Réduire les émissions de CO2 de la marine marchande coûtera au moins 1.000 milliards de dollars

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(Crédits : REUTERS/Fabian Bimmer)
Le transport maritime, qui représente environ 3% des émissions mondiales de CO2, s'est engagé à réduire son empreinte carbone de 50% d'ici à 2050. Un objectif ambitieux qui réclame d'importants investissements.

Au moins 1.000 milliards de dollars (909 milliards d'euros) d'investissements entre 2030 et 2050. La facture s'annonce salée pour que la marine marchande puisse respecter ses engagements environnementaux, selon une étude britannique menée par l'University Maritime Advisory Services et par l'Energy Transitions Commission, et publiée le 20 janvier. Une addition que ne pourra pas régler seul un secteur soumis à une rude concurrence, qui a fait chuter les prix et donc les marges. "Les consommateurs vont devoir accepter de payer davantage", prévient Lise Detrimont, qui pilote l'association de préfiguration Transport maritime décarboné.

Le transport maritime représente environ 3% des émissions mondiales de CO2, soit autant que le secteur aérien. En l'absence de mesures concrètes et face à la croissance anticipée du marché (de 35% à 40% au cours des trente prochaines années), le secteur pourrait représenter 17% des émissions d'ici à 2050. Sous la pression de la Commission européenne notamment, l'Organisation maritime internationale (OMI) s'est résolue à prendre des mesures en 2018, fixant un objectif de réduction d'au moins 50% des réductions de gaz à effet de serre d'ici à 2050, par rapport aux niveaux enregistrés en 2008. Et ambitionnant même à plus long terme d'éliminer "complètement" ces émissions.

Pour réaliser leurs estimations, les auteurs de l'étude sont partis du principe que l'ammoniac deviendra le principal carburant zéro carbone utilisé par la marine marchande. "L'hydrogène, le méthane synthétique ou d'autres carburants pourraient remplacer l'ammoniac, reconnaissant-ils. Mais le niveau des investissements nécessaires ne changerait pas significativement". En fonction du mode de production retenu pour fabriquer l'ammoniac, la facture se chiffre entre 1.000 et 1.400 milliards de dollars pour atteindre l'objectif de baisse des émissions de 50% en 2050. Cela représente entre 50 et 70 milliards par an. Un chiffre important mais relativement faible: en 2018 le secteur de l'énergie a investi 1.850 milliards de dollars.

"Les dix prochaines années seront capitales"

Selon les différents scénarios, entre 85% et 89% de ces investissements devront être réalisés sur terre. D'abord, dans la production d'un hydrogène décarboné, qui servira de base à la fabrication d'ammoniac. Aujourd'hui, 95% des volumes sont en effet issus d'énergies fossiles. Si des solutions vertes sont bien en projet, il faudra investir bien davantage pour atteindre des capacités de production suffisantes pour satisfaire le demande du transport maritime. Ensuite, dans le stockage et les infrastructures de transport de l'ammoniac. Le solde, c'est à dire entre 11% et 15% des investissements, soit environ 150 milliards de dollars, doit servir à concevoir et déployer de nouveaux moteurs et de nouvelles cuves.

Quelque 50.000 vraquiers, rouliers, porte-conteneurs et autres pétroliers sillonnent actuellement les mers. 99% de ces navires naviguent encore au fioul lourd. Et les autres types de propulsion représentent "seulement 6% du carnet de commandes", souligne Matthieu de Tugny, vice-président exécutif de la division marine et offshore de Bureau Veritas, société française de certification des navires. Il s'agit principalement de navires au gaz naturel liquéfié (GNL), une "tendance importante du marché". Depuis deux ans, l'armateur français CMA CGM a, par exemple, commandé 14 porte-conteneurs propulsés au gaz. Si ce carburant permet de réduire fortement les rejets de particules fines et d'oxydes de soufre et d'azote, il ne résout que très partiellement le problème des émissions de CO2.

Pourtant, le temps presse, compte tenu de la durée d'exploitation des navires. "Les dix prochaines années seront capitales", avance Lise Detrimont. Pour suivre la feuille de route fixée par l'OMI, entre 30% et 40% des nouveaux navires devront être neutres en carbone d'ici à 2030, chiffre Bureau Veritas. Or, aucun des carburants alternatifs ne peut encore prendre le relais. Le biogaz ou le méthane de synthèse, qui pourraient "facilement" être adaptés sur les navires et les infrastructures GNL souffrent d'une production encore bien trop faible pour satisfaire la demande du transport maritime. Les solutions zéro carbone semblent encore plus lointaines. L'hydrogène pose d'importants défis en matière de stockage, notamment parce qu'il doit être conservé à une température de -253° C pour rester liquide. Quant à l'ammoniac, il pose "un problème de nocivité dans le cadre opérationnel", note Matthieu de Tugny.

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Commentaires
a écrit le 01/02/2020 à 15:53 :
a la bonne heure il était temps que la marine marchande se réveille mais j'émettrais un doute sur le fait qu'elle représente seulement 3 % des émissions de CO2 dans le monde quand un documentaire qui a peut être participé au départ de cette initiative passé sur ARTE en 2017 si mes souvenirs sont bons , dit à l'époque que la marine marchande émet la valeur de CO2 de la flotte automobile européenne , nous n'avons pas mes mêmes mesures mais enfin. Par ailleurs il s'agit d'y ajouter la marine de tourisme qui utilise le même fuel lourd avec le même type de moteur et qui elle grossit a vue d'oeil ( notamment grâce a nos succès de construction à st nazaire ) . Ce n'est qu'un début qui est un alignement sur la tendance mondiale .
a écrit le 01/02/2020 à 6:07 :
"Une solution plus verte ?"
L'interdiction de consommation à plus de 20 km du lieu de production ? Le controle des naissances ? La prière ? La téléportation?
a écrit le 31/01/2020 à 15:53 :
Qu'il y ait un problème de CO2 est plausible, qu'il soit évitable par l'homme ne l'est pas.
En beaucoup plus gros, cette histoire de CO2 rappelle le trou dans la couche d'ozone : le trou n'a pas changé, mais on a manipulé la concurrence avec ce prétexte, créé un tas d'emplois inutiles et fait monter les prix.
a écrit le 30/01/2020 à 23:32 :
N’y a t il pas une solution plus verte ? train ? route de la soie...volonté politique seulement je pense.
a écrit le 30/01/2020 à 18:47 :
bon, tout ca pour dire qu'ils vont augmenter les prix pour commencer, et le reste on verra plus tard, d'autant que c'est pas evident que le consommateur veuille payer plus, comme on dit
a écrit le 30/01/2020 à 18:21 :
Il faudrait créer un port français spécialisé dans la reconversion moteurs, un marché immense a prendre pour environ 30 années d'activités !
a écrit le 30/01/2020 à 17:13 :
Quand le délire va-t-il s'arrêter? Quand la décroissance aura fini par tuer tout le monde? Alors, effectivement, le taux de CO2 sera peut-être bas mais plus personne pour le constater. Même les écolos et leurs mesures mortifères auront disparu de la planète !
Réponse de le 31/01/2020 à 7:25 :
N’importe quoi ! Justement là on ne parle pas de décroissance ! Toute ça c’est pour continuer à consommer comme des malades tout et n’importe quoi ! Vous êtes un extrémiste qui ne voit le bonheur que dans le fric et la consommation. Désolé de vous le dire mais vous n’avez rien compris à la vie et à l’avenir pr les générations futures.
Réponse de le 31/01/2020 à 9:06 :
1 000 milliards pour maintenir et même faire croître le transport de bien et il parle de décroissance...
Les dogmatiques ultralibéraux dopés à la croissance et à la consommation...
a écrit le 30/01/2020 à 15:49 :
On oublie la moitié de l'équation: et combien coûterait de ne pas le faire ?

C'est fou comme les méthodes de calcul pourtant très courantes dans l'industrie sont soudain oubliées dans de telles circonstances.
Réponse de le 30/01/2020 à 18:53 :
pas faux
la question suivante est ' ce que ca rapporte a qui et que ca coute a qui'
resoudre un pb local avec un cout, ok, on voit ce qu'il se passe, et ' pollueur payeur' ca a du sens
au niveau mondial, la pollution est payee par tout le monde, alors faut pas etre le seul con qui paye l'addition de tout le monde pendant que personne ne fait d'efforts a cote
c'est dans les cours d'economie industrielle
si vous n'etes pas convaincu, demandez tirole, c'est sa specialite ( ca s'appelle ' free riding' en anglais)
a écrit le 30/01/2020 à 14:01 :
Il y a une solution toute simple pour économiser 1000 milliards, c'est de réduire le nombre de bateaux en produisant sur place ce qui nous est nécessaire. On gagnerai beaucoup plus que 1000 milliards. Des emplois sur place, moins de pollution. Mais non, on préfère réduire la consommation des bateaux...des avions...des voitures...des camions.... plutôt que de renoncer à une société de "transports et déplacements".
Ça va donc chauffer de +en+.
Aujourd'hui 30 Janvier 2020...+ 13 degré Celsius à Paris. Un problème ?
Réponse de le 31/01/2020 à 9:22 :
Enfin un peu de bon sens!
a écrit le 30/01/2020 à 13:40 :
C'est bon pour la croissance et le PIB !!

Vite vite passons à la vitesse supérieure.
a écrit le 30/01/2020 à 11:52 :
Mesdames & Messieurs,

Ça coûte très cher de réduire les émissions de CO2 de la marine marchande. C'est surtout inutile :
La teneur en CO2 dans l'atmosphère était corrélée à la température jusqu'à la révolution industrielle, comme l'a remarqué le GIEC. Cependant, ce n'est pas la teneur en CO2 qui détermine la température mais cette dernière qui définit la teneur en CO2 avec environ 800 ans de retard. Le lien suivant l'explique très bien :
https://contreveritesclimatiques.wordpress.com
a écrit le 30/01/2020 à 11:18 :
Alors même qu'on n'est pas sur du tout des liens de causalité entre augmentation des températures et du CO2.
La corrélation ne veut pas dire causalité, les deux phénomènes peuvent être la conséquence d'un troisième ou l'augmentation de température causer l'augmentation de Co2 et non l'inverse !

Alors bien sur dans le doute et compte tenu de la necessité de transiter vers une économie moins dépendante des énergies fossiles on peut arguer du fait qu'il est plus sage d'agir mais ça cout un pognon de dingue... qui n'est pas utilisable pour d'autres projets...
a écrit le 30/01/2020 à 10:22 :
-3% CO2 1 000 milliards, pour avoir 0% mondial, on multiplie la somme par 33,33 ?
La norme 2020 ne gère pas, en première étape, la baisse du SO2 avec du fuel peu sulfuré mais plus cher ? Le GNL à -160°C ça se développe, ai navigué sur un tel ferry en Suède (interdit de fumer).
L'ammoniac NH3 est utilisé pour les systèmes de réfrigération industrielle, mais à part sa toxicité il est inflammable (j'avais fait une "torchère" à ammoniac dans ma jeunesse, en dégazant l'ammoniaque). Il se liquéfie bien.
Combustion pour faire de l'azote et de l'eau, c'est presque miraculeux comme produit. Éviter les fuites en milieu confiné.
a écrit le 30/01/2020 à 9:23 :
Et vu que l'on ne peut pas taper dans les coffres des paradis fiscaux, dictature oligarchique oblige, cela ne se fera pas avant 2050 quand il fera 50 ils doivent déjà chercher qui va payer à leur place soit le citoyen soit l’État et donc le citoyen.

Le néolibéralisme c'est la privatisation des gains et la socialisation des pertes.

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