Les familles des riches Cubains spoliés en 1959 attaquent en justice le croisiériste Carnival, premier ciblé

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(Crédits : Reuters)
En réactivant depuis hier jeudi le "titre III" de la loi Helms-Burton, le successeur d'Obama permet aux riches Cubains exilés et à leur famille de demander compensation devant la justice américaine pour leurs biens confisqués et nationalisés par Castro en 1959. Le leader mondial de la croisière est la première société attaquée en justice par les héritiers de terminaux portuaires à Santiago de Cuba et à La Havane. Des centaines d'autres recours sont attendus. L'objectif de Trump: affaiblir Cuba, et l'obliger à retirer son soutien à Maduro.

"Les frères Castro et leurs amis du parti communiste ont volé ce qui appartenait à mon grand-père."

Soixante ans après la révolution à Cuba, Mickael Behn a été l'un des premiers jeudi à demander réparation devant la justice américaine pour les biens confisqués à sa famille.

Cet Américain d'origine cubaine s'est attaqué, avec Javier Garcia Bengochea, au numéro un mondial des croisières Carnival pour son utilisation de terminaux portuaires à Santiago de Cuba et à La Havane, dont les deux hommes revendiquent la propriété.

Leur plainte a été déposée dès 00H01 (04H01 GMT), a fait savoir leur avocat Bob Martinez. C'est un tribunal fédéral de Miami qui a été saisi.

L'État cubain comme des entreprises privées pourront être poursuivis

Carnival, dont le siège se trouve en Floride, "fut le premier groupe de croisières à bénéficier de notre propriété volée, il mérite donc l'honneur peu enviable d'être le premier à être poursuivi dans le cadre de (la) loi" Helms-Burton, a dit M. Garcia Bengochea.

En décidant récemment d'activer le chapitre III de cette loi de 1996, suspendu jusqu'ici pour des raisons diplomatiques, l'administration de Donald Trump a ouvert aux Américains d'origine cubaine une voie légale, effective depuis ce jeudi, pour demander compensation aux États-Unis.

La justice américaine peut être saisie de demandes visant l'État cubain, mais aussi des entreprises privées considérées comme bénéficiant du "vol" de ces biens.

Des centaines de recours de recours sont attendus

Plusieurs centaines de recours pourraient être déposés aux États-Unis contre quiconque est accusé par des ayants-droit d'avoir tiré profit des nationalisations.

Autre plaignant attendu dans les prochains jours: José Ramon Lopez Regueiro, qui avait 6 ans quand son père a fui Cuba alors que les révolutionnaires renversaient son ami proche, le dictateur Fulgencio Batista.

Ses biens, comme ceux de nombreux riches Cubains, ont été confisqués par le régime castriste. Il était, entre autres, actionnaire majoritaire de l'aéroport Rancho Boyeros de La Havane, de la compagnie aérienne Cubana de Aviacion, de quatre hôtels et d'un journal.

"Je vais déposer en premier la réclamation concernant l'aéroport de La Havane et Cubana de Aviacion", a indiqué M. Lopez Regueiro, 65 ans. Selon lui, le terminal valait 24 millions de dollars en 1958.

Il compte cibler "tous ceux qui utilisent" cet aéroport, comme les compagnies American Airlines, Aeromexico, Air Canada, Air France et Iberia.

Trump veut affaiblir le régime cubain

L'ancien président américain Barack Obama avait engagé un réchauffement des relations avec Cuba en 2014 mais son successeur républicain Donald Trump a fait marche arrière, rétablissant notamment des sanctions contre ce qu'il a appelé la "troïka de la tyrannie", formée de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela.

Dans ce contexte, la pleine application de la loi Helms-Burton vise à affaiblir le régime cubain, considéré par Washington comme le marionnettiste des présidents Nicolas Maduro à Caracas et Daniel Ortega à Managua.

Une méthode qui devrait être efficace, estime l'avocat Marcell Felipe, président de l'ONG Inspire America, qui conseille à Miami des cabinets d'avocats sur la loi de 1996.

"En plus du droit fondamental qu'est celui de la propriété privée et de promouvoir un Etat de droit, il s'agit aussi d'un arsenal considérable pour soustraire aux familles des généraux (cubains) l'argent frais des investisseurs", a expliqué M. Felipe.

Un frein pour les potentiels investisseurs à Cuba

L'Union européenne, principal partenaire commercial de l'île depuis 2017, et le Canada ont promis de protéger les intérêts de leurs entreprises.

Mais sans même présager de l'issue de chaque plainte, ni de l'exécution des éventuels jugements, la simple perspective de poursuites représente une "complication importante pour Cuba", a relevé l'avocat Jason Poblete, expert en matière de sanctions internationales.

Selon lui, les investisseurs potentiels ayant des intérêts aux États-Unis vont désormais réfléchir à deux fois avant de réaliser une transaction à Cuba impliquant une propriété confisquée. Un avis partagé par d'autres observateurs.

Quand le risque politique se double du risque juridique

"Le spectre du risque politique a toujours existé. Mais désormais ce spectre s'est un peu concrétisé et il ne s'agit plus uniquement d'un risque politique, mais aussi potentiellement juridique", a poursuivi M. Poblete.

Donald Trump a accru encore davantage la pression sur La Havane mardi en menaçant d'instaurer un embargo "total" sur l'île si elle continuait de soutenir le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, tandis que des soldats se soulevaient contre lui.

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Commentaires
a écrit le 04/05/2019 à 22:05 :
Les personnes volées possédaient des ports, des aéroports... a l'époque du dictateur précédent et l'avaient donc eux même volé au peuple
a écrit le 04/05/2019 à 13:04 :
Plaintes donc contre la spoliation de biens privés par le régime castriste en 1959 suite à la Révolution cubaine... Bien.
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Est il possible que les "Natives", autrement dit les Amérindiens puissent déposer plainte contre la spoliation de leur terre par les "migrants" européens au XIXe siècle ? Autrement dit un dépôt de plainte contre les États Unis ?
Car sur le fond, le problème est exactement le même... La seule différence est que les Cubains pro-Batista ont émigré aux USA et les Amérindiens se sont retrouvés à "émigrer" sur leur propre terr, dans des réserves...
Quand les lois ne vont que dans le sens arrangeant la politique et l'intérêt supérieur de la nation en place..
a écrit le 03/05/2019 à 10:40 :
Une question que je me pose : une riche famille cubaine, coupable d'enrichissement et de complicité passive d'un régime dictatorial, ne pourrait-elle pas aussi être attaquée par Cuba devant le TGI.
Tant qu'à laver le linge sale, autant s'attaquer à toutes les tâches, non ?
Réponse de le 03/05/2019 à 14:31 :
Complicité passive... ou active ?
Il y a beaucoup de documentation datant des années 40 & 50, et même du gouvernement étasunien qui cherchait à se débarrasser de Batista sous l'administration Eisenhower.
Réponse de le 05/05/2019 à 12:03 :
je me posais la même question..... en fait, les plaignants d aujourd hui avaient bâti leur fortune du fait de leur "proximité" avec le dictateur précédent.....
le peuple cubain devrait donc déposer plainte pour spoliation de bien publique.....

ceci étant, je pense que les Européens devraient organiser la résistance vis à vis des USA.... et progressivement s en détourner au profit d autres régions du monde....en s interdisant de leur acheter un max de produit... par exemple gaz de schiste...

et quand je vois Carlos Tavares faire des pieds et des mains pour s implanter aux USA.... il fonce droit dans le mur.....les USA tente par tous les moyens de scier la branche europe

la terre compte 7.5 milliards d habitants, les USA 350 millions.....

les deux énormes émergents sont l afrique et l Inde........ne laissons pas la chine et les US y faire leur lit, ce qu ils sont entrain de faire.....

si on ne bouge pas on va être hors jeu.... et juste des pantins pour survivre

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