Alors que 90 % de la production d’aloe vera se fait hors Europe, une filière se structure progressivement en Occitanie, dans les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. Dans un contexte de conditions climatiques dégradées, la plante vertueuse, qui nécessite peu d’eau, cristallise les espoirs.Estimé en 2023 à plus de 3 milliards de dollars, le marché mondial de l'Aloe Vera pourrait atteindre les 7 milliards d'ici dix ans (étude Global Market Insight), porté par une demande croissante des consommateurs pour les produits naturels et biologiques. Depuis l'antiquité, on attribue à la plante des bienfaits pour la santé, l'hydratation de la peau ou la guérison des plaies. Des extraits sont également utilisés dans des cosmétiques (43 % du marché) et des boissons, sa feuille contenant plus de 75 composés actifs (polysaccharides, composés phénoliques acides organiques) ainsi que 20 minéraux, 20 acides aminés et 12 vitamines
Malgré une présence historique sur le bassin méditerranéen, seul l'Espagne se taille une belle part des exportations, aux côtés du Mexique, du Texas, de l'Amérique du Sud et de l'Asie. Un désintérêt sous nos latitudes qui tient aux exigences d'une plante ne supportant ni l'excès d'eau, ni le gel, et dont la transformation en jus stable reste compliquée.
Relocaliser
Pourtant, en Occitanie, principalement dans les départements des Pyrénées-Orientales et de l'Aude, une filière, Aloé d'Oc, se structure progressivement.
« La quasi totalité de la production d'aloe se fait hors Europe et arrive sous forme de poudre(plus facile à travailler mais l'aloe perd de ses propriétés, NDLR),constate Pierre Boccon-Gibot, président du fonds de dotation Sens +, agissant pour les filières bio-équitables. Il y a donc un véritable enjeu d'indépendance de territoire et d'autonomie à vouloir relocaliser cette culture. D'autant que les conditions de croissance de la plante sont de plus en plus compatibles avec le climat qui s'annonce et que des surfaces foncières, jusqu'à présent dévolues à la viticulture, vont se libérer. »
Il l'assure, « même si des pays comme le Mexique ont trente ans d'avance et ont eu le temps de développer leur économie d'échelle, l'Occitanie a des atouts », souignant que la demande, notamment dans les cosmétiques, est là.
Une récolte de 3 000 litres par an
Dans un contexte de sécheresses et canicules à répétition induisant des vendanges plus précoces et des fruits brûlés, Laurent Maynadier, issu de treize générations de vignerons implantés à Fitou (Aude), cherche depuis 2020 des alternatives pour se diversifier. En partenariat avec la Chambre d'agriculture de l'Aude et de l'Agence de l'eau, il a mené des essais de mises en culture, plein champ, de plantes aromatiques et médicinales (origan, thym, figues de barbarie) pour finir par s'orienter vers l'aloe vera.