L'Europe divisée sur les plaintes contre les fabricants chinois de panneaux solaires

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Quelques semaines après avoir déposé auprès de la Commission européenne une première plainte pour dumping, une seconde, pour «subventions illégales» cette fois, a été annoncée par l'association EU ProSun, emmenée par SolarWorld. Mais elle ne semble pas faire l'unanimité parmi les industriels européens.

«Contrairement à EU ProSun, dont on ne connaît pas les membres en dehors du chef de file SolarWorld, à l'AFASE (Alliance for affordable solar energy) nous avons une liste de 160 adhérents visible de tous», remarque Yves Hamel, directeur du développement de Canadiansolar pour la France et le Benelux et membre de l'AFASE.

Cette association, créée début 2012 en anticipation des éventuelles mesures protectionnistes à venir en Europe dans la foulée de celles instaurées aux Etats-Unis, milite pour le développement d'une énergie solaire accessible à tous.

Certains acteurs français de la filière sont sur la même longueur d'ondes. Par exemple André Joffre, président du pôle de compétitivité Derbi spécialisé dans les énergies renouvelables et fondateur du bureau d'études Tecsol, qui rappelait récemment à La Tribune que le développement d'un nouveau modèle fondé sur l'autoconsommation devait «beaucoup au dumping chinois qui nous a fait gagner 10 ans», car l'effondrement du prix des panneaux a permis au coût de production de se rapprocher du prix auquel EDF vend son électricité.

La discrétion de l'association européenne du photovoltaïque

Les membres de l'EPIA couvrent toute la chaîne de valeur de l'industrie solaire, depuis les fabricants de machines outils jusqu'aux distributeurs en passant par les développeurs. Mais ce sont les filiales européennes des groupes chinois qui donnent le plus de la voix, au premier rang desquelles Yingli, Suntech et, donc, Canadiansolar. EU ProSun pour sa part revendique «une part significative des fabricants européens» mais en effet sans donner de détails.

«Personne n'a intérêt à une guerre économique», insiste Yves Hamel, collant ainsi à la ligne adoptée par le gouvernement allemand, qui semble décidé à tenter d'éteindre le feu par la voie diplomatique. «Tout est étroitement imbriqué, poursuit-il. Le silicium et les machines outils utilisées en Chine sont fabriqués en Europe, tout comme les lignes automatiques dans lesquelles, par exemple, Canadiansolar a massivement investi récemment.»

L'EPIA (European photovoltaic industry association) estime également que les deux-tiers de la valeur ajoutée du marché européen sont restés en Europe en 2011. Ce qui explique peut-être que l'association, qui regroupe des acteurs de toute la chaîne de valeur n'ayant pas toutes intérêt à risquer de la Chine des mesures de rétorsion, ne semble pas très allante sur le sujet. En outre, il n'est en effet pas dans les habitudes des fédérations professionnelles de prendre position sur les questions de commerce international, comme on l'avait déjà constaté à l'occasion des plaintes déposées aux Etats-Unis.

Restaurer la confiance entamée par le moratoire

Quant au projet du gouvernement d'octroyer des tarifs de rachat bonifiés de 10% aux projets dont 60% de la valeur ajoutée a été créée sur le sol européen, de nombreux observateurs l'estiment difficile à mettre en ?uvre, si ce n'est contraire aux règles de l'OMC. Une initiative similaire mise en place en Italie en 2011 n'aurait «strictement rien changé à la proportion de panneaux importés d'Asie», affirme Yves Hamel. «Ce qu'il faudrait surtout, c'est restaurer la confiance, qui, en France, a été largement entamée par le moratoire». Ce qui, à ses yeux, passe par une stabilité réglementaire et tarifaire bien plus que par des mesures protectionnistes.
 

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a écrit le 10/10/2012 à 17:14 :
La France s'est comporté comme une dictature de la pire espèce en instaurant un moratoire sur le photovoltaïque avec effet rétroactif alors que des contrats avec la signature de l'Etat et EDF y était apposée. Cela a conduit a la perte massive de d'emplois et de valeur ajoutée pour le pays.

Le protectionnisme est une très mauvaise réponse à un commerce de plus en plus mondialisé !
Réponse de le 17/10/2012 à 18:31 :
je ne sais si le protectionnisme est une réponse, mais face à une concurrence totalement débridée, et largement subventionnée en chine...qui abouti à une surproduction chronique....il est nécessaire de réagir..... on peut aimer se faire tondre la laine sur le dos mais il y a des limites, elles sont atteintes..... surtout quand les installateurs se font des C... en or sur ce qui reste du marché, en achetant à très bas prix.... et en vendant cher.... acheter du solaire aujourd'hui est presque une "connerie"

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