Une Epoque Formidable : "Par bonheur, le malheur existe !"
Jean-Philippe Déjean

Boris Cyrulnik et Denis Lafay
Agence Appa/Eric Barrière
Jean-Philippe Déjean

Boris Cyrulnik et Denis Lafay
Agence Appa/Eric Barrière
... conomique des métropoles et des régions, a été lancée par Cendrine Martinez, directrice générale déléguée de La Tribune à Bordeaux.
Concept révolutionnaire, le bonheur apparaît dans la constitution des Etats-Unis d'Amérique et a également été pris en compte chez les révolutionnaires français. "L'estime de soi, la reconnaissance de sa valeur par autrui et d'autrui par soi" sont les premiers jalons de la définition du bonheur posée par Boris Cyrulnik, qui a ensuite exploré très en profondeur ce concept qui pourrait sembler aller de soi. C'est ainsi que le conférencier a éclairé l'étrange motif qui relie de façon inextricable les fils du bonheur à ceux du malheur.
Boris Cyrulnik est le chercheur qui a popularisé le concept de résilience, cette forme de résurrection individuelle qui permet de surmonter une situation infernale pour renaître. C'est ainsi qu'au cours de son intervention il a montré que la recherche du bonheur est une quête intellectuelle complexe, qu'il a délimitée de façon très lisible, qui s'articule sur un antagonisme permanent entre l'individu et une foultitude de déterminismes qu'ils soient génétique, social, physique, psychologique ou encore historique. Selon la sacro-sainte formule des joueurs de poker, Boris Cyrulnik a payé pour voir, même si c'était malgré lui et à la suite d'un cataclysme historique mondial, qui s'est soldé par l'effondrement de la République française.
Boris Cyrulnik (aujourd'hui âgé de 82 ans) est brièvement revenu sur cet épisode fondateur qu'il a vécu à l'âge de 6,5 ans, dans sa ville natale de Bordeaux, occupée par les soldats allemands et livrée à la milice. Ayant réussi à s'échapper de la synagogue où étaient emprisonnés de nombreux Bordelais de confession juive, le jeune garçon, qui a perdu son père et sa mère au cours de ce terrible épisode, a été recueilli par madame Descoubès, membre d'un réseau de la Résistance.
Le neuropsychiatre est ensuite revenu sur le nécessaire sentiment de sécurité qui « donne le plaisir de faire l'effort d'explorer, de ne pas s'engourdir », faute de quoi le malheur s'ensuit. Boris Cyrulnik a depuis longtemps quitté la côte aquitaine pour s'installer au bord de la Méditerranée, près de Toulon. C'est ainsi qu'il a décrit les efforts quotidiens faits par de nombreuses joggeuses qui passent près de chez lui. "Elles souffrent pour se sentir mieux", a-t-il commenté. Boris Cyrulnik a fait état des résultats d'études menées par imagerie en neurobiologie, qui démontrent la plasticité du cerveau humain, sa capacité à être modelé, en particulier par l'exercice physique, en plus de toutes les autres sortes d'expériences qu'il peut connaître.
"Notre culture de la tête et du papier a oublié que l'action est notre tranquillisant. Marcher quatorze à quinze heures par jour je l'ai fait avec des schizophrènes", a-t-il souligné pour mettre en exergue l'action bienfaitrice de l'exercice. L'orateur n'a tout de même pas caché que quand il était jeune la culture sportive avait souffert de l'impact négatif de l'idéologie de l'occupant nazi, avec son culte du surhomme aryen physiquement parfait et génétiquement supérieur. Mais les expériences sur lesquelles il a travaillé dans ce domaine l'ont profondément marqué.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Boris Cyrulnik est ainsi revenu sur celle qu'il a menée avec sept patients sur un bateau à voile, avec des résultats impressionnants puisque quatre des malades qui avaient été diagnostiqués comme schizophrènes, mais qui souffraient de troubles dysfonctionnels visiblement moins profonds, sont sortis guéris de ce voyage maritime physiquement très engagé, sans plus avoir de traitement médical à suivre.
L'imagerie permet désormais de voir et de mesurer cet impact de l'activité physique sur le cerveau. Autrement dit, ce que montrait l'expérience est aujourd'hui scientifiquement démontré par l'imagerie : le cerveau est continuellement « sculpté ». Des travaux qui invalident, si besoin était, la vision philosophique de René Descartes a appuyé Boris Cyrulnik, qui repose sur une séparation du corps et de l'esprit.
Grâce à l'imagerie en neurobiologie Boris Cyrulnik participe à des travaux de recherche qui portent sur le développement du bébé avant l'apprentissage du langage. C'est ainsi qu'il préside la commission qui travaille à l'élaboration du plan national "Tout comprendre sur les 1 000 premiers jours", lancé par le ministère des Solidarités et de la santé, qui s'intéresse au bébé du 4e mois de grossesse jusqu'à des deux ans.
Sachant que la course à la performance scolaire, dont certains pays d'Asie sont les meilleurs représentants, finissent par « casser les enfants, surtout les garçons » à cause d'une stimulation excessive. Le chercheur a beau avoir entendu dire au Japon que l'école est maltraitante ou en Corée du Sud que le prix humain à payer pour arriver aux super performances d'une petite poignée d'élèves est exorbitant, il faudra du temps avant que les choses bougent. Puisqu'en même temps les parents semblent avoir très peur d'un changement de cap.
Les pays nordiques continuent à illustrer le contre-exemple de cette course à la performance, à laquelle la France n'échappe pas non plus, en ralentissant les élèves.
À lire également
Répondant à une question de la salle, ce dernier a estimé que les propositions issues des travaux sur « Tout comprendre sur les 1 000 premiers jours » ne dépasseraient pas la barre des cinquante pages et que ce serait au gouvernement de prendre ensuite les décisions.
Jean-Philippe Déjean
L'État lance la mission sauvetage des papeteries de Condat
Flying Whales : la future usine de dirigeables XXL reçoit un nouvel avis favorable
Everwatt liquidée : la plus grande toiture solaire urbaine de France cherche un repreneur
Métaux critiques : la raffinerie près de Bordeaux décrétée in extremis d'intérêt public majeur