L'onde de choc provoquée par les résultats des élections européennes suivies de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale remet en question le devenir d'au moins une quarantaine de projets de loi, dont ceux touchant à l'énergie. Le projet portant sur la souveraineté énergétique avait pourtant dessiné une trajectoire ambitieuse pour l'avenir du nucléaire français, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, ayant affirmé à La Tribune, en janvier dernier, sa volonté d'aller « au-delà des six premiers EPR puisque le parc historique ne sera pas éternel : il s'agit d'engager, après 2026, des constructions supplémentaires représentant 13 gigawatts, puissance correspondant à celle de huit EPR »...
Des perspectives alors rassurantes pour le groupe gardois D&S, spécialisé dans la maîtrise du risque nucléaire notamment. Mais depuis le 9 juin, les cartes sont rebattues.
« La ministre de la Transition énergétique était très impliquée et nous venions de retrouver une belle dynamique,regrette Julien Feja, PDG de D&S Groupe. Nous attendions la confirmation de réacteurs de type PR2 supplémentaires ainsi que des annonces de construction de SMR (petits réacteurs modulaires, NDLR) mais là, nous sentons que cela va patiner. Nous sommes inquiets, notamment sur le projet d'appel à manifestation d'intérêt Compétences et Métiers d'Avenir (CMA) qui visait notamment à apporter des colorations nucléaires aux formations existantes dans l'industrie. Qui va désormais porter ces lois ? »
Créé il y a tout juste vingt ans à Bagnols-sur-Cèze (Gard), D&S Groupe (420 collaborateurs) agglomère sept sociétés réalisant des prestations liées à la maîtrise du risque nucléaire à travers différents métiers : suivi de chantier, vente et entretien de matériel de protection, mesure, études ingénierie, assainissement et démantèlement, formations. Implanté partout en France près de ses clients (CEA, Orano, EDF,...), le groupe connaît depuis 2021 une croissance continue. Son chiffre d'affaires est passé de 22 millions d'euros en 2022 à 29 millions en 2023, et la société vise les 33 millions d'euros en 2024. Une progression qui s'explique notamment par un marché nucléaire redevenu vigoureux, suite aux ambitions françaises et européennes de souveraineté énergétique.