EXCLUSIF- Des pilotes qui en viennent aux mains dans le cockpit, des équipages qui oublient de démarrer le deuxième moteur avant le décollage, une remise de gaz mal exécutée... Selon nos informations, une série d'événements inquiétants se sont déroulés dans les avions d'Air France depuis quelques mois. Ils s'ajoutent à ceux mis en lumière par le BEA dans un rapport sévère publié cette semaine qui pointait « une récurrence d'enquêtes [...] montrant une adaptation des procédures, voire une violation délibérée de celles-ci amenant à une réduction des marges de sécurité ». Pourtant, le nombre...... cidents est resté stable en comparaison des standards d'avant la crise selon Air France. Entre maintien du niveau de sécurité et recul préjudiciable, les avis divergent. DÉCRYPTAGE.
Au vu des milliers de vols opérés chaque jour par Air France, les événements pouvant avoir un impact sur la sécurité des vols sont inévitables sans pour autant remettre en cause de manière systémique le niveau de sécurité de la compagnie. Pour autant, depuis le début de l'année, la nature de certains incidents que dévoilent ici La Tribune interroge et suscite des craintes au moment où le trafic redémarre fort après deux années de fortes perturbations dues à la crise sanitaire. Un sentiment renforcé par la publication d'un rapport du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) le 23 août, mettant en cause la culture de sécurité chez Air France avec des écarts par rapport aux procédures jugés trop importants. A quelques semaines du procès devant le tribunal correctionnel sur l'accident de l'AF447, le Rio-Paris qui a fait 228 morts en 2009, qui verra Air France et Airbus comparaître pour « homicides involontaires », la séquence est sensible. Et les analyses de la situation divergent.
Des erreurs impensables selon des pilotes
Selon des sources concordantes, Air France a recensé deux oublis de démarrage d'un moteur en amont du décollage, qui ont eu lieu en février. L'un s'est déroulé sur un Airbus A321 et a été corrigé par l'équipage avant l'alignement sur la piste, mais l'autre sur A350 n'a été détecté qu'au moment de la mise en poussée avant le décollage lors d'un vol qui devait relier Paris à Tel Aviv. Si le roulage sur un seul moteur est une procédure normale pour économiser du carburant, oublier cette situation et ne pas planifier le démarrage du second moteur apparaissent comme des erreurs impensables pour plusieurs connaisseurs de ces questions, notamment des pilotes, qui s'interrogent sur la façon dont cela est intégré aux checklists, censées prévenir ce genre d'oublis.
Léo Barnier et Fabrice Gliszczynski