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ClimatL'actualité

Les entreprises se penchent depuis peu sur les enjeux liés à l'eau

Dominique Pialot

Publié le 12 mars 2012 à 15:44 - Mis à jour le 12 mars 2012 à 15:55

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Quelques années après l'avoir fait pour le CO2, elles commencent à mesurer leur « empreinte eau », à identifier leurs risques et à évaluer leurs opportunités, sur un sujet qui est nettement plus directement en prise avec leur activité.

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Les chefs d'entreprises français ne connaissent pas le montant de leur facture d'eau. Comme le rappellent l'association « Entreprises pour l'Environnement » et le cabinet d'audit Deloitte, une étude de l'IFOP de 2011 concluait que moins de la moitié des chefs d'entreprises connaissaient l'ordre de grandeur de leur consommation en eau. Rien d'étonnant à cela, si l'on compare le coût de l'eau à celui de leurs autres achats. En conséquence, les solutions permettant d'améliorer leur approvisionnement ou de réduire leurs besoins en eau sont trop coûteuses pour être évaluées à l'aune du temps de retour sur investissement.
Pourtant, des tensions de plus en plus fortes sur la ressource, en quantité comme en qualité, font apparaître de nouvelles contraintes et même de nouveaux risques sur les entreprises, essentiellement au niveau local. Ces risques peuvent être de nature physique (dysfonctionnement dans l'approvisionnement pouvant aller jusqu'à la rupture), réglementaires ou de réputation. En effet, « l'empreinte » eau de l'entreprise peut être dénoncée par la société civile ou les ONG. Coca-Cola a ainsi fait à plusieurs reprises (et encore en janvier dernier) les gros titres pour avoir asséché des nappes phréatiques en Inde. Un scandale qui l'a même contrainte dans le passé à fermer une de ses usines.

Vers un « coût global » de l'eau pour chaque entreprise
L'impact d'une entreprise sur l'eau peut être quantitatif (prélèvements et consommation liés aux process industriels) ou qualitatif (rejets altérant les écosystèmes), et concerner l'entreprise elle-même mais aussi sa chaîne d'approvisionnement, voire l'utilisation et la fin de vie de ses produits. On distingue l'eau « prélevée », dont une partie peut-être restituée au milieu après usage, de l'eau « consommée », qui correspond précisément à la différence entre l'eau prélevée et l'eau restituée. Pour se protéger elles-mêmes des impacts que leur environnement pourrait avoir via l'eau, mais aussi se prémunir contre d'éventuelles accusations, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à fonctionner en cycle fermé. Il s'agit de pouvoir prouver ses bonnes performances en cas d'arbitrage entre usages de l'eau dans un contexte de pénurie.
Que ce soit pour mesurer leur empreinte, identifier et quantifier leurs risques ou communiquer sur leur gestion de l'eau, les entreprises commencent donc à se doter d'outils dédiés. Les plus avancées d'entre elles tentent de calculer un « coût global de l'eau », prenant en compte non seulement la redevance sur l'eau mais aussi son traitement avant utilisation et avant rejet, le coût de l'énergie pour la pomper, celui de l'adduction, de la main d'?uvre, etc. Suez Environnement s'est ainsi lancée dans l'évaluation de la quantité d'eau nécessaire à assainir un mètre cube d'eau (y compris construction et déconstruction d'une station de production d'eau potable et d'épuration des eaux usées, eau nécessaire à la production d'énergie pour les différentes étapes du traitement, etc.) Le résultat, qui n'est pas encore connu, doit servir à alimenter le débat sur l'allocation de cette empreinte aux différentes parties prenantes d'un bassin versant.

Après l'empreinte carbone, l'empreinte eau
Manque d'outil et de méthode de mesure standard, mais aussi dans certains cas des résultats désastreux ou à tout le moins inégaux d'un site à un autre, expliquent qu'en matière de communication sur l'eau, les entreprises n'en sont qu'aux balbutiements.
Mais cela pourrait changer rapidement. En effet, les entreprises et leurs conseils appréhendent de plus en plus les enjeux de l'eau de façon similaire à ceux du changement climatique et du carbone. Sur le modèle du CDP (Carbon Disclosure Project), qui évalue depuis maintenant dix ans la façon dont les entreprises mesurent, communiquent et (depuis peu), tentent de réduire leur empreinte carbone, Deloitte et le CDP ont publié en 2011 un premier « CDP Water disclosure ». Signe des temps, plus de 350 investisseurs gérant 43 milliards de dollars d'actifs ont payé pour connaître les risques et opportunités liés à l'eau dans les entreprises. Si, depuis l'engouement qu'elle a connu avant le sommet de Copenhague en décembre 2009, la problématique carbone semble piétiner, celle de l'eau, aujourd'hui moins débattue, pourrait rapidement prendre de l'ampleur. Elle est, en effet, plus directement et concrètement liée à l'activité d'une entreprise.

Dominique Pialot

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