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Cameron : la tentation de redessiner l'Europe avec... Berlin

Romaric Godin

Publié le 23 janvier 2013 à 10:19

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le discours de David Cameron est peut-être la première pierre d'une nouvelle alliance avec l'Allemagne pour redessiner l'architecture de l'Europe.

Du discours du Premier ministre britannique David Cameron, les médias retiendront principalement sa proposition de tenir -entre 2015 et 2017- un référendum sur la présence du Royaume-Uni dans l'UE. Mais ce discours va en réalité plus loin. Ce qu'a proposé David Cameron, ce n'est pas « un meilleur accord pour la Grande-Bretagne, c'est un meilleur accord pour l'Europe. » Autrement dit, Londres veut redessiner l'architecture future de l'Europe. Et pour cela, il ne fait aucun doute qu'il devra compter avec l'Allemagne. Ce discours de David Cameron pourrait être la première pierre angulaire d'une future « entente cordiale » entre Londres et Berlin.

Dissensions

A première vue, pourtant, on peut estimer que Berlin fait partie des fermes éléments de résistance à la politique aventureuse de David Cameron. Vendredi 11 janvier, le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a, dans les colonnes du Spiegel, mis fermement en garde Londres contre une tentation de sortie de l'UE : « Il ne faut pas risquer de faire sortir le génie de la bouteille, car une fois qu'on l'a sorti, on ne peut plus le rentrer. » A l'automne, Angela Merkel s'était emporté contre les blocages de David Cameron sur le budget européen. Sans compter évidemment, qu'avec Prague, Londres est la seule capitale à ne pas avoir voulu ratifier le pacte budgétaire et que Londres s'oppose à la taxe sur les transactions financières soutenue par Berlin. Bref, la puissance dominante de l'Europe actuelle semble ne pas avoir d'atomes crochus avec la politique du gouvernement de Sa Majesté.

Londres et Berlin partenaires

Mais la situation n'est peut-être pas si simple. En réalité, Berlin a ménagé le Royaume-Uni dans le débat budgétaire européen. Face aux oppositions de la France, des pays méditerranéens et de l'Europe de l'Est, Angela Merkel a même pu trouver dans les positions britanniques, comme dans celles de la Suède, un soutien précieux. Il s'en est suivi un blocage des discussions budgétaires européennes, ce qui n'a pas été pour déplaire aux deux pays. Nul doute que, dans le cadre des futures discussions budgétaires, l'axe Berlin-Londres pourra encore fonctionner. Du reste, à bien lire les déclarations de Guido Westerwelle, on comprend que le gouvernement allemand craint un « Brexit », une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE parce qu'elle affaiblira sa position. « L'Allemagne souhaite conserver le Royaume-Uni dans l'UE comme un partenaire constructif et actif », a-t-il expliqué.

Point d'accords

Dans une note parue ce mardi, le Think Tank britannique Open Europe insiste sur les points où Londres et Berlin peuvent s'entendre. Sur les changements institutionnels au sein de l'Europe, l'Allemagne peut trouver un allié dans le Royaume-Uni. Comme les Britanniques, les Allemands refusent toute « socialisation » des dettes. Cité par Open Europe, un sondage de juin 2012 publié dans Die Zeit montre également que 60 % des Allemands s'opposent à de nouveaux transferts de compétences vers Bruxelles. Une exigence que ne renierait pas un Britannique.

Enfin, l'exigence de plus de démocratie peut également trouver un terrain favorable à Berlin et à Londres où l'on se défie des procédés intergouvernementaux (que l'on songe au rôle du Bundestag dans les processus européens outre-Rhin) chers, par exemple, à l'Italie et à la France. Enfin, la réduction des règles sociales européennes qu'a évoqué David Cameron n'effraie guère une Allemagne qui a poussé aux réformes structurelles dans la zone euro et dont la réglementation sociale est minimale, en dehors des accords de branche.

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Messages vers Berlin de David Cameron

A lire le discours de ce mercredi de David Cameron, il semble bien que le Permier ministre de sa Majesté est clairement entré dans un entreprise de séduction vers Berlin. Aussi ne s'est-il pas privé de citer Angela Merkel et Mark Rutte, le très germanophile chef du gouvernement néerlandais. Il a insisté sur le problème de la « compétitivité » de l'Europe, il a loué ces « pays qui vont très bien au sein de l'UE », il a fustigé « la régulation excessive des marchés du travail. » Autant de points sur lequel il devrait pouvoir s'entendre avec le gouvernement allemand.


Des cinq principes énoncés pour « sa » nouvelle Europe : compétitivité, flexibilité, subsidiarité, démocratie et « justice » entre les pays de la zone euro et ceux qui n'y sont pas, tous sont - plus ou moins - acceptable par l'Allemagne. Il y a un vrai accord entre les deux pays sur les deux premiers points. La subsidiarité répond à l'idée de « responsabilisation » des pays européens revendiqué par Berlin et peut être conçu comme un bouclier contre la « socialisation des dettes ». L'exigence démocratique au niveau national est déjà mise en ?uvre par l'Allemagne via les votes du Bundestag imposés par la Cour de Karlsruhe. Enfin, la « justice » entre les différents niveaux d'intégration ne pose pas de problème majeur.


Allié précieux dans la campagne allemande


Dans les réflexions sur la future architecture de l'Europe, l'Allemagne pourrait donc trouver un allié précieux dans le Premier ministre britannique. Ce serait un moyen de faire pendant aux poussées intégrationnistes de Paris, Madrid, Rome ou Bruxelles. Angela Merkel pourrait alors s'appuyer sur une alliance avec David Cameron dans le cadre de sa campagne électorale. Elle pourrait faire miroiter aux électeurs allemands une Union européenne plus libérale, refusant tout transfert vers les pays du sud, favorisant la compétitivité et réduisant la solidarité. Une Europe dont rêve une majorité de Britanniques et d'Allemands.
Et comme les deux gouvernements, britannique et allemand, reposent sur la même coalition, une alliance entre Libéraux et Conservateurs, pour s'assurer de cette architecture, il suffira donc aux Allemands de replacer au pouvoir l'alliance CDU-FDP qui gouvernera l'Europe avec David Cameron...Comme le soulignait Guido Westerwelle, ancien leader des libéraux allemands, dans le Spiegel : « Nous voulons une Union européenne approfondie et meilleure à 27, avec le Royaume-Uni », a expliqué le chef de la diplomatie allemande.

Stratégie européenne de l'Allemagne

Plus globalement, une telle stratégie serait cohérente avec les derniers développements de la politique européenne allemande. On observe actuellement un resserrement de Berlin autour du « c?ur » libéral de la zone euro : Pays-Bas et Finlande. La nomination de Jeroen Dijsselbloem à la tête de l'Eurogroupe, mais aussi les tensions au sein des discussions sur l'Union bancaire, le prouvent. Berlin a beaucoup fait, lors de l'adoption du principe de l'union bancaire pour le rendre acceptable par les pays hors zone euro comme la Suède, qui y étaient très opposés.

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Comme Berlin ne veut pas d'une union bancaire effective avant les élections de septembre 2013, elle pourra s'appuyer sur Londres ou Stockholm pour soulever de nouvelles difficultés et freiner le processus. Evidemment, il ne faudra pas in fine que le Royaume-Uni quitte l'UE. Mais c'est le calcul de David Cameron : obtenir une Europe « à sa façon » par un accord avec l'Allemagne pour convaincre les électeurs britanniques de rester dans l'UE. Il désarmera ainsi les oppositions à gauche et à droite. Quant à l'Allemagne, il est piquant de noter qu'à l'heure A l'heure où l'on célèbre avec fracas « l'amitié franco-allemande », la chancelière semble vouloir construire un front en Europe qui rejetterait Paris dans le « Club Med. »

Romaric Godin

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