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Verdissement des emballages dans l'UE : les dérogations s'accumulent

latribune.fr

Publié le 04 mars 2024 à 07:12 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 20:57

Des colis aux gobelets de café, les Européens n'ont jamais autant généré de déchets d'emballages : 188,7 kg  par habitant en 2021 - un bond de 11 kg en un an et de 32 kg en une décennie - pour un taux de recyclage de seulement 64%.

Des colis aux gobelets de café, les Européens n'ont jamais autant généré de déchets d'emballages : 188,7 kg par habitant en 2021 - un bond de 11 kg en un an et de 32 kg en une décennie - pour un taux de recyclage de seulement 64%.

Yves Herman

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les eurodéputés et Etats membres vont tenter ce lundi de finaliser un texte pour verdir les emballages dans l'UE, qui pourrait cependant prévoir de nombreuses dérogations sous pression de l'Italie et des industriels.

En une décennie, les Européens ont généré 32 kilos de déchets d'emballages supplémentaires. Soit, selon Eurostat, 188,7 kg par habitant en 2021 pour un taux de recyclage de seulement 64% (40% pour les emballages plastiques). Faute d'action, la barre des 200 kg annuels sera franchie d'ici à 2030. L'enjeu est de taille : la fabrication d'emballages génère dans l'UE un chiffre d'affaires annuel de 355 milliards d'euros, rappelle Pascal Canfin, président (Renew) de la commission Environnement, qui dénonçait en novembre dernier « un lobbying de grande ampleur » à coup de « rapports mensongers ».

Pour arrêter l'hémorragie, une législation du « Pacte vert » fait l'objet d'ultimes pourparlers entre les Vingt-Sept. Selon la proposition initiale de Bruxelles, tous les emballages vendus devront être recyclables à partir de 2030 et effectivement recyclés d'ici 2035.  Autre objectif : pour maximiser le recyclage, au moins 90% des matériaux d'emballages (plastique, bois, aluminium, verre, carton...) devraient être collectés séparément d'ici 2029. Surtout, Bruxelles prévoyait l'obligation pour les Etats d'établir un système de consigne pour les bouteilles en plastique et canettes métalliques d'ici 2029, à moins que le taux de collecte séparée de ces déchets n'atteigne 90%. Mais, face aux inquiétudes du coût pour les collectivités, les eurodéputés souhaitent abaisser à 85% ce taux de collecte permettant d'être exempté de l'obligation de consigne. Les Etats demandent 78%.

Les emballages en bois devraient exemptés d'obligation de recyclage

Le texte fixe aussi un taux minimum de matériaux recyclés dans les contenants plastiques et la vente de sacs en plastique ultra-légers pourrait être interdite. Sachets de thé et étiquettes des fruits et légumes devraient être compostables. Les emballages en bois (boîtes de camembert, bourriches d'huîtres...) ou en cire (Babybel) seraient exemptés à ce stade de l'obligation de recyclage, faute de filière dédiée et vu leurs faibles volumes.

« Si on a envie de caricaturer l'Europe avant les élections, on commence à embêter les producteurs de camembert et leur emballage en bois... ça fait bondir tout le monde ! », soulignait mi-novembre la secrétaire d'Etat française chargée de l'Europe, Laurence Boone, lors d'une rencontre mardi soir avec des journalistes. « Qu'on fasse du recyclage, il le faut, qu'on incite les entreprises à utiliser des emballages recyclables, il le faut. Après, il faut un peu de réalisme pragmatique et ne pas embêter les producteurs de camemberts. »

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Estimant que recycler ne suffit pas, Bruxelles propose des niveaux contraignants de réemploi des emballages pour divers secteurs (e-commerce, électroménager, boissons, bière...). Dans la restauration, l'exécutif fixait des objectifs d'emballages réutilisables ou permettant la recharge pour les boissons à emporter (20% d'ici 2030, puis 80% d'ici 2040) et les aliments à emporter (10% en 2030). Une mesure soutenue par les Etats - mais complètement supprimée par les eurodéputés au profit d'une simple obligation pour les restaurants d'accepter les contenants apportés par les clients : le sujet reste âprement discuté.

Les «polluants éternels» dans le viseur des eurodéputés

Les eurodéputés ont aussi voté pour exempter le secteur viticole et les indications géographiques protégées, et, au-delà des microentreprises et petits commerces, étendre largement les dérogations : notamment en cas de matériaux recyclés, ou si le taux de collecte des emballages concernés dépasse 85%. Les Etats ont défendu d'autres exemptions -boîtes en carton, boissons « périssables » ..., et la possibilité pour les fabricants de boissons de se regrouper pour mutualiser l'objectif.

Les eurodéputés entendent par ailleurs interdire l'ajout intentionnel dans les emballages alimentaires de polyfluoroalkylés (PFAS, « polluants éternels ») et de bisphénol-A (autre perturbateur endocrinien), omniprésents malgré les avertissements de scientifiques sur leurs effets nocifs. Les Etats sont réticents, réclamant d'abord l'avis d'un régulateur. En France, début février, un député de la majorité, Cyrille Isaac-Sibille, a appelé à « faire cesser urgemment les rejets industriels » contenant des polluants éternels, « sans attendre de restriction européenne ». Dans l'objectif « restreindre » ces polluants, l'élu MoDem fait le distinguo entre les PFAS « essentiels » dans le secteur du médicament, des batteries ou des éoliennes et d'autres « superflus » qui pourraient être interdits.

Les fast-food protégés par l'interdiction des contenants à usage unique ?

Autre contentieux, le texte prévoit une liste d'emballages à usage unique jugés superflus et interdits à partir de 2030 : flacons miniatures (shampoing) dans l'hôtellerie, emballages plastiques groupés, dosettes de sauce ou de sucre... Des restrictions visant les emballages pour fruits et légumes pourraient être limitées aux matériaux plastiques.

Mais, à l'inverse des Etats, les eurodéputés se sont farouchement opposés à l'interdiction des contenants à usage unique pour les aliments et boissons consommés dans les cafés-restaurants. Les géants du fast-food et les industriels du papier vantent les mérites « écologiques » des emballages cartons, recyclables ou issus de forêts durables, par rapport au plastique ou au réemploi - qui selon eux exigeraient d'utiliser plus d'eau et d'énergie. L'Italie, qui a investi dans un important réseau de recyclage, plaide également en ce sens. Selon une source parlementaire, un compromis en discussion prévoit une dérogation générale aux restrictions d'emballages à usage unique et aux obligations de réemploi si l'Etat enregistre un taux global de recyclage des emballages d'au moins 70% (seuls sept pays seraient concernés... dont l'Italie).

Enfin, le texte pourrait limiter l'espace vide toléré dans les emballages : Bruxelles proposait un taux d'espace vide maximum de 40%, les Etats défendaient un plafond moins contraignant (50%).

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Aux Etats-Unis, les « polluants éternels » (PFAS) sont bannis

Les matériaux contenant des substances chimiques nocives appelées « polluants éternels » (PFAS) utilisés pour fabriquer des emballages de pop-corn ou autres aliments gras micro-ondables ne sont plus vendus aux Etats-Unis. En 2020, l'autorité américaine des médicaments et de l'alimentation (FDA) avait obtenu des fabricants qu'ils s'engagent à cesser de vendre ces produits chimiques pour les emballages alimentaires afin de protéger la santé publique. Les fabricants ont respecté leur engagement à ne plus vendre de matériaux contenant ces PFAS, utilisés comme agents contre le gras dans des emballages alimentaires, a déclaré mercredi dernier Jim Jones, commissaire adjoint de l'autorité américaine des médicaments et de l'alimentation (FDA). « Cela signifie que la principale source d'exposition alimentaire aux PFAS provenant des emballages alimentaires tels que les emballages de fast-food, les sachets de pop-corn pour micro-ondes, les récipients en carton pour les plats à emporter et les paquets d'aliments pour animaux, est en train d'être éliminée », a-t-il détaillé dans un communiqué.  Il faudrait compter plus d'un an pour que les emballages alimentaires contenant des PFAS déjà sur le marché soient épuisés. Selon la FDA, les « polluants éternels » résistent à la graisse, à l'huile, à l'eau et à la chaleur, ce qui expliquait leur utilisation dans l'industrie agroalimentaire.  Mais ils peuvent avoir de graves conséquences, a répété Jim Jones, leur surnom étant lié au fait qu'ils sont très peu dégradables une fois dans l'environnement et, pour certains, à leur effet néfaste durable sur la santé.

(Avec AFP)

latribune.fr

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