Les imposteurs sont parmi nous
Sophie Péters
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Qui n'a jamais été agacé de voir un dirigeant ou un politique occuper un poste pour lequel il n'en a que l'habit et la carte de visite ? Si les imposteurs ont toujours existé, il semblerait que la société d'aujourd'hui en "fabrique" par milliers. C'est le constat établi par le psychanalyste Roland Gori dans "La Fabrique des imposteurs" (Editions les Liens qui Libèrent) : "Notre société de la norme, même travestie sous un hédonisme de masse et fardée de publicité tapageuse, fabrique des imposteurs". Sorte d'éponge vivante des valeurs de son temps, l'imposteur à qui tous les costumes vont comme un gant, naît à la faveur de la prolifération des instruments de gestion et de procédure, les expertises mensongères et l'hypocrisie des bons sentiments.
L'incitation à être "normal" et "adapté" fait le lit de l'imposture
Difficile dans ces conditions de sortir de la gangrène de la crise actuelle. Il semblerait que dans les entreprises comme à la tête des Etats on peine à retrouver un peu d'audace nécessaire et essentielle pour créer l'avenir. Une civilisation des moeurs qui fait reposer le crédit d'un individu, d'un groupe, d'un Etat sur l'apparence, sur l'opinion n'incite-t-elle pas à l'imposture ?, interroge le psychanalyste. Qu'est-ce qu'une politique qui vend sans cesse à l'opinion publique la "marque de fabrique" d'un gouvernement évaluant par des sondages constants la pénétration de sa propagande au sein de la population ? Sans compter un président "normal" qui place la démocratie sous les auspices de la norme. Or l'incitation à être "normal" et "adapté" fait le lit de l'imposture, selon Roland Gori.
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A l'heure où les carrières ne se font plus que par le biais des réseaux sociaux, où l'entreprise évalue le mérite de ses managers à leur cote interne, où l'information n'a de poids que par le buzz qu'elle produit, il convient de s'interroger sur ce phénomène d'imposture qui tend à devenir plus collectif qu'individuel. Sous couvert de discours sur le pragmatisme, de compétitivité nationale, d'utilitarisme social, on promeut sans conscience des techniques et des schémas de comportement voire même des pédagogies qui incitent les sujets à se vendre dans tous les domaines de l'existence. Les techniques de ventes ont envahies la sphère relationnelle, privée comme publique, respectant des formes et des normes, b.a ba de tout imposteur. Le conformisme règne en maître à tous les étages. "La tendance à la conformité des opinions et des positions en politique comme dans le champ de la connaissance est le malheur de la démocratie comme de la recherche. Cette tendance des individus à se ranger sans réflexion critique aux normes du groupe majoritaire se retrouve dans toutes les institutions", constate Roland Gori.
Sophie Péters