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La Chine, eldorado ou mirage pour les cleantechs ?

Par Virginie Mangin, à Pékin

Publié le 03 novembre 2010 à 21:00 - Mis à jour le 03 novembre 2010 à 21:10

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Le marché intérieur chinois présente de grandes opportunités, mais, pour les entreprises étrangères, le chemin est semé d'embûches.

L'ouverture récente par le représentant américain au Commerce extérieur Ron Kirk d'une enquête sur les subventions accordées par l'État chinois aux industriels des énergies renouvelables illustre la tentation du protectionnisme, mais aussi la déception des occidentaux après les espoirs suscités par le plus grand marché du monde.

Les énergies renouvelables se développent vite en Chine. Selon Bloomberg Energy Finance, les nouveaux financements dans le secteur ont atteint 33 milliards de dollars en 2009. Plusieurs cleantech s'introduiront à la bourse de Hong Kong ces prochaines semaines. Éoliennes et panneaux solaires chinois, après avoir conquis leur propre marché, commencent à inonder l'Occident. Et en septembre, le Premier ministre Wen Jiabao a désigné ce secteur comme prioritaire, promettant des mesures préférentielles financières et fiscales.

De quoi exacerber la frustration des équipementiers étrangers qui voient leurs parts de marché, chez eux et en Chine, se réduire au profit des champions chinois. Certes, en dehors des projets MDP (Mécanisme de développement propre), qui doivent être majoritairement chinois mais ne tombent pas sous la coupe de l'OMC, aucun texte légal ne limite l'accès du marché aux entreprises étrangères. Un texte imposant un contenu technologique à 70 % chinois a même été abrogé il y a un an. Pourtant, la part des étrangers dans l?éolien en Chine est passée de 80 % à 10 % en quatre ans. Les géants de l'énergie se sont retirés après avoir tenté de s'imposer. En 2007, Shell a réduit ses équipes à la fin de son premier, et unique, programme solaire.

Un accès difficile

« Les entreprises étrangères se sont ruées sur ce marché il y a trois ou quatre ans. Mais elles ont dû redéployer leur production vers l'Asie du Sud-Est car une partie du marché leur est très difficile d'accès », explique Sebastien Meyer, associé chez Azure International, un cabinet de conseil en environnement. Du financement au développement et de l'exploitation aux appels d'offres, le système est étroitement tenu par les entreprises d'État, qui occupent 85 % du marché.

Goldwind, par exemple, numéro deux de l'éolien, qui doit bientôt entrer en Bourse, est majoritairement détenu par l'État via des fonds et les gouvernements locaux. Ses grands clients sont les cinq premiers producteurs d'électricité. En 2009, il a reçu 70 millions de yuan (7,49 millions d'euros) du gouvernement pour développer sa technologie avec l'université et il peut emprunter aux banques « autant qu'il veut », selon un employé, à des taux inférieurs à ceux fixés par la Banque centrale et, plus encore, à ceux proposés à un étranger. Pour ces derniers, l'accès au crédit est d'autant plus difficile que les banques chinoises se garantissent sur des biens immobiliers. « L'économie d'un projet est très différente pour les acteurs étrangers et chinois. Les électriciens cherchent d'abord à accroître leur portefeuille d'énergies renouvelables. 30 % des projets qu'ils développent et financent ne sont même pas reliés au réseau » explique Gian-Marc Widmer, directeur général d'Ecolutions, conseil et investisseur dans le secteur. En outre, les offres des équipementiers chinois défient souvent toute concurrence, contraignant les étrangers à baisser leurs prix et réduire leurs marges.

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Les entreprises de niche, notamment sur le plan technique, ont quelques chances de percer. En amont « il existe un marché chez les petits développeurs privés chinois qui n'ont pas accès au financement bancaire » indique Gian-Marc Widmer qui négocie avec plusieurs investisseurs étrangers. Mais pour les équipementiers étrangers, la partie est rude, les sociétés chinoises n'ayant pas d'incitation à travailler avec eux sauf en cas de vraie valeur ajoutée. Au risque alors d'un transfert de technologie.

Pourtant, Gamesa, Suzlon ou GE poursuivent leurs investissements en Chine. Même s'ils exportent une grande partie de leur production, ils espèrent ainsi se positionner en attendant que le marché devienne plus accessible. « Il est indispensable de venir en Chine. Les équipementiers chinois ont changé la donne et il faut être sur place pour comprendre comment ils fonctionnent et accéder aux mêmes fournisseurs low-cost », confirme Sebastien Meyer.

Par Virginie Mangin, à Pékin

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