Le jour où tout a commencé (1/5) : Chinon appuie sur le bouton nucléaire
Eric Walther
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Edmond Ventre respire. Entouré de ses équipes campées devant l'énorme pupitre de commandes qui surveille à travers ses vitres le groupe turboalternateur, le patron de la centrale nucléaire de Chinon voit le témoin s'allumer : la turbine vient d'être couplée au réseau. Ce 14 juin 1963, EDF délivre ses premiers kWh nucléaires. Certes, on a déjà produit en France de l'électricité d'origine atomique, comme on disait à l'époque.
À Marcoule et au Bugey, le CEA expérimente depuis sept ans en grandeur réelle la filière dite du graphite-gaz (voir ci-dessous). Et il y a maintenant neuf mois, le 16 septembre 1962, le réacteur de Chinon, EDF1, protégé par cette énorme boule métallique de 55 mètres de diamètre plantée en bord de Loire, a divergé. « Pour la foule qui se pressait dans la salle de commandes, cela avait été le vrai moment d'émotion », se souvient Jean-Jacques Martin, chargé à Chinon de la formation du personnel à la radioprotection. Lorsque les barres de contrôle qui grimpent dans le réacteur s'arrêtent, que les noyaux d'atome d'uranium fissionnent en libérant des neutrons qui eux-mêmes vont fissionner... La réaction en chaîne.
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Il n'empêche, ce jour de printemps est historique pour EDF. Car l'aventure de Chinon a été agitée et va continuer de l'être. Enfin, Chinon... pas vraiment. C'est en fait à une petite dizaine de kilomètres, sur le territoire de la commune d'Avoine, que sont arrivés les premiers bulldozers en 1957 pour préparer le terrain à la construction de la centrale.
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Dans la petite bataille livrée à l'époque pour baptiser le site, les dirigeants de l'entreprise ont jugé qu'une appellation d'origine d'un vignoble était plus prestigieuse qu'une céréale tout juste bonne à nourrir les chevaux et les poules. La menace de démission du conseil municipal de ladite Avoine n'y avait rien fait.
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Eric Walther