Les compagnies aériennes ne craignent ni l'inflation ni la crise économique mais, un peu, le prix du kérosène (IATA)

L'été a tenu ses promesses. Le trafic est remonté en flèche, les recettes sont rentrées. Et si certains estiment que l'embellie va bientôt se ternir, Willie Walsh affiche un optimisme à toute épreuve. Quelque peu inquiet devant un prix du kérosène décorrélé de celui du pétrole brut, le patron de l'IATA estime que les compagnies savent comment gérer le reste : l'inflation, la crise économique, et même le Covid désormais.
En juillet, le transport aérien mondial avait retrouvé les trois quart de son activité par rapport à 2019.
En juillet, le transport aérien mondial avait retrouvé les trois quart de son activité par rapport à 2019. (Crédits : PEDRO NUNES)

Après deux ans de pandémie, il faut plus qu'une crise économique pour inquiéter Willie Walsh. Présentant les chiffres de trafic de cet été et les prévisions pour les prochains mois, le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (IATA) a de nouveau affirmé sa confiance dans la solidité du trafic pour les prochains mois.

Au vu de l'été qui vient de s'achever, Willie Walsh ne peut que se féliciter d'une telle dynamique. Les chiffres d'août ne sont pas encore consolidés, mais, pour juillet, les compagnies mondiales avaient déjà retrouvé 87% de leur trafic domestique et les deux tiers de leur trafic international. Si ce dernier est encore en retrait, il a tout de même plus que doublé par rapport à l'an dernier. Sans surprise, la reprise s'est tout particulièrement concrétisée en Amérique du Nord, sur le domestique comme à l'international, mais aussi en Europe. L'Asie-Pacifique reste à la traîne en raison des politiques de restriction encore très présentes dans plusieurs pays, à commencer par la Chine.

« La reprise prend de l'ampleur. Nous avons vu de bons chiffres de trafic pendant l'été dans l'hémisphère nord », s'est réjouit Willie Walsh, directeur général de l'IATA.

Willie Walsh a salué le dynamisme de cette reprise : « Il reste encore du chemin à parcourir, mais c'est un excellent signe à l'approche des trimestres d'automne et d'hiver, traditionnellement plus lents dans l'hémisphère nord ».

En effet, en dépit de ces résultats encore inespérés en début d'année, l'enjeu n'est plus sur l'été. C'est la pérennité de la reprise sur l'automne et l'hiver qui pose question, maintenant qu'une grande partie de la demande en suspens est satisfaite, et alors que la crise économique se fait de plus en plus pressante et que les coûts encore élevés du kérosène pèsent sur les prix.

Une confiance assumée pour la fin d'année

Pour l'instant, le patron de l'IATA se montre confiant : « Nous nous attendons désormais à ce que cela continue dans les chiffres d'août et de septembre, compte tenu des tendances positives que nous voyons dans les réservations à terme. Je pense donc qu'il s'agit d'une bonne situation, tant du côté des passagers que du côté du fret. Il est clair qu'il y a des défis à relever, en particulier avec le prix du carburant, mais les perspectives sont positives pour l'industrie. »

Pour appuyer son propos, Willie Walsh peut se référer au niveau des réservations sur le trafic domestique qui se maintient depuis juin à près de 90% de celui de 2019. Si ce n'est pas encore le retour au niveau d'avant la crise, cette stabilité est appréciable pour les compagnies après deux ans de « yo-yo » incessant. Elles devront encore prendre leur mal en patience pour retrouver cette forme de sérénité sur l'international, mais en attendant, elles peuvent se satisfaire d'une belle remontée du niveau de réservation : après s'être maintenu en avril et juin grâce à l'approche des grandes vacances, il avait chuté en juillet avant d'accélérer de nouveau en août. Il se situe ainsi autour de 80% du niveau de 2019, ce qui semble confirmer qu'il n'y aura pas d'effondrement du trafic cet automne.

Un des principaux motifs d'inquiétude à ses yeux est l'écart persistant qui demeure entre le prix du pétrole brut et celui du kérosène, avec des marges de raffinage très élevées qui font grimper le coût à la pompe de près de 50%. Du jamais-vu pour Willie Walsh, qui rappelle que ce « crack spread » était de 17% en moyenne durant la décennie précédant la crise. La réduction de cet écart, brièvement aperçue en juin, a fait long feu. Le patron de l'IATA espérait que la hausse de la production permette de réduire les marges de raffinage, mais la reprise du trafic s'est avérée encore plus forte. Il espère tout de même une petite amélioration d'ici à la fin de l'année, mais il prévient que la facture carburant va continuer à peser lourdement sur les comptes des compagnies, et à se répercuter sur le prix des billets avec le risque de freiner la demande.

L'inflation, même pas peur

Au-delà de ça, que ce soit le contexte économique, l'inflation ou les risques de change, Willie Walsh considère que c'est quelque chose que les compagnies connaissent et savent affronter : « Je pense que ce sont tous des vents contraires, certainement, mais ce sont des vents contraires auxquels nous avons fait face avant. » Il affirme ainsi que la période reste très positive pour les compagnies, avec peu d'impact immédiat : « Ces éléments ont un certain impact sur le rythme auquel la demande se redresse mais, pour l'instant, nous continuons à voir de fortes réservations à terme. Bien que nous traversions cette période, il est clair que de nombreuses compagnies aériennes génèrent de bons soldes de trésorerie et cherchent à rétablir leurs bilans en renforçant leurs liquidités. Il s'agit donc d'un environnement difficile, mais les équipes de direction de la plupart des compagnies aériennes examinent les points positifs et réfléchissent à ce qu'elles doivent faire pour faire face à ces vents contraires. »

En complément, Marie Owens Thomsen, économiste en chef de l'IATA, insiste sur le fait que le taux d'emploi est actuellement très élevé à travers le monde et que des emplois continuent de se créer. Elle évoque ainsi « un phénomène inhabituel [...] un ralentissement économique riche en emplois, qui contraste avec la reprise économique sans emploi qui a suivi la crise financière mondiale » de 2008. Si elle admet volontiers que l'inflation réduit le pouvoir d'achat individuel, l'économiste considère ainsi que le pouvoir d'achat global s'accroît. Elle note aussi l'impact positif sur l'endettement des ménages, dont le poids diminue avec l'inflation.

Les États-Unis et l'Europe éclipsés par la Chine

Interrogé sur un possible affaiblissement structurel du voyage d'affaires, Willie Walsh botte en touche en indiquant que l'IATA regarde les classes de voyage et non les motifs, et que, sur ce point, « la reprise des classes premium a été légèrement plus rapide, ou au même rythme, que la reprise de la classe économique ». Il ajoute tout de même : « Comme je l'ai dit, nous n'examinons pas les raisons des voyages mais, lorsque vous parlez aux PDG, ils sont certainement plus confiants quant à la reprise des voyages d'affaires. Et il est important de souligner que tous les voyageurs d'affaires ne voyagent pas dans des cabines premium. »

Pour sa part, Marie Owens Thomsen estime surtout que « s'il y a des poches en Europe de l'Ouest ou aux États-Unis, où les entreprises peuvent s'accommoder de prendre moins l'avion et se tourner davantage vers les conférences virtuelles, elles seront éclipsées en nombre par l'augmentation de ces voyages dans toutes les autres régions dès que cela sera possible, et notamment en Chine. »

En ce qui concerne les autres sources possibles de perturbation comme une résurgence de la pandémie, Willie Walsh semble, là aussi, baigné d'optimisme : « J'aime à penser que les gouvernements auraient appris des erreurs qu'ils ont faites. Toutes les preuves montrent que ces fermetures de frontières n'ont rien fait pour supprimer la propagation du virus. » Pas sûr que cela suffise à maintenir les frontières ouvertes pour autant.

Faisant preuve d'un peu de modération, Willie Walsh évite tout de même de tomber dans l'excès. Il maintient ainsi sa prévision d'un retour global aux niveaux d'avant la crise en 2024, même si la fin 2023 a parfois été évoquée. Surtout, il précise que, si le marché américain pourrait avoir entièrement récupéré dès l'an prochain, il faudra probablement attendre 2025 pour qu'il en soit de même pour l'Asie-Pacifique.

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