Des cacahuètes. A en croire les chiffres publiés ce jeudi par l'institut de recherche indépendant 6-t, les chauffeurs de taxis ne gagnent littéralement rien, ou quasiment, hormis les artisans ayant fini de rembourser leur licence. Analyse.
Dans le détail, le chiffre d'affaires d'un chauffeur de taxi serait en moyenne d'environ 54.000 euros par an dans les 13 grandes métropoles, 60.000 euros à Paris et de 44.000 euros ailleurs. Avec des dépenses annuelles de 53.340 euros pour un artisan qui n'a pas fini de rembourser sa licence, il ne reste pas lourd dans le porte-monnaie d'un chauffeur à la fin du compte. Et c'est bien pire pour les locataires, qui auraient des dépenses annuelles de 62.190 euros. En effet, même en prenant le cas d'un parisien, le chauffeur s'avère déficitaire à la fin de l'année ! Seuls les artisans propriétaires de leur licence l'ayant obtenue gratuitement ou ayant soldé leur emprunt arrivent à s'en sortir, avec des dépenses annuelles de 31.740 euros.
De quoi démonter la croyance selon laquelle les taxis préfèrent le cash pour ne pas déclarer tous leurs revenus. Et quand bien même, si c'était vraiment le cas, ils n'auraient vraiment pas grand chose à se mettre dans la poche à la fin du mois d'après les chiffres de 6-t, sauf à faire de nombreuses heures supplémentaires...
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L'étude de 6-t relève également un chiffre d'affaires en baisse depuis 2008. Cependant le rapport n'établit pas de corrélation entre la baisse du chiffre d'affaires des taxis et l'irruption des néo-VTC (voitures de transport avec chauffeur) type Uber sur le marché, contrairement à celui de Facta. Il note en revanche une diminution du nombre de courses chaque année (sauf en 2011), après un pic constaté en 2004. Et l'explique par l'augmentation des tarifs fixés par l'Etat, afin de maintenir le chiffre d'affaires des taxis. Les prix des courses ont ainsi augmenté de près de 50% entre 2000 et 2015, alors que le prix de l'ensemble des biens n'a progressé que de 25%, analyse 6-t.
Pourquoi la bulle spéculative des licences a éclaté
Pour autant, les chauffeurs, dont l'amplitude horaire a augmenté, tout comme le temps d'attente entre deux courses, ne s'en sortent pas, poursuit 6-t. Un constat qui rejoint celui de l'étude publiée par Facta cette semaine, comme le rappelle le directeur de l'institut sur Twitter:
Ce, notamment à cause de la surévaluation du prix des fameuses autorisations administratives de stationnement (ADS). Egalement appelées licences, elles donnent le droit aux taxis de marauder, c'est-à-dire de prendre en charge des clients sur la voie publique et d'y stationner et circuler librement. L'enquête de 6-t évoque une bulle spéculative en train d'éclater.
Le bureau de recherche constate que le prix de la licence en 2006, évalué cette année-là à 200.000 euros, a chuté à 150.000 euros en 2008 (année de la publication du rapport Attali et du début de la crise économique), avant de repartir à la hausse à partir de 2009. En 2013, le prix de la licence flirtait à nouveau avec les 200.000 euros pour finalement diminuer depuis 2015, et retrouver le prix corrigé de l'inflation des années 1990.
Problème : les taxis ne peuvent plus compter sur ce qui est parfois comparé à leur "fonds de commerce". Et pour cause, avec des licences désormais incessibles, les chauffeurs ne pourront plus escompter un futur profit tiré de la revente de la licence. Ce qui pouvait les inciter à tolérer de telles conditions de travail dans un premier temps, précise le rapport. Désormais les chauffeurs ne pourront plus accepter des loyers aussi élevés !
Des solutions...
Bref. Il est urgent de trouver des solutions pour en finir avec cette situation où une minorité de chauffeurs semble faire la majorité du chiffre d'affaires du secteur, où les plateformes sont reines. 6-t suggère notamment de diminuer le prix des locations de licence et d'accélérer la généralisation de licences gratuites et incessibles.
Il note également que si l'Etat maintient un niveau de prix élevé, les taxis risquent de souffrir davantage de la concurrence des VTC.
Reste à savoir ce qu'en penseront les plateformes type G7 qui, d'après l'enquête de L'Obs réalise 97% de ses bénéfices grâce à la centrale de réservation et à la location de licences... Car l'étude point en effet du doigt les conditions de travail des chauffeurs eux-mêmes, qu'ils soient taxis ou VTC d'ailleurs. Et qui n'ont pas les mêmes intérêts que les plateformes de réservation que sont Uber ou G7 par exemple.