ENTRETIEN. Les Français ont bien conscience du lien entre changement climatique et perturbations du cycle de l'eau. Pourtant, la loi « Climat et résilience » oublie cet enjeu, dénoncent les professionnels du secteur.Malgré la grande variété de sujets abordés par le projet de loi "Climat et résilience", inspiré par les propositions de la Convention citoyenne sur le climat et en cours d'examen au Parlement, la protection de la ressource en eau n'y figure pas. Il s'agit pourtant d'un élément essentiel de la lutte contre le changement climatique, et de l'adaptation à ses effets. La Fédération professionnelle des entreprises de l'eau (FP2E), qui dénonce cet oubli, réclame des mesures permettant aux acteurs du secteur de verdir leurs activités et de jouer pleinement son rôle. Son délégué général, Tristan Mathieu, explique à La Tribune comment les parlementaires pourraient améliorer le texte.
LA TRIBUNE - Vous déplorez que le projet de loi "Climat et résilience" néglige l'enjeu de l'eau, pourtant étroitement lié au changement climatique. Comment expliquez-vous cette absence?
TRISTAN MATHIEU, délégué général de la FP2E - Le processus législatif, original et intéressant, qui est à l'origine du projet de loi "Climat et résilience" y a sans doute contribué. L'objectif du texte est en effet de mettre en oeuvre, au moins partiellement, les propositions de la Convention citoyenne sur le climat. Or, ces dernières négligeaient déjà l'enjeu de l'eau. N'ayant pas été associés à l'exercice, nous n'en connaissons pas vraiment la raison. Peut-être que les Assises de l'eau ayant déjà eu lieu sous le mandat d'Emmanuel Macron, les organisateurs ont estimé que le sujet avait déjà été traité.
Nous sommes néanmoins surpris par cette absence car le baromètre 2020 du Centre d'information sur l'eau montre à quel point les Français sont conscients du lien entre le changement climatique et les perturbations du cycle de l'eau : au moins huit sur dix Français considèrent que le réchauffement influe sur le manque d'eau, la sécheresse, les inondations, l'augmentation du niveau de la mer et la dégradation de la qualité des ressources en eau. Il s'agit en effet de désordres qui non seulement constituent un important marqueur du changement climatique, mais qui sont aussi fortement ressentis au niveau local par la population.
Propos recueillis par Giulietta Gamberini