Bellew a reconnu que l'ambiance de travail dans la compagnie était récemment « devenue particulièrement maussade ». Dans une interview au quotidien Irish Independent, il a évoqué le besoin d'un changement de culture, affirmant que « tout le monde est très affecté » par les problèmes de dialogue dans l'entreprise.

Une capacité à bouger étonnante

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Le pari est difficile mais pas impossible pour une compagnie qui a déjà réussi plusieurs changements de modèle à la fois sur le plan opérationnel que marketing. En témoigne, le changement de stratégie opéré en 2013. Le positionnement accru sur les grands aéroports et la plus grande attention portée aux passagers dans le but de courtiser une clientèle à plus forte contribution ont été menés à la vitesse de l'éclair. Ryanair est en effet passée d'une époque où elle considérait qu'au regard du prix dérisoire qu'il payait, le client n'avait rien à revendiquer sur ses conditions de voyage, à un monde où le client doit être respecté et choyé. Et ce malgré l'absence d'une culture de services. Il y a un peu de cela dans le changement de modèle social qui s'amorce. La compagnie semble passer d'un monde où le personnel n'avait pas grand chose à revendiquer à un monde où il a des droits et doit faire partie intégrante de la vie de l'entreprise.

Fabrice Gliszczynski

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