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Stratégie - La Tribune AURAFinance & Droit - La Tribune AURA

Danyel Blain, l'intrigant

Denis Lafay

Publié le 07 août 2006 à 07:58 - Mis à jour le 20 février 2014 à 17:18

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Juillet Aout 2006. A la force du poignet et d’une faculté de visionnaire plébiscitée, il a fait d’Avenir Finance un acteur reconnu sur la place financière. La crédibilité et la respectabilité auxquelles il accède enfin, concomitantes à la forte croissance de sa société, vacillent sous les témoignages virulents de clients et d’anciens collaborateurs. Ils exposent une personnalité « sombre » et des pratiques « amorales », aux antipodes de celles que son récent engagement en faveur d’initiatives solidaires...

L'œil scrute et transperce. La démarche, comme la rhétorique, est parfaitement maitrisée. L'intonation et le débit suivent un rythme rigoureux. Le sourire, rare et assuré, s'éclaire au moment opportun. Le regard est carnassier, le charisme indiscutable. Danyel Blain aimante. Et l'autodidacte, ancien ouvrier agricole puis éducateur spécialisé, peut exulter. Toutefois dans la retenue, caractéristique d'une personnalité complexe et paradoxale, et d'une stratégie discrète et redoutable. Son groupe Avenir Finance, coté au compartiment C d'Eurolist et dont la capitalisation approche les 80 millions d'euros, a connu une année 2005 exceptionnelle, récompensée par un chiffre d'affaires consolidé et un résultat opérationnel qui ont bondi respectivement de 44,2 % (à 38, 5 millions d'euros) et 250 % (à 5 millions d'euros), et par l'intégration au capital, à hauteur de 9,87 %, de Cévenole de Participations, filiale de BNP Paribas. En avril 2006, l'Autorité des Marchés Financiers lui a octroyé le statut de « société de gestion », autorisant la structure à compléter ses compétences en matière d'introduction en Bourse, et désormais à orchestrer les missions « post-opérations » de « listing-sponsor » et d'organisation des liquidités. La consécration pour ce groupe de 110 salariés, présent dans le métiers de l'immobilier, de l'ingénierie financière, de la gestion d'actifs, et qui accède désormais à une crédibilité et à une respectabilité que même ses - nombreux et virulents - détracteurs lui reconnaissent. « Le temps des doutes sur sa fiabilité, que moi-même ai partagés, est révolu. Il a pris définitivement le bon visage », résume Joël Jullien, associé chez Deloitte. Seule ombre, le brutal divorce en 2005 avec Yannick Petit - que Danyel Blain attribue aux exigences financières « exorbitantes et déplacées » de son ancien collaborateur -, professionnel reconnu dans la communauté boursière et contributeur déterminant à cette nouvelle notoriété, a sécrété une fragilisation que la réorganisation de l'équipe dirigeante, l'apport de nouvelles compétences, la solide réputation du directeur général Cyril Lureau doivent endiguer. « Yannick Petit était la caution boursière d'Avenir Finance. C'est davantage lui que l'entreprise que nous préconisions pour conduire les opérations de nos clients. Nous devons attendre les prochains mois pour estimer l'impact de son départ et l'efficacité de la restructuration », mesure prudemment Joël Jullien.

Meccano

Au sein d'Euronext, on observe avec faveur l'ascension d'une société qui a (co-) piloté 11 des 33 introductions réalisées sur le nouveau marché Alternext. « Danyel Blain est un constructeur de meccano. Il tisse sa toile, progresse avec méthode et discrétion, a su conclure parfois à contre-courant de la conjoncture, de judicieuses opérations de croissance externe - notamment Sicavonline, qu'il a extirpé du « rouge » et conduit à la rentabilité, ndlr -. Je ne lui connais pas de dérapage éthique, et il a al réputation d'accompagner correctement ses clients, au-delà de l'introduction, confie un responsable. Ce qui le distingue d'EFI ». Et d'expliquer que de sa coopération, pendant trois ans, avec Europe Finance et Industrie, Danyel Blain a su dissocier le bon grain de l'ivraie, et exploiter pour le compte de sa propre société la quintessence de l'expérience et des pratiques contrastées de l'atypique Louis Thannberger. Lequel peine à « digérer » le divorce, et constate avec quelque aigreur l'impressionnante montée en puissance de son ancien partenaire. « Avenir Finance ne fait pas partie du Paysage Financier Français. Sa crédibilité y est médiocre. Son patron préfère être le premier de son village que le dernier à Rome. C'est un remarquable meneur d'hommes et un gros travailleur, mais surtout un suiveur, un brasseur d'affaires, dont l'activité d'introduction en Bourse a pour dessein principal d'anoblir ses autres métiers hautement lucratifs de ventes de produits financiers et immobiliers ».

Soupçons

Ce groupe Avenir Finance, son emblématique fondateur s'échine désormais avec force outils à le dépersonnifier. Le recentrage, officiel, de sa fonction et de celle de son épouse Joëlle, la large ouverture - 20 % - du capital aux salariés et ses périples effectués autour du monde en 2001 et prochainement dans le Grand Nord, participent à relativiser son indispensabilité, et à désamorcer la « fragilité » examinée par Dominique Faure, connaisseur avisé du marché - et ancien collaborateur de Danyel Blain.
Il s'emploie également à embellir son enseigne d'une écorce éthique, embryonnaire mais fortement médiatisée : trois fonds solidaire ont été initiés, destinés à financer la fondation éponyme consacrée à l'eau - thème choisi par les salariés - tout en assurant un rendement performant à ses utilisateurs. Quête de sens sincère, affranchissement d'une réussite actuelle et rédemption des valeurs intrinsèques d'une origine sociale modeste ? Ou plus prosaïquement levier de notabilisation, instrumentalisation grossière et habile, nouveau de ces « coups » marketing dont ce visionnaire volontiers provocateur est coutumier - son slogan « je vais vous faire aimer les impôts » a façonné une image de « gauche » d'autant plus ambiguë qu'il concède lui-même exploiter scrupuleusement les dispositifs de défiscalisation pour, certains années, ne pas payer d'impôt, ceci malgré un revenu de « couple » estimé en 2005 à 600 000 euros pour le seuls salaires et versement de dividendes. « C'est tout de même plus louable que de s'exiler dans le paradis fiscaux », se défend-il - ? Il assène que les entreprises ont la responsabilité de produire un « rôle social », que chez les collaborateurs la cause solidaire agrège là où les débats politiques morcellent, et qu'elle dessine un « sens », notamment auprès de ses propres enfants appelés à partager les « valeurs » d'Avenir Finance. Ces fonds ont peu rapporté. Outre la jeunesse du processus, deux d'entre eux, Avenir Finance Europe, et Avenir Finance International, produisaient de médiocres rendements, soulignés par un faible indice Standard & Poors, avant même leur transformation en mécanisme solidaire. Ainsi, sur la base des calculs d'affectation - 4 % de la performance lorsque celle-ci dépasse 5 % -, chacun d'entre eux aurait généré environ 45 000 euros en 2005. Et 7 000 euros en 2004. D'où une possible explication à l'absence d'objectifs chiffrés, que Danyel Blain justifie par le souhait d'exempter ces fonds de la « pression qui pèse partout ailleurs ».

Procès

L'édification soudaine de cette identité vertueuse, dont la véracité de la motivation semble difficile à établir, provoque l'ire et même le « dégout » chez d'anciens collaborateurs, écoeurés par l'antagonisme avec la nature de l'activité, surtout avec la personnalité, les pratiques, les ambitions, les méthodes managériales et humaines de Danyel Blain. Juxtaposées sur la flamboyante croissance de l'entreprise, elle forme même la « goutte d'eau » qui fait déborder un vase plein de détracteurs et d'anathèmes, de douloureuses réminiscences et de joutes actuelles. Et de procès. « Un jour, on m'a expliqué qu'on n'accède vraiment au statut d'entreprise qu'à partir du moment où on est l'objet d'un procès » sourit Danyel Blain. A l'aune des procédures récentes, en cours, ou prochaines le rictus pourrait jaunir.
La Cour d'appel de Lyon vient ainsi de condamner Avenir Finance Immobilier à verser 502 000 euros TTC à la société Intergrande Réalisations. Son dirigeant, Renaud Dufer, ne décolère pas. « Depuis 1998, nous assurions, de manière quasi exclusive, la recherche foncière et le montage juridique et financier des opérations pour le compte d'Avenir Finance Immobilier. La collaboration était efficace, jusqu'à ce que Danyel Blain propose, en 2001, de racheter notre société ». Le refus des associés d'Adéquation, propriétaire d'Intergrande Réalisations, déclenche la désagrégation des relations. « En 2002, il décide de mettre fin à notre coopération, tout en nous laissant mener à leur terme les opérations en cours. Le 19 mai 2003, il rompt les relations commerciales, avec effet immédiat. Sans pour autant régler les prestations qui nous étaient dues. Pour solde tout compte, il propose une transaction d'un montant de … 200 000 euros ! C'est en brandissant la menace de faire saisir ses immeubles et nonobstant la manœuvre de vider Avenir Finance Immobilier de ses ressources pour se soustraite à ses obligations, que nous sommes parvenus à nous faire régler du jugement, en première instance, exécutoire. Ce fut un véritable enfer ». Danyel Blain, qui stigmatise « le non professionnalisme » de son adversaire, a lancé une procédure devant le juge d'exécution des décisions de justice, pour obtenir des dommages et intérêts. « Au motif que les huit saisies de stocks d'immeubles auxquelles nous avons du procéder afin de nous faire payer - après qu'on l'ait rigoureusement prévenu et sans qu'il ne réagisse jusqu'à la huitième - avait gêné l'exercice de son activité ! Ubuesque ! », s'indigne Renaud Dufer, qui étudie par ailleurs la faisabilité d'un dépôt de plainte au pénal. « Lors de l'expertise préalable au premier jugement, Avenir Finance Immobilier a dissimulé la cession d'une parcelle de 5 hectares située à Saint Romain au Mont d'Or. Acheteur : une SCI, Aquaria, détenue par quatre salariés d'Avenir Finance. Coût : 10 000 euros ! Il pourrait s'agir pour le moins de rémunération déguisée ».

Graves accusations

Outre d'autres procédures en cours ou à venir (elles justifient l'anonymat requis par certains témoins - ndlr), qui mettent en conflit avec Avenir Finance d'anciens collaborateurs et associés, celles qu'étudient deux importants entrepreneurs, pourraient gravement retentir. Ils soupçonnent Avenir Finance, à qui ils ont confié des mandats de gestion, d'avoir, à leur insu, détourné leurs actifs de leur destination originelle pour les placer sur des actions… Avenir France. Acte que Cyril Lureau et Danyel Blain jurent, au nom de la règlement intérieur et de la transparence, « inconcevable, puisque notre titre comme celui des entreprises que nous avons cotées, figure que une « black list » ». Type d'acte, que de son côté, l'AMF juge dans son principe « contraire aux pratiques de bonne conduite et porteur d'un confit d'intérêt, sauf à prouver que ce placement est dans l'intérêt du client et que ce dernier a été averti ». Le dirigeant lyonnais, renommé, dont la société cotée est spécialisée dans le secteur médical, assure avoir perdu « au minimum 300 000 euros sur les 500 000 confiés en 1999 et en 2001 ». Longtemps mobilisé par les vicissitudes de son entreprise aujourd'hui de nouveau vaillante, il n'a pris connaissance que récemment du « trou » et de son « origine ». Selon son coreligionnaire du sud-ouest, Danyel Blain « joue d'ailleurs habilement » de l'opacité du système. Et du profil de ses « clients » : des dirigeants fortunés, accaparés par leurs affaires, impliqués dans de nombreux investissements et donc volontiers négligents sur les moins volumineux, et peu enclins à engager des procédures judiciaires dévoreuses d'énergie. « Sauf lorsqu'ils sont décidés. Ce qui est désormais mon cas. Car il pourrait s'agir moins de défaut de conseil que d'abus de confiance ».

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Déontologie

Ce profil de client, Henriette Crouzet, aux côtés de Danyel Blain depuis la création d'Avenir Finance en 1995 et qu'elle n'a quitté que pour partir à la retraite en 2005, corrobore, et le corrélée à la stratégie « novatrice » d'un « visionnaire » qu'elle continue de draper d'attributs laudatifs. « Comment convaincre les gens, dans un marché aussi concurrentiel, de me confier la gestion de leur argent ? En les rendant riches ». Selon cette fidèle collaboratrice, l'équation a toujours pavé, de manière obsessionnelle, la logique stratégique. Et le ressort idoine pour « créer » cette nouvelle abondance c'était de les « convaincre » d'introduire leur entreprise sur le marché. Afin, en cascade, de récupérer la gestion de leurs plantureux actifs. « La force commerciale a été formée à appliquer scrupuleusement cette méthode ». Une force commerciale qui, étonnamment dans une société que l'activité plurielle et les courroies entre métiers exposent aux conflits d'intérêts, est généraliste, indivisible, et opère sur l'ensemble des prestations. Les dispositions déontologiques exogènes et intérieures qui s'appliquent à quatre des six départements du groupe suffisent-elles à assurer que cette synergie commerciale ne peut pas entailler de fissures les cloisonnements réglementaires et éthiques ? « C'est le danger n°1 » confirme Joël Jullien. Danger d'autant plus recevable que le statut de salarié du fameux « responsable de la conformité et du contrôle interne » - ex- « déontologue », imposé par les autorités boursières - est de nature à malmener son impartialité et son indépendance. Qui, des clients, prestataires ou collaborateurs supposés floués et de la direction d'Avenir Finance, saura le mieux démontrer la véracité de sa plaidoirie ?

Denis Lafay

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