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Chauffeurs de taxi : ce qu'ils gagnent vraiment!

Photo de Mounia Van de Casteele

Mounia Van de Casteele

Publié le 09 juin 2016 à 09:00 - Mis à jour le 10 juin 2016 à 13:15

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Des cacahuètes. A en croire les chiffres publiés ce jeudi par l'institut de recherche indépendant 6-t, les chauffeurs de taxis ne gagnent littéralement rien, ou quasiment, hormis les artisans ayant fini de rembourser leur licence. Analyse.

Les chauffeurs de taxis roulent pour des prunes, quand ils ne perdent pas d'argent. Tel est le constat accablant d'une enquête inédite réalisée par le bureau de recherche indépendant 6-t publiée ce jeudi 9 juin et consultée par La Tribune.

Premier enseignement de l'étude, dont les données sont accessibles en ligne (tout comme les 222 pages d'une précédente étude commandée par Uber) : aussi surprenant que cela puisse paraître, un taxi ne gagne littéralement rien par mois, ou pas grand chose, compte tenu des lourdes charges mensuelles acquittées par les chauffeurs.

Des revenus insuffisants

Dans le détail, le chiffre d'affaires d'un chauffeur de taxi serait en moyenne d'environ 54.000 euros par an dans les 13 grandes métropoles, 60.000 euros à Paris et de 44.000 euros ailleurs. Avec des dépenses annuelles de 53.340 euros pour un artisan qui n'a pas fini de rembourser sa licence, il ne reste pas lourd dans le porte-monnaie d'un chauffeur à la fin du compte. Et c'est bien pire pour les locataires, qui auraient des dépenses annuelles de 62.190 euros. En effet, même en prenant le cas d'un parisien, le chauffeur s'avère déficitaire à la fin de l'année ! Seuls les artisans propriétaires de leur licence l'ayant obtenue gratuitement ou ayant soldé leur emprunt arrivent à s'en sortir, avec des dépenses annuelles de 31.740 euros.

De quoi démonter la croyance selon laquelle les taxis préfèrent le cash pour ne pas déclarer tous leurs revenus. Et quand bien même, si c'était vraiment le cas, ils n'auraient vraiment pas grand chose à se mettre dans la poche à la fin du mois d'après les chiffres de 6-t, sauf à faire de nombreuses heures supplémentaires...

Les chauffeurs VTC ne seraient pas mieux lotis d'après une étude de Facta commandée par le lobby des taxis: un chauffeur partenaire d'Uber gagnerait ainsi 6.813,5 euros par an, soit à peine plus que le RSA pour une personne seule, tandis qu'Uber toucherait de son côté 8.225 euros au titre des commissions de 20% prélevées sur chaque course...

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L'étude de 6-t relève également un chiffre d'affaires en baisse depuis 2008. Cependant le rapport n'établit pas de corrélation entre la baisse du chiffre d'affaires des taxis et l'irruption des néo-VTC (voitures de transport avec chauffeur) type Uber sur le marché, contrairement à celui de Facta. Il note en revanche une diminution du nombre de courses chaque année (sauf en 2011), après un pic constaté en 2004. Et l'explique par l'augmentation des tarifs fixés par l'Etat, afin de maintenir le chiffre d'affaires des taxis. Les prix des courses ont ainsi augmenté de près de 50% entre 2000 et 2015, alors que le prix de l'ensemble des biens n'a progressé que de 25%, analyse 6-t.

Pourquoi la bulle spéculative des licences a éclaté

Pour autant, les chauffeurs, dont l'amplitude horaire a augmenté, tout comme le temps d'attente entre deux courses, ne s'en sortent pas, poursuit 6-t. Un constat qui rejoint celui de l'étude publiée par Facta cette semaine, comme le rappelle le directeur de l'institut sur Twitter:

Lire aussi Taxis, VTC : la guerre des statistiques fait rage

Ce, notamment à cause de la surévaluation du prix des fameuses autorisations administratives de stationnement (ADS). Egalement appelées licences, elles donnent le droit aux taxis de marauder, c'est-à-dire de prendre en charge des clients sur la voie publique et d'y stationner et circuler librement. L'enquête de 6-t évoque une bulle spéculative en train d'éclater.

Le bureau de recherche constate que le prix de la licence en 2006, évalué cette année-là à 200.000 euros, a chuté à 150.000 euros en 2008 (année de la publication du rapport Attali et du début de la crise économique), avant de repartir à la hausse à partir de 2009. En 2013, le prix de la licence flirtait à nouveau avec les 200.000 euros pour finalement diminuer depuis 2015, et retrouver le prix corrigé de l'inflation des années 1990.

Problème : les taxis ne peuvent plus compter sur ce qui est parfois comparé à leur "fonds de commerce". Et pour cause, avec des licences désormais incessibles, les chauffeurs ne pourront plus escompter un futur profit tiré de la revente de la licence. Ce qui pouvait les inciter à tolérer de telles conditions de travail dans un premier temps, précise le rapport. Désormais les chauffeurs ne pourront plus accepter des loyers aussi élevés !

Des solutions...

Bref. Il est urgent de trouver des solutions pour en finir avec cette situation où une minorité de chauffeurs semble faire la majorité du chiffre d'affaires du secteur, où les plateformes sont reines. 6-t suggère notamment de diminuer le prix des locations de licence et d'accélérer la généralisation de licences gratuites et incessibles.

Il note également que si l'Etat maintient un niveau de prix élevé, les taxis risquent de souffrir davantage de la concurrence des VTC.

Enfin, pour augmenter le chiffre d'affaires des chauffeurs, l'étude suggère de mettre en oeuvre les modalités opérationnelles pour que les taxis puissent rouler avec la casquette VTC. Chose actuellement permise par la loi mais qui reste un sujet sensible, sur lequel les plateformes Uber et Allocab ont essayé de communiquer. Mais les médias n'ont pas beaucoup relayé l'information. Ce qui n'est pas sans arranger les chauffeurs qui préfèrent rester discrets.

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Reste à savoir ce qu'en penseront les plateformes type G7 qui, d'après l'enquête de L'Obs réalise 97% de ses bénéfices grâce à la centrale de réservation et à la location de licences... Car l'étude point en effet du doigt les conditions de travail des chauffeurs eux-mêmes, qu'ils soient taxis ou VTC d'ailleurs. Et qui n'ont pas les mêmes intérêts que les plateformes de réservation que sont Uber ou G7 par exemple.

(Article publié à 00h01, actualisé à 11h)

Mounia Van de Casteele

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