À Toulouse, l'Oncopole mène des recherches faisant appel à l'intelligence artificielle pour prédire dès le diagnostic les risques de récidive des patients atteints d'un cancer et aller à terme vers une médecine personnalisée.« Tous les jours, je dis à mes patients de ne surtout pas regarder les statistiques de survie de leur cancer sur Internet. Par exemple, pour le glioblastome (tumeur du cerveau), la médiane de survie est à 16 mois. Mais cela ne veut rien dire, car j'ai des patients qui au bout de cinq ans sont en forme. Plus les progrès de la médecine avancent et plus on ira encore plus loin », assène Elizabeth Moyal, responsable du département de radiothérapie de l'IUCT Oncopole.
Construit à proximité de l'épicentre de l'explosion de l'usine AZF, l'Oncopole de Toulouse s'est imposé en dix ans comme un établissement de référence pour la prise en charge du cancer. Chaque année, 3.500 patients y viennent pour suivre une radiothérapie. Dans cet établissement de pointe, plusieurs essais cliniques au cours des dernières années ont intégré de l'intelligence artificielle avec des progrès spectaculaires attendus dans la prise en charge des patients atteints d'un cancer.
Prédire la survie des patients
L'Oncopole a ainsi mené dans le cadre du projet Pirat (Personalized Intelligent RadioTherapy) un essai clinique à l'échelle nationale auprès de plus de 100 patients pour prédire la réponse des patients au traitement par radiothérapie et immunothérapie.
«Chaque patient va répondre différemment au traitement de son cancer. Le but ultime de la recherche en cancérologie aujourd'hui, c'est de personnaliser le traitement pour chacun. Grâce à l'intelligence artificielle, l'essai a pu prédire dès le diagnostic les risques de récidive des patients. À terme, nous serons aussi en mesure dès le départ d'associer telle molécule qui cible telle voie biologique à la radiothérapie pour un patient alors qu'un autre patient ayant pourtant la même pathologie sera traité différemment», explique Elizabeth Moyal.
Une performance qui repose sur la capacité d'analyse des modèles algorithmiques.
«L'une des grandes forces de l'IA, c'est de pouvoir analyser des quantités massives de données. Nous avons d'abord entraîné des modèles d'algorithmes à partir de bases de données publiques sur le cancer. Cela a déjà permis de repérer des groupes de patients qui avaient une grande longévité et d'autres où dès le départ, le modèle prédisait une rechute assez rapide.Les modèles d'intelligence artificielle ont ensuite analysé une multitude de données des patients de l'essai clinique : prélèvements sanguins, résultats d'IRM, biopsies réalisées sur les tumeurs», avance Ahmad Berjaoui, expert IA à l'IRT Saint-Exupéry, .
Basé à Toulouse, l'institut de recherche technologique a un ADN historique plutôt tourné vers l'industrie aéronautique et spatiale. L'IRT planche notamment sur l'intégration de l'intelligence artificielle à bord des avions pour l'analyse des images satellites. Des travaux pas si éloignés des besoins du secteur de la santé. « Quand on analyse des images satellites, il faut entraîner les modèles d'IA sur de grands volumes de données. L'autre point commun, c'est que nous avons l'habitude de travailler sur différentes dimensions puisque les images satellites sont acquises dans des bandes de fréquence hyperspectrales. De la même manière, dans la santé, il faut jongler entre plusieurs types d'IRM en 3D », ajoute l'expert.