Président des Carrières de l'Ouest, Thomas Dupuy d'Angéac aime le rappeler : « En 1858, déjà, les trains affrétés par les Carrières de l'Ouest, sur la ligne Brest-Paris, fournissaient les pavés utilisés pour la construction du Paris haussmannien ». Plus d'un siècle et demi plus tard, c'est aux chantiers du Grand Paris, considérés comme "le chantier du siècle", que la PME mayennaise s'attèle.
Avec cette fois, la mise en œuvre d'une solution de fret ferroviaire combiné inédite dont le modèle économique doit encore faire ses preuves. « Le double fret existe déjà pour certains métiers de la construction, mais jamais pour le transport de remblais dont la valeur est très faible et les manipulations plus complexes », explique Thomas Dupuy d'Angéac, président des Carrières de l'Ouest. De fait, l'entreprise a dû imaginer et faire fabriquer des conteneurs de vingt pieds, dotés d'une trappe sur l'arrière pour permettre le déchargement par gravitation. Equipés d'un GPS pour garantir la traçabilité, ils peuvent être transportés par train et par camion.
Non communiqué, l'investissement porte sur plusieurs millions d'euros, dont 700.000 à 800.000 euros pour une seule rame de cinquante conteneurs, soit l'équivalent de 50 camions. Le problème, c'est qu'un conteneur rempli de terres de remblai pèse trente tonnes - comme un camion-, au lieu de quinze à seize tonnes pour des marchandises classiques. « C'est un modèle industriel nouveau, jamais mis en place dans le secteur de la construction pour lequel nous travaillons à la fiabilisation de la chaine logistique et notamment des engins de levage et de manutention, soumis à des sollicitations plus importantes», indique le président des Carrières de l'Ouest, où une troisième rame vient d'être réceptionnée. Une quatrième est en cours de fabrication pour accompagner la montée en charge du projet « Voutré Double Fret ». « L'objectif est de maximiser les rotations de train, dont le retour est déjà payé, mais qui supportent des coûts fixes importants, comme les coûts des sillons achetés à la SNCF, la location du matériel roulant et le coût du gasoil des camions et des engins de levage. Mais le véritable enjeu, c'est d'avoir les plateformes embranchées qui permettent des connexions entre le routier et le ferroviaire», reconnait-il.