OPINION. « Bâtir une industrie des drones en France est un objectif majeur »
Xavier Dalloz

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Xavier Dalloz

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Rappelons que La Low Altitude Economy (LAE) va connaître une croissance fulgurante et pourrait dépasser au minimum 200 milliards de dollars en 2030 et 1 000 milliards de dollars d'ici 2040. Cette dynamique est portée par la généralisation des drones, l'essor des taxis volants, les services de livraison autonome et le développement d'infrastructures aériennes dédiées. La LAE s'impose comme un nouveau champ stratégique, avec des applications civiles (surveillance, logistique, mobilité urbaine, agriculture, cartographie, secours) aussi bien que militaires (défense, reconnaissance, ravitaillement).
Au cœur de cette révolution, l'Urban Air Mobility (UAM) ouvre la voie à l'arrivée massive des eVTOLs, ces aéronefs électriques à décollage et atterrissage verticaux, qui redessinent les contours de la mobilité de demain en offrant une alternative rapide, propre et silencieuse au transport terrestre.
Dans ce contexte, il est urgent que la France développe une véritable industrie des drones, capable de rivaliser sur la scène mondiale. Cette filière stratégique doit devenir un catalyseur d'innovations numériques, en intégrant l'intelligence artificielle, la cybersécurité, la 5G/6G et la gestion des données. Elle permettra aussi de stimuler l'écosystème technologique national, créer des emplois qualifiés et renforcer notre souveraineté industrielle et technologique.
La réussite dans le secteur des drones repose sur une maîtrise technologique complète, de la conception à l'autonomie décisionnelle. Cela inclut des plateformes variées (drones MALE/HALE, eVTOL, microdrones), des capteurs de navigation avancés (GPS militaire, Lidar, SLAM), et une intelligence artificielle embarquée permettant une autonomie accrue. Les systèmes doivent résister à des environnements hostiles (brouillage, cyberattaques) grâce à des matériaux furtifs et durcis, tout en intégrant des sources d'énergie performantes : hybrides, hydrogène, batteries haute densité ou panneaux solaires.
Les besoins militaires imposent des exigences spécifiques : capacités ISR (surveillance, reconnaissance), frappes de précision en zone urbaine, guerre électronique (brouilleurs, leurres, essaims) et soutien logistique en milieu difficile. Les armées attendent aussi des systèmes discrets, déployables rapidement, et dotés d'alertes avancées pour protéger les troupes et les bases.
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La souveraineté technologique est un impératif stratégique. Il s'agit d'éviter les composants soumis à des régulations extraterritoriales comme l'ITAR et de garantir l'interopérabilité avec les systèmes C4ISR via des communications sécurisées et un chiffrement militaire. L'autonomie de décision en cas de perte de liaison constitue un critère de résilience essentiel.
L'accès au marché défense repose sur la compréhension des circuits d'achat (DGA, AID, DoD, OTAN...), le respect de longs cycles de qualification et l'établissement de partenariats industriels solides (Thales, Safran...). La participation à des appels à projets collaboratifs et l'obtention de certifications renforcent la crédibilité.
L'innovation duale, civil-militaire, permet de mutualiser les coûts R&D. Une technologie conçue pour la surveillance environnementale peut s'adapter à des missions de défense. Cette logique favorise l'acceptabilité et l'accès à des financements publics tout en ouvrant des marchés civils : agriculture de précision, sécurité, logistique urbaine.
L'acceptabilité réglementaire et sociétale est cruciale. Les systèmes doivent se conformer aux normes aériennes (navigabilité, zones de vol), respecter la vie privée (RGPD, consentement à la captation) et anticiper les débats éthiques (interdiction des armes létales autonomes, responsabilité juridique).
Le financement constitue un enjeu majeur. Le passage de la preuve de concept à l'industrialisation nécessite des capitaux importants et du temps. Les acteurs doivent s'appuyer sur des financements structurants (Bpifrance, Europe, fonds défense) et viser une production modulaire, rapide et exportable, conforme aux régulations internationales.
Enfin, le contexte géopolitique actuel rebat les cartes des priorités industrielles et stratégiques. L'intégration au sein d'écosystèmes souverains comme l'Union européenne, l'OTAN ou l'AUKUS, ainsi que la participation active à des coalitions de défense, deviennent des impératifs majeurs. Les récents conflits — en Ukraine, au Moyen-Orient ou dans la région indo-pacifique — illustrent clairement le rôle central que jouent les drones dans la supériorité tactique. L'Europe ne peut rester en retrait : elle doit faire de cette technologie un pilier de sa souveraineté technologique.
Dans ce contexte, l'industrie automobile, en pleine mutation et confrontée à une crise structurelle profonde, gagnerait à se réinventer en investissant massivement dans l'industrie des drones et la mobilité aérienne légère (LAE). Ces secteurs offrent non seulement de nouvelles perspectives économiques, mais constituent également des atouts stratégiques pour l'avenir du continent.
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(*) Xavier Dalloz dirige depuis plus de 30 ans le cabinet Xavier Dalloz Consulting (XDC), spécialisé dans le conseil stratégique sur l'intégration des nouvelles technologies dans les entreprises. Il enseigne également à l'ICN Business School, partageant son expertise avec les futurs leaders du numérique. Parmi ses engagements récents, il a co-organisé le World Electronics Forum (WEF) à Angers en 2017, Grenoble en 2022 et Rabat en 2024. Il a également introduit et animé le WEF lors du CES 2023 à Las Vegas, à la demande de la CTA.
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