OPINION. « Choose France : entre puissance, "soft power" et dynamique des flux »
Véronique Chabourine

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Véronique Chabourine

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À l'heure où les investissements directs étrangers reculent à l'échelle européenne — avec selon le dernier baromètre EY, une baisse de 4% du nombre de projets et de 7% des emplois créés — La France continue d'attirer les investisseurs. Elle reste la première destination en Europe pour les IDE, et les annonces du sommet Choose France 2025 en témoignent : 53 projets d'investissements directs, pour un montant record de 40,8 milliards d'euros, couvrant des secteurs stratégiques et générant plus de 13 000 emplois. Ces résultats soulignent la capacité de la France à consolider son attractivité.
En 2025, la France est parvenue à consolider sa 6e position dans le classement global de soft power, tout en enregistrant une progression de 1,2% de son score —l'une des plus fortes hausses mondiales du top 10, aux côtés de la Chine. Cette dynamique est portée notamment par une amélioration nette sur le pilier Business and Trade, avec un gain de 3 points depuis 2021, confirmant l'impact de la diplomatie et des initiatives économiques. Parallèlement, la France renforce aussi son attractivité dans le domaine Education and Science. Sur le pilier Culture and Heritage, elle conserve sa 2e place mondiale, capitalisant sur ses grands évènements, comme les JO Paris 2024, et son rayonnement patrimonial, la réouverture de Notre-Dame par exemple. Autant d'indicateurs qui traduisent un soft power mêlant multilatéralisme assumé et projection stratégique.
Dans un monde où la mondialisation devient plus fragmentée, mais qui reste profondément interdépendant, les dynamiques d'influence ne reposent plus uniquement sur la puissance des États, mais sur leur capacité à projeter des flux dans des réseaux d'acteurs multiples — publics, privés, étatiques et non étatiques.
Pour comprendre la projection internationale de la France, il est essentiel d'articuler deux dimensions complémentaires : l'attractivité perçue (« soft power ») et la projection effective, mesurable par des indicateurs de présence globale. L'indice Elcano Global Presence, publié chaque année par le Real Instituto Elcano, évalue la capacité d'un pays à projeter sa présence au-delà de ses frontières dans trois dimensions : économique, militaire et soft présence (culture, coopération, science, information...). En 2024, la France se classe 7e au rang mondial avec un score de 700 points —soit une présence supérieure à celle de 95,3% des pays, bien qu'elle n'occupe que le 22e rang mondial en termes de population.
Ce rapport entre des ressources structurelles (population, poids économique) et une influence internationale élevée illustre ce que plusieurs auteurs — le sociologue Manuel Castells, le politologue Michael Beckley ou les chercheurs du Real Instituto Elcano — décrivent comme une dynamique de démultiplication de puissance, dans un monde régi par des interconnexions. Le sociologue Manuel Castells parle de power over flows insistant sur le fait que le pouvoir ne réside pas dans la simple accumulation de ressources, mais dans la capacité à structurer et maîtriser la circulation des flux — d'informations, de capitaux, de culture ou de technologies. Le Real Instituto Elcano, à travers son indice, propose une lecture similaire, en mesurant la capacité d'un État à organiser et à faire circuler des flux tangibles et intangibles.
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Au-delà des indicateurs traditionnels, c'est désormais la capacité à attirer, organiser et projeter des flux —économiques, culturels, technologiques, stratégiques — qui dessinent la nouvelle cartographie de l'influence mondiale. L'analyse croisée de l'indice Global Presence de Elcano Intitute et du Global Soft Power Index de Brand Finance montre une convergence claire : les pays les plus influents sont aussi ceux qui maîtrisent ces flux. Les États-Unis, premiers du classement, doivent 30,1% de leur projection à leurs investissements à l'étranger ; la Chine, deuxième, mobilise 24,9% de sa présence grâce à ses exportations manufacturières, et dans les deux cas, les services, les IDE et la coopération technologique renforcent leur empreinte globale. La France, 7e en puissance projetée malgré son 22 -ème rang démographique, illustre la pertinence de cette approche. Avec 25,7% de sa projection économique liée aux IDE, 16,6% aux services et 11% aux biens manufacturés, elle sur-performe structurellement. À cela s'ajoute un soft power solide (6e rang mondial). Le sommet Choose France, et plus largement la politique de réindustrialisation et d'attractivité ne relèvent plus uniquement d'une logique économique. Ils participent également à une stratégie d'influence globale fondée sur l'interdépendance maîtrisée.
En 2024, selon l'indice Elcano, l'Union européenne projette 19,8% de la présence globale mondiale — un niveau équivalent à celui des États-Unis. Cette puissance projetée repose à près de 65% sur l'économie, dont 39% issus des investissements directs étrangers, contre 30% outre-Atlantique. L'UE demeure en retrait sur les dimensions militaire et de soft presence, ce qui limite sa capacité à transformer son poids économique en influence stratégique.
Dans la lignée des rapports Draghi et Letta, plusieurs leviers d'action se dessinent pour renforcer durablement l'attractivité de l'UE : la réduction des écarts structurels de compétitivité, l'accélération de l'innovation face aux États-Unis et à la Chine et l'adaptation des compétences aux transformations économiques.
Dans ce contexte, des initiatives comme Choose France s'inscrivent dans une logique stratégique de puissance de flux. En renforçant son attractivité pour les IDE, la France contribue à la souveraineté économique de l'Europe et à sa capacité à structurer les interdépendances mondiales.
Véronique Chabourine