"Rétablir une vérité souvent bafouée par des études diverses et variées commanditées par Uber" : l'étude intitulée "Taxis et VTC dans les grandes métropoles", présentée ce mardi 7 juin par Jean-Charles Simon, économiste fondateur de la société Facta, spécialiste de la statistique et de l'analyse économique, affiche d'emblée la couleur. L'enquête, commandée par le lobby des taxis, veut mettre en évidence "un phénomène de substitution (qui) s'est opéré sur un marché saturé, aux dépens des taxis". Chiffres à l'appui, elle se concentre uniquement sur "le cas parisien". Celui-ci intéresse particulièrement G7 qui n'est pas présent en province, hormis via sa filiale eCab, qui, elle, noue des partenariats avec les acteurs locaux.
L'analyste Jean-Charles Simon était entouré des représentants des entreprises commanditaires : Yann Ricordel, patron des Taxis Bleus pour l'Unit, l'Union nationale des industries du taxi, organisation professionnelle dont le président n'est autre que Nicolas Rousselet, patron du groupe Rousselet, propriétaire de G7 et Taxis Bleus. Il y avait également Dominique Jamois, vice-président de France Limousines Association, au titre de la Fédération des voitures de tourisme avec chauffeur et de la Chambre syndicale nationale des entreprises de remise et de tourisme (CSNERT), et enfin Gilles Boullin, avec la casquette du groupement coopératif Gescop.
Tous étaient réunis dans le but d'exposer au grand jour une nécessité, qui se pressentait seulement jusqu'alors, tant que l'analyse statistique ne l'avait pas encore mathématiquement démontrée : celle de l'impérative régulation du secteur du transport public particulier de personnes (TPPP), puisque l'offre de taxis est excédentaire. Voici la chose scientifiquement démontrée : chiffres à l'appui, avec de savants systèmes d'équations en annexes, l'étude réalisée par Jean-Charles Simon montre que le marché est saturé, que la demande de TPPP est stable, que les VTC prennent des parts de marché aux taxis et que la voie publique est un bien rare qu'il faut à tout prix préserver par un numerus clausus.
Bref. "Il faut impérativement faire appliquer la loi Thévenoud", qui était une loi "tout à fait équilibrée", sans quoi, les pouvoirs publics risquent de laisser la profession de taxis courir vers une inévitable paupérisation, explique Jean-Charles Simon, qui a par ailleurs publié une tribune sur "les mirages de l'économie du partage", il y a près d'un an, dans laquelle il expliquait déjà peu ou prou ce qui figure dans l'étude de 101 pages. Cela va également dans le sens de bon nombre de ses tweets également.
Mais pourquoi donc publier une telle étude, alors que le médiateur dans le conflit taxis/VTC, le député socialiste Laurent Grandguillaume, est sur le point de déposer une proposition de loi ayant pour but de réguler le marcher en contentant tous les acteurs du secteur ?
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Parce que les pouvoirs publics ne font rien, déplorent les commanditaires de l'étude. Yann Ricordel insiste:
L'enquête doit être transmise au ministère des Transports, afin que le message passe, sachant que la dernière grève des taxis, au mois de janvier, ne semble pas avoir eu l'effet escompté... "Les taxis ne réclament rien, à part l'application de la loi", expliquait à l'époque Serge Metz, le président de G7. Résultat, un nouveau médiateur avait été nommé, avec pour mission la résolution rapide du conflit à travers des solutions concrètes à mettre en place avant la fin de l'année. C'est d'ailleurs ce à quoi travaille toujours Laurent Grandguillaume, qui avait commencé par envoyer des lettres de mise en demeure aux plateformes, et qui fait tout pour que le calendrier soit tenu. En attendant, les contrôles se sont durcis pour les VTC. Mais pas assez aux yeux des taxis, ou du moins des plateformes type G7 et Taxis Bleus.
Car la guerre n'est pas tant entre taxis et VTC, qu'entre Uber et le groupe Rousselet, qui détenait jusqu'à présent le monopole de la réservation de taxis. Autrement dit, entre un monopole en devenir et un monopole en train de céder sa place... L'Unit prévient d'ailleurs clairement à cet égard:
C'est un constat largement partagé par de nombreux observateurs du secteur. Parmi lequel, Nicolas Louvet, directeur de l'institut 6-t spécialisé dans les mobilités, qui se dit las de cette guerre politique. Et préfère recentrer une fois de plus le débat sur la question de la mobilité, justement. "On ne peut pas se contenter d'étudier l'offre en faisant l'impasse sur la demande et les usages", analyse l'expert, selon lequel les VTC ont augmenté la demande sur le marché, tandis que l'étude de Facta évoque une stabilité du nombre de déplacements en TPPP par jour et par personne.
Quoi qu'il en soit, dans une autre enquête (téléchargeable en ligne ici), 6-t a analysé les origines et destinations:
Nicolas Louvet estime en outre que les risques de congestion pointés du doigt dans cette enquête Facta ne sont pas justifiés:
Avant de conclure:
Ce que l'institut s'apprête d'ailleurs à faire dans une très prochaine étude, qui mettra toutes les données récoltées en accès libre.
À lire également
(Mise à jour le 9 juin)
Souveraineté alimentaire et sanitaire : l'État va entrer au capital de l'industriel Eurolysine, menacé par la concurrence chinoise
Engie va supprimer environ 1 000 postes dans ses fonctions support d’ici à 2028
Nucléaire : le Blayais finalise son dossier pour accueillir les réacteurs nouvelle génération
Industrie, mobilités, logements, géothermie : la nouvelle offensive verte de l’Occitanie