Arthur Keller, spécialiste du risque systémique et des stratégies de résilience, a délivré un message musclé le 16 novembre dernier, devant un auditoire nombreux de viticulteurs et représentants de la filière viticole, réunis à l'Institut Agro à Montpellier, à l'invitation de Vinséo. Constitué de plus de 100 fournisseurs de la filière viticole, ce réseau régional avait organisé une matinée de conférence sur la viticulture face au changement climatique, et posait cette question en forme de jeu de mots, mais pas si drôle que ça : «
Risquons-nous un 2120 sans vin ? ».
Plus exactement, le conférencier interroge quels types de vins on pourrait trouver en Occitanie en 2050... Si aucune réponse précise n'a été donnée à ces questions, l'urgence à « engager des changements forts si on ne veut pas les subir », a été abondamment argumentée par Arthur Keller.
«Le changement climatique est certes un problème vital, mais ce n'est qu'un symptôme de la poly-crise qui secoue notre planète,alerte Arthur Keller.On ne résoudra rien par des solutions à ce seul symptôme. Tous ces efforts seront vains si on ne s'attaque pas au fond du problème qui est la pression trop forte que nous exerçons sur les ressources de cette planète, qui dépasse sa capacité à se régénérer.Les chercheurs internationaux ont défini des seuils à ne pas dépasser dans neuf processus pour ne pas mettre en péril l'habitabilité de la planète :le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles de l'azote et du phosphore, les changements d'utilisation des sols, l'utilisation mondiale de l'eau, l'introduction d'entités nouvelles dans l'environnement (pollution chimique), l'acidification des océans, l'appauvrissement de la couche d'ozone, et l'augmentation des aérosols dans l'atmosphère.Les six premiers seuils ont d'ores et déjà été dépassés, l'acidification des océans est en passe de l'être.»
Face à ce constat alarmant, la seule option possible reste, selon lui, la diminution de la pression sur les ressources naturelles : « Il faut amorcer la décroissance plutôt que la subir. D'ici dix à vingt ans, nous allons sortir de l'ère du pétrole et du gaz naturel bon marché. Cela va impacter tous nos modèles économiques » prédit-il.