Entrer dans le bureau de Julien Battle, patron d'Ille Roussillon, un des opérateurs majeurs des fruits et légumes des Pyrénées-Orientales, c'est se trouver confronté à une montagne d'emballages. Passer quelques jours plus tard à la coopérative Ille Fruits, c'est découvrir le même spectacle...
À quelques semaines de l'arrivée sur le marché des premiers abricots, des premières pêches, les opérateurs sont dans le flou complet. Pour comprendre, il faut revenir à la loi AGEC, acronyme pour anti-gaspillage pour une économie circulaire, promulguée en 2020 et qui prévoyait la disparition du plastique dans les emballages de fruits et légumes pour le 1er janvier 2023 pour les conditionnements de moins de 1,5 kg. Les producteurs d'emballages avaient alors attaqué le décret et le Conseil d'État leur avait donné raison, poussant le gouvernement à écrire et publier un nouveau décret d'application avec une liste un peu élargie de produits exemptés. Décret de nouveau attaqué au Conseil d'Etat, la procédure est toujours en cours, et condamné par la Commission européenne le 15 décembre dernier au motif que la France n'avait pas à prendre de l'avance sur un texte en cours de discussion au niveau européen (voir encadré), et dont les grands traits ont été rendus publics en ce début de semaine.
Même le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau, lors de sa récente visite à Perpignan au congrès des producteurs de fruits le 15 février dernier, n'avait pas rassuré les producteurs, indiquant qu'il était urgent d'attendre et que le ministère allait voir comment « sécuriser » juridiquement les entreprises...
Si les producteurs ne sont pas hostiles au changement, ils pointent du doigt une foule de problèmes.
«Les films plastiques que nous utilisons sont du RPET, donc c'est déjà du plastique recyclé, nous n'ajoutons rien à ce qui existeplaide Jean-François Not, président d'Ille Fruits.Ensuite, notre consommation ne représente que 1,5% des plastiques utilisés, et 50% de nos produits sont déjà vendus en vrac... »
Voilà pour les récriminations globales. Sans compter que les films biosourcés n'ont pas les mêmes qualités techniques : « Ils ont une date de péremption et comme les emballages en cartons, ils absorbent l'humidité » détaille Jean-François Not.