LA TRIBUNE - Vous êtes le directeur général de l'ESMA, École supérieure des métiers artistiques dont le siège est à Montpellier, et vous naviguez depuis vingt-cinq ans dans ce secteur des industries culturelles et créatives (ICC), dont vous formez les talents de demain. Vous pointez une faille, importante selon vous, dans ce secteur autour de la propriété intellectuelle. Pourquoi ?
Karim KHENISSI - Comme toutes les filières, celle des industries culturelles et créatives est composée de donneurs d'ordres et d'exécutants. Mais dans cette profession plus que d'autres, il y a une dimension créatrice, celle qui initie le projet : une idée, un scénario. On peut avoir un studio avec tous les équipements et tous les talents du monde, si on n'a pas la personne qui initie l'idée, le studio ne travaille pas. En général, on se déplace plus pour une idée que pour une équipe qui la met en œuvre. Mettre des images de grande qualité ne fera pas venir le public pour voir un film ou acheter un jeu vidéo, ce n'est pas suffisant. Il faut le point de départ, la charge émotionnelle qui permet au produit d'exister. Regardez Harry Potter : ce sont d'abord des droits à adapter d'un livre dont découlent des films, des séries, des jeux vidéo, etc. et qui se renouvellent.