"Tous ceux qui desservent Tahiti vont perdre de l'argent en 2019" (Air Tahiti Nui)

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Les B787-900 d'Air Tahiti Nui sont configurés en trois classes : une classe Economique de 232 sièges, une classe Premium Economique de 32 sièges et une classe affaires de 30 sièges.
Les B787-900 d'Air Tahiti Nui sont configurés en trois classes : une classe Economique de 232 sièges, une classe Premium Economique de 32 sièges et une classe affaires de 30 sièges. (Crédits : DR)
L'arrivée de la low-cost long-courrier French Bee entre Paris et Papeete fait chuter les prix des billets d'avion. Air Tahiti Nui sera à l'équilibre en 2018 mais prévoit des pertes l'an prochain. La compagnie dispose de réserves financières lui permettant d'encaisser le choc, dans l'attente d'une augmentation de la capacité hôtelière en Polynésie qui permettra d'absorber la surcapacité aérienne actuelle.

Période difficile pour Air Tahiti Nui. Quinze ans après avoir lancé une activité long-courrier pour combler le vide laissé par la disparition d'Air Lib en 2003, la compagnie détenue par le gouvernement polynésien est secouée par la guerre tarifaire entre Paris et Tahiti qui a entraînée l'arrivée de la low-cost long-courrier French Bee, filiale, comme Air Caraïbes, du groupe Dubreuil. Après La Réunion il y a 18 mois, French Bee est venu défier au printemps Air France et Air Tahiti Nui entre Paris et Papeete en passant non pas par Los Angeles, comme le font ses deux concurrentes, mais via San Francisco où elle fait face à United entre la ville californienne et Papeete.

Guerre des prix

La pression tarifaire a été immédiate. De janvier à octobre, les prix des billets vendus en agence de voyages, qui représentent entre 70% et 75% des ventes, ont chuté de 17% sur cet axe tous opérateurs confondus. La compagnie tahitienne, qui a réduit ses tarifs, a quant à elle enregistré sur cette période une baisse de 8% de sa recette unitaire. Une chute brutale mais pour autant un peu moins forte que celle de 10% envisagée en début d'année, laquelle devait faire basculer les comptes dans le rouge après cinq ans de profits consécutifs.

« Nous tablions sur une perte mais nous visons aujourd'hui l'équilibre », confie à La Tribune Michel Monvoisin, le PDG d'Air Tahiti Nui, en faisant état d'un « bon été, au-dessus du budget. »

L'année 2019 s'annonce en revanche beaucoup plus compliquée. La direction prévoit des pertes l'an prochain. Peut-être les plus importantes de l'histoire de la compagnie depuis sa création en 1996. La guerre tarifaire en année pleine ne va pas contribuer à améliorer les choses alors qu'Air Tahiti Nui avait déjà prévu, bien avant l'arrivée de French Bee, de perdre près de 10 millions d'euros en raison du « maintien de deux types d'avions », entre l'arrivée dans la flotte du dernier des trois nouveaux B787 (le premier exemplaire est arrivé en octobre) commandés et la sortie du dernier A340. Mais Air Tahiti Nui sera pas la seule à perdre de l'argent assure Michel Monvoisin.

«Toutes les compagnies desservant la Polynésie vont perdre de l'argent. Celui qui dira qu'il gagne de l'argent, je veux bien avoir un débat avec lui », fait-il valoir, « à part peut-être United qui dessert San Francisco-Papeete de manière saisonnière avec un avion de petite capacité. »

Trésorerie élevée

Heureusement pour la compagnie, ces pertes vont intervenir au moment où la trésorerie n'aura peut-être jamais été aussi élevée que l'an prochain en raison des réserves accumulées ces dernières années, de la vente à venir des A340 et de rentrées de cash prévues sur le financement des B787. Néanmoins, ces entrées d'argent conjoncturelles que la direction n'a pas souhaité précisées, n'empêchent pas la compagnie de lancer un plan de baisse de ses charges de 5%, qui vont notamment se concrétiser par un gel des embauches.

Pour autant, pas question pour la compagnie d'envisager de réduire la voilure sur le long-courrier, comme l'a évoqué récemment Air Austral en cas de renforcement de la concurrence low-cost.

« Notre activité long-courrier est-elle menacée par French Bee ? Clairement non », répond Michel Monvoisin en mettant l'accent sur les « réserves financières » de la compagnie, « sa présence sur son marché naturel », l'exploitation « de plusieurs routes », l'utilisation « du bon avion » avec le B787 et en pointant les défis à relever de French Bee. « French Bee tente du low-cost en double leg, ce qui est coûteux et que peut personne ne fait. C'est une expérience intéressante », fait-il remarquer.

Si 2019 devrait être l'année la plus compliquée pour la compagnie tahitienne, Michel Monvoisin est confiant pour la suite en raison de la croissance de l'offre hôtelière à venir à Tahiti à partir de 2020 : « la croissance de l'offre en sièges n'est pas un problème si l'offre en chambre suit », fait-il remarquer.

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Commentaires
a écrit le 21/11/2018 à 9:53 :
C’est une très bonne nouvelle, vive la concurrence...
À l’époque où Corsair et Air Liberté faisaient cette route les tarifs étaient bien plus attrayants...
Par contre j’attends qu’une compagnie se décide à ouvrir une ligne ne passant pas par les US... Une escale à Vancouver ou Calgary serait bien plus sympathique...
a écrit le 20/11/2018 à 8:22 :
Petite erreur: la capitale de la Californie est Sacramento, pas San Francisco
Réponse de le 20/11/2018 à 9:52 :
Bonjour Maxime,
nous sommes désolés pour cette erreur et avons apporté la correction. Merci à vous.
Bonne journée
La Tribune

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