Energie solaire : la start-up franco-américaine HeliosLite traque les photons

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Modèle de trackeur solaire conçu par HeliosLite
Modèle de trackeur solaire conçu par HeliosLite (Crédits : D.R)
Après avoir créé - aux Etats-Unis - une start-up produisant des cellules photovoltaïques à concentration (HCPV), Etienne Menard a regagné l’hexagone avec l’ambition de concevoir les trackers permettant la parfaite orientation des rayons solaires sur ses panneaux high-tech. Avec son associé américain Jay Boardman, il a fondé HeliosLite au printemps 2013. Un an plus tard, les voilà déjà prêts à exporter leurs engins héliotropes. Entretien croisé.

Cleantech Republic : La filière photovoltaïque française n'est pas en grande forme et il est encore parfois difficile de trouver des fonds… Pourquoi vous lancer ici et maintenant ?

Jay Boardman : Nous avons au contraire trouvé un terreau très fertile à l'implantation d'une jeune pousse. Je citerais les soutiens institutionnels comme le dispositif Jeune Entreprise Innovante, l'incubateur Energie Savoie Technolac qui nous héberge, le Pôle d'Excellence Énergies et Réseaux et l'Institut National de l'Energie Solaire (INES) avec qui nous travaillons. Nous bénéficions également du soutiens d'initiatives privées comme le KIC InnoEnergy ou le Réseau Entreprendre. Nous sommes plutôt bien entourés ! Ajoutez des financeurs d'amorçage comme BPI/OSEO et la qualité technologique des ingénieurs français, vous comprendrez alors pourquoi nous sommes en avance sur notre business plan. Enfin, notre marché naturel est directement mondial et nous n'avons pas vocation à construire nos trackers mais à les concevoir et les commercialiser depuis la France.

En quoi vos trackers sont-ils innovants ?

Etienne Menard : Les trackers classiques, dits « radar » ou « pendule inversé », ont pour pivot principal un axe vertical. Ils doivent être massifs pour résister au vent et nécessitent d'imposantes fondations en béton. Le notre tourne d'abord autour d'un axe horizontal et ses voiles pivotent perpendiculairement. Cette disposition permet non seulement un ancrage par haubans, beaucoup plus léger et moins cher, mais aussi une structure moins gourmande en matériaux. De plus, il faut savoir qu'en général, la principale défaillance des trackers provient de leur motorisation. Or notre architecture permet l'usage de vérins électromécaniques très répandus, à la fois extrêmement fiables et bon marché, ce qui sécurise l'exploitation. Enfin, nous atteignons une précision d'alignement deux fois meilleure que celle requise par les spécifications des panneaux à haute concentration (ndlr : 0,045° contre 0,1°).

Comment garantir une telle précision ?

Etienne Menard : Cette exactitude repose sur l'innovation de notre associé australien Stephen Gale. Alors que les trackers du marché utilisent un capteur dédié et/ou une angulation géo-déterminée, notre visée repose tout simplement sur la puissance instantanée des panneaux photovoltaïques eux-mêmes. Autrement dit, notre tracker cherche en permanence à maximiser le courant produit, ce qui l'amène à suivre parfaitement la course du soleil, tout en s'adaptant parfaitement aux conditions de vent, et même à de légers mouvements du terrain dans le temps.

Quels marchés visez-vous ?

Jay Boardman : Nos avantages concurrentiels techniques bénéficient directement à l'équation économique puisqu'on peut diviser la quantité de béton par 10 et celle de métal par 2. Au final, on peut réduire de moitié les coûts d'installation. De plus, nous fournissons un back-office sécurisé et temps réel de gestion de l'exploitation et d'optimisation du productible. In fine, nous visons donc deux clientèles évidentes : d'abord les développeurs de fermes HCPV, qui raisonnent en LCOE (ndlr : Levelized Cost Of Energy, le prix de revient de l'électricité produit lissé sur la durée de vie du parc), et ensuite les sites isolés, en montagne par exemple. Ces derniers demandent de la fiabilité avant tout. Mais grâce à la compétitivité économique de nos trackers, nous élargissons aussi notre clientèle aux centrales équipées de panneaux photovoltaïques classiques où le tracker augmente la production d'énergie jusqu'à 40 % par rapport à une installation fixe.

Quelles sont les prochaines étapes pour HeliosLite ?

Etienne Ménard : Nous finalisons actuellement les essais en soufflerie nécessaires à la certification des trackers par l'INES. C'est une étape importante car elle ouvrira les portes du financement bancaire à nos clients. Parallèlement, nous construisons notre deuxième série de prototypes, dont deux exemplaires fonctionnels seront présentés au Château de Versailles pendant toute la durée du Solar Decathlon Europe (ndlr : du 28 juin au 14 juillet 2014).

Jay Boardman : Plusieurs sites pilotes ont été signés, notamment au Sénégal et en Autralie, et seront installés après l'été. Commercialement, les premières ventes significatives sont prévues pour 2015, notamment via des appels d'offres qui pourraient représenter plusieurs milliers de trackers. Nous envisageons également une levée de fonds, qui dépendra de nos succès commerciaux à court terme.

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HeliosLite en bref…

  • Activité : conception et commercialisation de systèmes de tracking pour panneaux photovoltaïques classiques et à haute concentration (HCPV)
  • Création : 2013
  • Effectif : 6
  • Site internet : Helioslite.com
  • Surface de panneaux par tracker : 20 à 35 m2
  • Précision de visée : 0,045°

Cleantech Republic

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