Foodtech : le bacon et les lardons végétaux de La Vie séduisent les investisseurs et Natalie Portman

La startup, qui veut devenir leader sur le marché mondial de la viande végétale, lève 25 millions d'euros auprès de fonds d'investissement, de PDG d'entreprise comme Frédéric Mazella (BlaBlaCar), mais aussi l'actrice américaine Natalie Portman. Cette startup tricolore mise sur un ingrédient qui fait souvent encore défaut dans les divers burgers et nuggets issus des plantes : le goût.
Giulietta Gamberini

5 mn

La levée de fonds a lieu alors que l'excitation des startups de la viande végétale laisse la place à un certain désenchantement.
La levée de fonds a lieu alors que l'excitation des startups de la viande végétale laisse la place à un certain désenchantement. (Crédits : DR)

C'est une des meilleures levées de fonds de la FoodTech française, et la plus importante jamais réalisée pour un produit alimentaire destiné au grand public. La Vie, startup qui fabrique des lardons et du bacon végétaux, vient de récolter 25 millions d'euros en série A, a-t-elle annoncé mercredi 18 janvier.

Parmi les investisseurs, des fonds (Seventure, Oyster Bay, Capagro, Partech, Entrepreneur First et Bleu Capital), mais aussi des PDG d'entreprises à succès françaises telles que Back Market (Thibaud Hug de Larauze), BlaBlaCar (Fréderic Mazella) et Vinted (Thomas Lodewijk Plantenga), ainsi qu'une célébrité: l'actrice américaine Natalie Portman.

Un partenariat avec Carrefour

Créée en 2019 à Paris par deux Français, Nicolas Schweitzer et Vincent Poulichet, aujourd'hui respectivement PDG et directeur des nouvelles technologies, La Vie est parvenue à breveter une recette reproduisant le gras animal à partir de plantes. L'objectif: combler un manque de l'industrie de la viande végétale qui, selon ses fondateurs, contribue à en pénaliser l'expérience gustative et culinaire.

Les lardons et le bacon, fabriqués par un partenaire en Vendée, constituent la première application de cette recette. Les premiers ont été lancés sur le marché français en octobre, grâce à un partenariat avec le distributeur Carrefour qui les a référencés au niveau national, alors que le deuxième est déjà proposé par des restaurateurs tels que Pokawa ou Hank. L'opération a été un succès: chez Carrefour, "les ventes ont dépassé trois fois les prévisions", assure Nicolas Schweitzer.

A la conquête de la grande distribution

La levée de fonds vise à aller bien plus loin, en partant à la conquête de la grande distribution en France, où la startup espère couvrir l'ensemble des enseignes dès 2022, mais aussi en Europe, en commençant par une extension au Royaume-Uni. L'entreprise compte en parallèle investir dans des partenariats avec les plus grandes chaînes de la restauration, ainsi que dans la recherche et développement, afin de multiplier les produits intégrant son innovation. Pendant la seule année 2022, elle prévoit de recruter 40 personnes, en doublant ainsi ses effectifs. En 2030, elle ambitionne d'intégrer le top 3 mondial des FoodTech de la viande végétale.

Le marché des alternatives végétales aux produits animaux ne cesse de croître depuis des années. Selon les experts de Xerfi Precepta, cités par LSA, les ventes cumulées des trois segments phares (boissons, dessert et traiteur) ont progressé de 8,7% en GMS en 2020, en atteignant 356 millions d'euros. Il est porté par l'intérêt d'une partie des consommateurs pour une alimentation plus saine et écologique: La Vie fait d'ailleurs valoir des "produits riches en protéines, riches en fibre, avec 11 fois moins de graisses saturées" que les vrais lardons et bacon, ainsi que des "émissions de gaz à effet de serre sept fois moindres par rapport au porc, et évidemment la protection des ressources en eau, en sol, et de la vie animale".

Des obstacles à franchir

Depuis quelques mois, l'excitation, qui a conduit jusqu'ici à un foisonnement de startups spécialisées dans les alternatives végétales (2,1 milliards de dollars d'investissements au niveau mondial en 2020, selon le cabinet PitchBook), a toutefois laissé la place à un certain désenchantement. En France, le marché pourrait bien atteindre un pic à 400 millions d'euros en 2022, mais pourrait ensuite baisser jusqu'à 394 millions d'euros en 2025, selon Xerfi Precepta. Toutes ces jeunes pousses se retrouvent en effet confrontées à plusieurs gros obstacles à dépasser afin de survivre, analyse Matthieu Vincent, co fondateur de DigitalFoodLab, cabinet de conseil spécialisé sur la FoodTech.

Le premier consiste dans la difficulté, récemment accrue par la flambée des coûts des matières premières, à réduire les prix des produits végétaux, pour les rapprocher de ceux de la viande. Mais le défi principal reste celui du goût, qui est à l'évidence un enjeu central dans le secteur agro-alimentaire et qui, malgré de grands progrès, peut encore être amélioré pour ces produits. Sans compter le caractère ultra-transformé de nombre d'alternatives végétales à la viande, qui en relativisent l'impact positif sur la santé, explique Matthieu Vincent.

"Cette très belle levée montre justement l'appétit des investisseurs pour des entreprises apportant une réponse nouvelle à ces enjeux", estime l'expert.

La recherche d'une excellence gustative

 La Vie estime en effet avoir la bonne formule pour faire face à tous ces challenges.

"En termes de goût, nos produits sont incroyables. A l'aveugle, on n'arrive pas à les distinguer des vrais lardons et bacon, voire on les préfère", assure Nicolas Schweitzer.

La recherche d'une excellence gustative, qui a été origine de la création de l'entreprise, doit d'ailleurs guider le développement de nouveaux produits: "Notre règle est qu'aucun ne doit décevoir", souligne le PDG, dont l'objectif est de rassembler les consommateurs au-delà des seuls végétariens.

Le prix est moins élevé que celui de "toutes les autres alternatives végétales", affirme l'entrepreneur qui explique miser sur les volumes. Quant aux bénéfices pour la santé, La Vie a choisi d'entrer sur le marché de la viande végétale avec des substituts de produits animaux déjà très transformés et mal notés d'un point de vue nutritionnel.

"Notre bacon compte huit ingrédients... comme celui de grandes marques de charcuteries", note Nicolas Schweitzer.

Giulietta Gamberini

5 mn

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Commentaire 1
à écrit le 21/01/2022 à 13:46
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Des lardons végétaux ce ne sont pas des lardons , c'est juste des machins de salades de la nourriture pour chevaux et encore, c'est une hérésie d'appeler ça lardons ou encore steak !!!

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