"Les modes de vie et les usages vont changer le BTP" (Roland Le Roux, président de Citae)

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Le président de Citae, Roland Le Roux, estime que nous sommes à l'aune d'un choix sociétal au niveau européen et français pour faire mieux qu'hier.
Le président de Citae, Roland Le Roux, estime que "nous sommes à l'aune d'un choix sociétal au niveau européen et français pour faire mieux qu'hier". (Crédits : DR)
LE MONDE D'APRES. "Que cette crise économique, environnementale et sanitaire nous fasse prendre conscience de redémarrer l'économie, l'usage et l'environnement de manière plus vertueuse" exhorte Roland Le Roux, président de Citae, filiale de BTP Consultants.

LA TRIBUNE - Le métier de consultant dans le BTP va-t-il changer ?

ROLAND LE ROUX - Je ne sais pas s'il va changer, mais tout dépendra de la nature de la crise. Si elle est en "V", cela redémarrera. Si elle est en "U", nous resterons longtemps en bas, comme après la crise des subprimes de l'automne 2008. Soit elle est en "W" et nous aurons de nombreuses alternances.

A plus long-terme, il nous faudra une commande publique qui relance la dynamique, d'autant que les modes de vie et les usages, dans la relation au chez-soi, vont changer le BTP. L'industrie logistique et de la rénovation vont rebondir plus vite et ne pas connaître de trous d'air, alors que les établissements recevant du public - bureaux, hôtels - vont devoir s'adapter. Va-t-on, en effet, avoir besoin d'autant de mètres carrés de bureaux ou, au contraire, de davantage de télétravail, et donc adapter les logements et les accès au coworking ?

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Les managers réticents vont-ils continuer à accepter le télétravail à la sortie de la crise ?
J'en reste persuadé pour les métiers qui le permettent. Ce confinement a le mérite de faire tomber des barrières psychologiques auprès des managers. C'est comme si nous vivions 5 à 10 ans d'accélération : nous pouvons faire de la prospection commerciale à distance, nous ne sommes plus obligés de prendre l'avion pour une réunion... Malgré quelques contraintes, le travail à distance fonctionne. Au lieu d'acheter des mètres carrés, les entreprises auraient tout intérêt à offrir des mètres carrés de coworking. Entre 12m² en moyenne par salarié et un espace disponible sur abonnement, le calcul est vite fait.

Nous avons par ailleurs lancé un livre blanc sur le mieux-vivre et le mieux-vieillir, ne serait-ce que pour mesurer la perception de l'acoustique ainsi que la relation à la lumière naturelle, à la connectivité ou encore à l'isolement. Demain aura-t-on envie de vivre dans un EHPAD ? Comment mieux accompagner les gens chez eux ? La relation logement-vieillissement va évoluer.

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Outre l'adaptation du logement au travail et au vieillissement, faut-il dédensifier les villes demain ?

Nous avons effectivement assisté à une densification urbanistique avec des villes qui montent toujours plus haut et toujours plus d'habitants au mètre carré. Nous allons en outre voir fleurir des audits sur l'hygiène, la santé et l'environnement des espaces de vie. Il n'est donc pas exclu que des choix urbains évoluent.
Actuellement, nous allons tous dans les grandes surfaces pour faire nos courses. C'est le périple de la semaine. Dans le même temps, le drive et les commandes en ligne explosent. Demain, il faudra améliorer la logistique du dernier kilomètre avec des zones en cœur de ville, les habitudes étant sur le point de changer drastiquement. Plutôt que de subir deux à trois fois plus de camions ou de voitures utilitaires et donc une sursaturation du réseau routier, la clé demeurera l'anticipation.

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N'est-ce pas le moment justement pour amorcer le virage écologique dont les collectivités ont besoin ?

La mondialisation, la densification, la perte de la biodiversité et le dérèglement climatique composent un cocktail explosif. J'espère que notre rapport au climat va enfin être pris en compte par nos concitoyennes et nos concitoyens.
Pour autant, il sera attendu du bâtiment d'avoir une forte d'activité pour adresser tous ces enjeux. S'il coûtera toujours plus cher d'avoir un immeuble bas-carbone, j'ose espérer que l'opinion publique suivra. Nous sommes à l'aune d'un choix sociétal au niveau européen et français pour faire mieux qu'hier.

Seriez-vous en train de rêver d'un Green Deal dans le BTP ?

Nous pouvons effectivement nous orienter vers un modèle du BTP et de l'immobilier plus vertueux. Il nécessitera des investissements conséquents ainsi qu'une industrialisation plus forte, notamment pour accélérer la construction modulaire et hors-site. Comparé aux aller-retours des artisans pour déposer des ouvriers et du matériel, il vaut mieux un module à assembler sur site. Le guide des bonnes pratiques de l'OPPBTP révèle le manque d'organisation et d'industrialisation de notre secteur.

Que cette crise économique, environnementale et sanitaire nous fasse prendre conscience de redémarrer l'économie, l'usage et l'environnement de manière plus vertueuse. Collectivement, nous serons beaucoup plus regardants sur la qualité des logements. Plus personne ne veut entendre ses voisins se disputer ou se rendre aux toilettes. Tout à chacun souhaite une lumière plus agréable. C'est un choix sociétal que nous avons en face de nous.

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a écrit le 27/04/2020 à 22:50 :
Mais les pakistanais illégaux payés à coup de trique ont un avenir radieux devant eux, à décliner avec les roumains, africains, etc..
a écrit le 27/04/2020 à 12:35 :
de bonnes intentions qui seront vite oubliées après la crise du covid .
le système actuel qui produit des constructions chères et de piètre qualité d'usage profite à beaucoup - des administrations chargées de valider les conformités aux normes et réglementations nombreuses , aux promoteurs publics et privés ,aux organismes de crédit , aux entreprises du BTP , et bien sûr à l'Etat qui taxe un maximum les produits et leur utilisation et leur opérations de marché .
hier , vu à la télé le témoignage d'un français émigré économique à Orlando en Floride ravi (et étonné) d'avoir pu financer une villa moderne de 260m2 avec piscine avec le produit de la vente d'un pavillon de 110m2 en France (vendu 310000 euros )
cet exemple montre bien le retard technico-économique de notre système de production de constructions en France , comparé aux USA et également à d'autres pays industrialisés dont européens - Allemagne et Bénélux en tête .
a écrit le 27/04/2020 à 9:51 :
Merci à la tribune de faire parler des gens qui ne vont pas dans le sens de la religion néolibérale mais attention à eux les dragons célestes guettent.

"Il nécessitera des investissements conséquents ainsi qu'une industrialisation plus forte, notamment pour accélérer la construction modulaire et hors-site."

Vous voyez par exemple ce genre de phrase progressiste, sage et intelligente leurs hérissent les poils.

"Et nos paradis fiscaux alors si tout le monde devient raisonnable ils vont grossir comment ?!"
a écrit le 27/04/2020 à 9:49 :
Il faudra aussi expliquer aux barbus que leur barbe rend assez inopérant le port du masque...

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