OPINION. « Accord commercial US-UE : un danger mortel pour la filière bioéthanol européenne »
Patrice Geoffron

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Patrice Geoffron

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Le bioéthanol, en tant que carburant renouvelable, offre des bénéfices environnementaux majeurs : il réduit significativement les émissions de gaz à effet de serre, améliore la qualité de l'air, valorise les ressources agricoles et soutient l'économie locale, tout en s'inscrivant dans une logique d'économie circulaire et de transition énergétique. La filière européenne pourrait affronter une menace existentielle, dans la perspective d'un accord commercial avec les États-Unis-Union qui signerait sa destruction.
Les récents développements dans les négociations commerciales transatlantiques révèlent une stratégie américaine implacable. L'accord États-Unis-Royaume-Uni, conclu en mai 2025, en est la préfiguration. En échange de réductions de droits de douane sur l'automobile et l'acier britanniques, Londres a accepté de supprimer entièrement les droits de douane sur 1,4 milliard de litres d'éthanol américain, soit l'équivalent de la consommation nationale. Les conséquences sont déjà dramatiques : le principal producteur britannique Vivergo a annoncé la fermeture de son usine pour septembre 2025, menaçant des milliers d'agriculteurs britanniques en amont.
L'éthanol américain bénéficie d'un soutien public massif et déloyal. L'Inflation Reduction Act de 2022 accorde aux producteurs américains d'éthanol des subventions importantes ; une aide, entrée en vigueur en janvier 2025, qui s'ajoute à des coûts énergétiques déjà 3 à 5 fois inférieurs à ceux de l'Europe grâce au gaz de schiste. Avec une production d'éthanol dix fois supérieure à celle de l'Europe, les États-Unis disposent d'excédents considérables qu'ils cherchent logiquement à écouler.
Face à la menace de droits de douane punitifs de 50 % sur les produits européens, annoncée par Donald Trump pour le 9 juillet 2025, l'UE négocie un accord d'urgence qui pourrait inclure l'éthanol, avec des effets délétères sur la filière. La France, premier producteur européen avec 20 % de la production européenne, serait la plus touchée par un accord défavorable : or, cette filière transforme betterave, blé et maïs locaux en bioéthanol, mobilise 55 000 agriculteurs et soutient 9 000 emplois directs et indirects. Le caractère déloyal de la concurrence est patent, dès lors que l'éthanol américain est produit à partir de maïs OGM traité au glyphosate, utilisant des standards environnementaux interdits en Europe.
Au-delà des enjeux économiques, la souveraineté énergétique et alimentaire de l'Europe est en jeu. La filière éthanol européenne produit non seulement des biocarburants, mais aussi des coproduits essentiels à l'alimentation animale, réduisant la dépendance aux importations de tourteaux de soja sud-américains. Cette dimension stratégique n'échappe pas aux négociateurs américains. En détruisant la filière éthanol européenne, les États-Unis renforcent la dépendance à leurs exportations agricoles et énergétiques. Il s'agit d'une pièce d'un projet global visant à affaiblir l'autonomie européenne.
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L'heure n'est plus aux demi-mesures. La Commission européenne doit exclure définitivement l'éthanol de toute négociation commerciale avec les États-Unis. La suppression des droits antidumping sur l'éthanol américain en 2019 a ouvert la voie à la situation actuelle. Face aux nouvelles subventions de l'IRA, ces protections doivent être rétablies et renforcées.
La sauvegarde de la filière éthanol européenne nécessite une mobilisation politique immédiate. Les États membres doivent faire pression sur la Commission européenne pour qu'elle maintienne une position ferme dans les négociations commerciales. L'éthanol doit rester un produit sensible et stratégique, exclu de toute concession commerciale. Cette destruction mécanique interviendrait au moment où l'Europe cherche à préserver ses ambitions de décarbonation des transports et d'autonomie énergétique. Il y aurait là une contradiction flagrante : comment prétendre développer une économie verte tout en détruisant les industries vertes européennes ? Il est encore temps d'agir, mais la fenêtre d'opportunité se referme rapidement. L'heure est à la mobilisation pour sauver ce qui peut encore l'être d'une industrie stratégique face à l'offensive commerciale américaine.
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(*) Patrice Geoffron est docteur en économie industrielle et professeur à l'Université Paris-Dauphine, où il a été président par intérim (2020) et vice- président international. Il est également le directeur fondateur du Laboratoire d'Économie de Dauphine (LEDa). Depuis une vingtaine d'années, il s'est spécialisé dans l'évaluation des investissements dans la transition environnementale et, plus récemment, dans celui de l'adaptation des infrastructures au changement climatique. Entre autres responsabilités, il siège au Conseil scientifique du CEA, d'Engie et de la CRE et il est membre du Cercle des Économistes. Auparavant, il a été membre du Conseil mondial de l'Association internationale pour l'économie de l'énergie et expert auprès de la Convention Citoyenne pour le climat.
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