Voiture électrique : le manque d'investissements dans les bornes estimé à 150 milliards de dollars

Alors que les ventes de voitures électriques explosent dans le monde, le financement des infrastructures de recharge reste, lui, à la traîne, selon une étude de Siemens Financial Services. Malgré le volontarisme des pouvoirs publics et des entreprises, ce décalage entre les besoins et les moyens doit même plus que doubler en trois ans.

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La forte augmentation entre ces deux périodes montre que le défi d'investissement croît à un rythme exponentiel
"La forte augmentation entre ces deux périodes montre que le défi d'investissement croît à un rythme exponentiel" (Crédits : DBT)

Alors que l'électrification de l'automobile progresse à vitesse grand V dans le monde, qu'en est-il des infrastructures nécessaires pour assurer l'approvisionnement de ces véhicules nouvelle génération ? Pour l'heure, le réseau électrique ne suit pas puisqu'entre 2021 et 2023, il manquerait plus de 45 milliards de dollars d'investissements pour développer les infrastructures de recharge, selon une étude publiée fin 2021 par Siemens Financial Services (SFS). Avec ses offres d'e-mobilité et ses solutions de financement, Siemens n'est certes pas neutre car l'Allemand fait partie de la galaxie de fournisseurs de ce type d'infrastructures. Mais le chiffrage de ces besoins - qui atteint même plus de 104 milliards entre 2024 et 2026 - a l'intérêt de pointer un décalage entre l'offre et la demande, sur un marché exponentiel.

> Revoir le dossier spécial - Bornes de recharge électrique : le maillon faible de la mobilité électrique

"La forte augmentation entre ces deux périodes montre que le défi d'investissement croît à un rythme exponentiel", constate Siemens qui a divisé son étude en deux périodes "afin de faire la distinction entre la croissance générée par les précurseurs et celle résultant de l'adoption générale plus tardive des VE par les concurrents « suiveurs »". Total du déficit sur ces cinq ans, selon Siemens : près de 150 milliards de dollars.

Le rythme des ventes est décorrélé des infrastructures

A cela s'ajoutent les réglementations propres au marché. Pour éviter une sous-capacité de l'infrastructure, l'UE a recommandé dès 2014 le ratio d'une borne pour 10 voitures électriques ou hybrides recommandé. Problème, le rythme d'installation comme en France ne suit pas. De janvier à juillet, 30.000 bornes ont en effet été installées, contre... 2.000 seulement en 2020.

Et ce alors que l'adoption du grand public, grâce aux aides à l'achat, est un processus déjà engagé. Bientôt, les voitures et utilitaires électriques pourraient représenter 100% des ventes de véhicules neufs dans l'UE d'ici 2035, selon une étude de Bloomberg New Energy Finance (BNEF). Avec la fin des ventes de voiture thermique qui se profile pour 2040.

Déjà, en France, ces véhicules représentent 7% des ventes de voitures neuves contre moins de 1% en 2019. Fin août, plus de 650.000 voitures électriques ou hybrides circulaient sur les routes françaises, et les prévisions du ministère du Transport tablent sur un million de voitures d'ici à fin 2022.

D'autre part, si les infrastructures tardent à trouver leurs financements, le coût de production des voitures électriques va, lui, continuer de baisser grâce aux économies d'échelle. Le prix hors taxes d'une berline électrique s'alignera ainsi vers 2026 sur le prix d'un véhicule thermique, autour de 20.000 euros, contre près de 40.000 euros pour la version électrique en 2020, selon l'étude BNEF publiée en mai 2021. Cela grâce à "la baisse du coût des batteries ainsi que la mise en place de chaînes de production dédiées aux véhicules électriques", selon l'étude.

Pour l'heure, seul le variant Omicron et les effets de la crise sanitaire qui perturbent les chaînes d'approvisionnement, notamment en métaux pour la fabrication des batteries des véhicules, pourrait ralentir sensiblement la course effrénée à l'électrique.

Enfin, entre d'un côté l'investissement public, avec la volonté des gouvernements de se positionner sur les enjeux climat et, de l'autre, les entreprises privées ou collectivités (réseau électrique, copropriétés...), les montages financiers sont parfois complexes à mettre en place.

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L'étude Siemens a chiffré le différentiel entre les infrastructures de recharge des véhicules électriques déjà financées et celles qui sont encore financées sur CAPEX (dépenses en capital). Le marché évalué comprend des unités de recharge normales, rapides et ultra-rapides, à la fois en CA et en CC. Il n'inclut pas les équipements et la technologie qui peuvent se révéler nécessaires pour le développement d'un réseau national, précise l'étude.

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Commentaires 3
à écrit le 19/01/2022 à 9:30
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dans 5 ans les politiciens vont decouvrir qu'on ne fait pas une ' transition' en 2 ans, et que quand l'occident dependra de la chine, tout ce qui est electrique ' n'est pas ecolo donc sera interdit' ( ce qui veut dire ( on est dans la m.. car on depn...

à écrit le 18/01/2022 à 16:34
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C'est une des raisons pour lesquelles je pense que la voiture électrique n'est pas LA solution. Les possibilités de recharge en nombre, en énergie disponible et en temps sont un frein considérable. Ajoutons le coût, le poids et les limites de distanc...

à écrit le 18/01/2022 à 14:45
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C'est une bonne raison pour différer l'achat d'un véhicule électrique. :-) Même chez soi si on n'est pas en maison individuelle, ça peut être compliqué (dans le lotissement je suis le seul à mettre ma voiture dans mon garage, les 7 voisins avec leur...

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