OPINION. « Automobile : la piste de l'économie circulaire reste sous-exploitée »
Nicolas Ziegler

Photo d'illustration
DR
Nicolas Ziegler

Photo d'illustration
DR
Le vote des députés en faveur de la suppression des Zones à Faibles Émissions (ZFE) et les chiffres alarmants du marché automobile du mois de mai mettent en lumière un secteur en difficulté, qui peine à répondre efficacement à ses mutations. Pour Nicolas Ziegler, fondateur de Merci Paulo, c'est le moment opportun de s'interroger sur la place de l'économie circulaire dans le secteur automobile.
Alliée à un meilleur entretien des véhicules, l'économie circulaire pourrait en effet être une réponse à la triple exigence de pouvoir d'achat, de transition écologique et de sécurité des automobilistes.
Le secteur automobile est confronté à un effondrement du marché du neuf. En mai 2025, les immatriculations de voitures neuves ont reculé de 12 % par rapport à l'an dernier, selon les chiffres publiés par la Plateforme automobile (PFA). Et pour cause : le prix moyen d'un véhicule a bondi de 33 % en dix ans pour atteindre 35 000 euros, faisant de l'automobile neuve un bien inaccessible à un grand nombre de ménages.
Résultat : les Français conservent leur véhicule plus longtemps : l'âge moyen du parc atteint désormais 11,9 ans. Plus encore, l'achat d'un véhicule se fait davantage sur le marché de l'occasion avec une progression importante de la vente de vieux modèles : la vente des voitures de plus de 16 ans a progressé de 9,3 % en mai.
Ces véhicules anciens, réputés plus polluants, sont au cœur du vif débat autour des ZFE, accusées de discriminer les automobilistes n'ayant pas les moyens d'acheter du neuf.
En se concentrant sur le renouvellement du parc via des politiques d'incitation comme les ZFE, le secteur automobile laisse de côté un certain nombre de questions : que faire des véhicules retirés de la circulation ? Les exporter revient à déplacer la pollution. Les détruire génère un coût environnemental élevé (dépollution, recyclage). Les remplacer par des véhicules neufs implique également une empreinte carbone significative.
Selon le Climate Action Accelerator, produire un véhicule thermique moyen émet environ 10,8 tonnes de CO₂e, et jusqu'à 14 tonnes pour un véhicule électrique, principalement en raison de la fabrication de la batterie. Selon l'ADEME, il faut 100 000 à 150 000 km pour « amortir » l'empreinte carbone de la fabrication d'une voiture neuve thermique.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

En revanche, un véhicule d'occasion a déjà "amorti" cette empreinte de fabrication. Le maintenir en bon état prolonge sa durée de vie et évite les émissions liées à la production d'un nouveau véhicule.
Cependant, alors que de plus en plus d'automobilistes déclarent éviter le contrôle technique, découragés par le coût des réparations, l'usage de voitures vieillissantes et mal entretenues comporte des risques importants pour la sécurité des automobilistes et pour l'environnement. Comment éviter la création d'un parc roulant plus dangereux et plus polluant encore ? Plus largement, que faire des 40 millions de véhicules déjà en circulation sur nos routes ?
L'économie circulaire peut et doit rendre l'entretien des véhicules plus accessibles aux Français. Selon l'ADEME, les pièces d'occasion coûtent en moyenne 70 % de moins que leurs équivalents neufs. Autre point important : ces pièces permettent d'économiser jusqu'à 80 % de matière et d'énergie par rapport à la fabrication d'une pièce neuve (majoritairement fabriquée en Asie). Le recours à l'occasion réduit à la fois les coûts pour l'usager et l'impact environnemental. Cependant ce levier reste encore largement sous-exploité, faute de structuration du marché, de soutien public et de reconnaissance politique.
Dans d'autres secteurs, des initiatives ont déjà fait leurs preuves pour démocratiser la réparation. La société Murfy, par exemple, encouragée par la loi AGEC (loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) du 10 février 2020, a su structurer une filière circulaire autour de l'électroménager : réparation à domicile, vente de pièces détachées issues du réemploi, formation de techniciens. Résultat : des milliers d'appareils sauvés de la casse, des emplois créés localement et des économies réalisées par les ménages.
Pourquoi ne pas imaginer un équivalent pour l'automobile ? De nombreuses pistes sont à explorer :
Pour progresser dans la bonne direction, les pouvoirs publics comme l'ensemble du secteur automobile doivent accompagner cette volonté citoyenne de recourir à des solutions de réparation plus économiques, durables et accessibles.
L'économie circulaire appliquée à l'automobile n'est pas une voie secondaire : c'est une réponse stratégique, concrète et immédiatement mobilisable face aux défis sociaux, environnementaux et industriels du secteur.
______
(*) Passionné de voitures, Nicolas Ziegler rêvait de devenir designer automobile. Mais après un lycée automobile, il entame une carrière dans la communication. Après plusieurs années en tant que directeur général d'une agence web, il crée Merci Paulo en 2024 avec ses deux associés, Quentin et Alexis. Merci Paulo est la start-up montante qui simplifie l'achat de pièces détachées automobiles d'occasion pour les particuliers et les garagistes.
Nicolas Ziegler