Biodiversité : ce qu'il faut attendre de la COP 15

Du 7 au 19 décembre prochain débutera à Montréal la COP 15, la Conférences des Parties de la Convention sur la Diversité Biologique, sous présidence chinoise. Cet événement international devrait permettre aux gouvernements d’agir pour lutter contre la crise de la biodiversité. Toutefois, de nombreux points sont encore à discuter et trouver un accord s’annonce compliqué.
Après un quatrième « round » de négociation à Nairobi en juin dernier, l'ambassadrice pour l'environnement concède que le texte n'était pas prêt pour une négociation de COP.
Après un quatrième « round » de négociation à Nairobi en juin dernier, l'ambassadrice pour l'environnement concède que le texte n'était pas prêt pour une négociation de COP. (Crédits : Blair Gable)

Après la COP 27 qui s'est déroulée du 6 au 18 novembre dernier en Egypte et dont le texte final a déçu l'Union européenne (UE) et l'Organisation des Nations Unies (ONU), c'est désormais au tour d'une autre COP de s'ouvrir. Moins connue et pourtant tout aussi fondamentale face à l'urgence environnementale, la COP 15 consacrée à la préservation de la biodiversité s'ouvrira le 7 décembre prochain pour une durée de près de deux semaines. Initialement prévue en Chine au printemps 2022, elle aura finalement lieu au Canada en raison des nombreuses restrictions sanitaires en vigueur dans la seconde économie mondiale. La première partie de cette quinzième édition s'était déroulée à Kunming en Chine en octobre 2021.

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« Nous savons qu'il est nécessaire de mener de front les enjeux du climat et de la biodiversité. Or, nous sommes face à une érosion sans précédent de cette dernière », s'alarme le ministère de la Transition écologique de la Cohésion des territoires.

« La COP 15 est extrêmement importante, car elle vise à adopter un cadre stratégique mondial pour la période 2020-2030 », résume-t-il. En effet, après les « objectifs d'Aichi » adoptés en 2010 au Japon pour la période 2011-2020, les 196 États se réunissent à nouveau pour adopter le prochain plan décennal dans le but de « stopper la perte de biodiversité » et d' « engager la restauration de la qualité de nos écosystèmes » d'ici 2030.

L'objectif emblématique des « 30x30 »

La convention sur la biodiversité présente trois grands objectifs à atteindre. « La cible emblématique de la COP 15 est celle des 30% : 30% des terres et 30% des mers seraient préservées », annonce Sylvie Lemmet, ambassadrice pour l'environnement au sein du ministère de l'Europe et des affaires étrangères.

Par ailleurs, un autre point important de la COP 15 est la durabilité des activités : « nous devons veiller à ce que l'agriculture ou la pêche ne soient pas dommageables pour la biodiversité », précise le ministère.

Dernier point clé de cette conférence des parties sur la biodiversité : le partage des avantages, aussi appelé DSI, soit données numérisées d'êtres vivants. Le protocole de Nagoya de 2010 prévoit que les entreprises rémunèrent les pays dans lesquels elles font de la recherche et en tirent des bénéfices commerciaux.

Ainsi, les 196 États membres de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) devront se prononcer sur ces enjeux dans une semaine, alors que de nombreuses négociations ont déjà eu lieu. De fait, plusieurs « rounds » se sont tenus, dont un quatrième à Nairobi en juin dernier. Sylvie Lemmet concède que le texte n'était à l'époque pas encore prêt pour une négociation de COP.  Au vu de l'ampleur des éléments restants à étudier, une session supplémentaire se tiendra même du 3 au 5 décembre afin d'élaguer le texte en question. « Les négociations sont difficiles, car il y a des pays moins ambitieux et d'autres ambitieux, mais qui ont peur de ne pas y arriver », explique l'ambassadrice.

Blocages à prévoir, un accord sera-t-il trouvé ?

De nombreux points de tension sont effectivement à prévoir, prévient-elle. Côté français, on s'interroge sur le niveau d'ambition global des pays sur cet accord : Répondra-t-il aux ambitions de l'Union européenne ? Rien n'est moins sûr, notamment après la « déception » de l'UE sur l'accord trouvé lors de la COP 27 sur le climat.

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De plus, le montant financier de cet accord pourrait être une potentielle source de désaccords selon Sylvie Lemmet. Elle explique : « nous devrons nous prononcer sur deux éléments : l'ensemble des moyens que le monde entier souhaite mettre sur la biodiversité et l'ensemble des flux de financements vers les pays en développement pour les aider à mettre en œuvre les accords ». Bien que les Etats développés aient respecté leur engagement de doubler leur aide afin de renforcer la biodiversité, les pays en développement attendent davantage. « Entre 5 et 10 milliards d'euros viennent des pays du Nord, de toutes les fondations, du secteur privé ou encore des banques multilatérales », indique l'ambassadrice, avant d'ajouter que « les pays en développement en demandent plutôt 100 milliards, et des choses seront évidemment infaisables ».

Dernier blocage, l'accès et le partage des avantages tirés de la biodiversité, ces fameuses données numérisées d'êtres vivants (DSI). Avec la numérisation actuelle des documents, il existe de « très grandes bases de données dans lesquelles sont stockées des milliers d'informations sur les séquençages génétiques des ressources tirées de la biodiversité », indique l'ambassadrice, et cela n'est pas régulé par le protocole de Nagoya de 2010. Ce que dénoncent les pays en développement, car les entreprises utilisent ces informations afin de commercialiser des produits sans pour autant rémunérer le pays.

Finalement, si un accord est trouvé lors de la COP 15, celui-ci ne devrait pas convenir à tous les pays. Ceux « en développement n'auront probablement pas tout ce qu'ils souhaitent », signale l'ambassadrice pour l'environnement. II s'agira plutôt de trouver un juste-milieu...

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Commentaire 1
à écrit le 30/11/2022 à 19:49
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En effet elle l'est même encore plus fondamentale étant donné que le boulversement climatique est entamé et on ne fera plus rien contre, par contre on peut toujours préserver la nature pour qu'elle nous préserve nous-mêmes.

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