OPINION. « Et si la protection de l'océan devenait la règle, et non plus l'exception ? »
Collectif (*)

Photo d'illustration
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Il y a plus de cinquante ans, la première Conférence des Nations Unies sur l'environnement, tenue à Stockholm, alertait les responsables politiques sur les risques de notre modèle de développement, nous menant à l'effondrement et à la perte du Vivant. Vingt ans plus tard, le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro posait le cadre d'une action politique globale contre le changement climatique et la crise de la biodiversité. Pour l'Océan, la Convention du Droit de la Mer, en vigueur depuis 1994, n'avait presque aucune visibilité et manquait cruellement d'engagement pour la biodiversité. Et ce, bien qu'il s'agisse de l'écosystème le plus vaste de notre planète et du régulateur de notre système climatique. Sans lui, la vie sur Terre serait tout simplement impossible.
De ce fait, depuis une trentaine d'années, les impacts des activités humaines sur la biodiversité marine ; surpêche, pollutions, réchauffement, dragage, exploitation minière sous-marine, explosent. En 2012, la Conférence Rio+20 lance l'idée des Objectifs du Développement Durable (ODD). Les petits pays insulaires et la société civile doivent se battre pour inclure un objectif pour l'Océan, finalement adopté en 2015 et connu sous l'acronyme ODD 14. Les impacts croissants des activités humaines sur la biodiversité marine sont enfin discutés, mais les solutions sont éparpillées dans différentes enceintes politiques.
Les Nations unies décident enfin en 2017 de consacrer une conférence mondiale à l'Océan. Après deux éditions aux résultats limités, la 3e Conférence de l'ONU sur l'Océan aura lieu à Nice en juin prochain, réunissant des milliers de délégués, experts, scientifiques, militants et entrepreneurs engagés pour l'Océan autour de chefs d'État et de gouvernement. Elle essaiera de remédier à cette problématique de prise en compte fragmentée des enjeux de l'Océan. La France et les États membres de l'ONU ont une occasion historique : relancer l'ambition politique autour d'une vision d'avenir pour un Océan vivant et en bonne santé.
L'Océan absorbe 90% de l'excès de chaleur que nous produisons et plus de 25% du CO2 que nous relâchons dans l'atmosphère. L'Océan est notre climatiseur, notre oxygène, notre régulateur de carbone et le garde-manger de trois milliards d'humains. Protéger l'océan est vital parce que notre vie, le futur de l'humanité en dépend.
Au-delà de la concrétisation des objectifs et mesures déjà évoqués lors de la précédente conférence de l'ONU sur l'Océan en 2022, à Lisbonne (ratification d'un traité sur la biodiversité en haute mer, création d'aires marines protégées sur 30% des mers), la conférence de Nice doit porter une nouvelle vision émanant d'un changement de paradigme ambitieux.
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Avec l'initiative LetsBeNicetotheOcean.org, soutenue par plus de 100 organisations de la société civile, dont des acteurs de la recherche, des sciences et des arts, nous portons une ambition sans précédent à la hauteur des enjeux : le Principe de Protection. La protection de l'Océan devient la norme et non plus l'exception. Comment ? En renversant explicitement la charge de la preuve. Ainsi, il n'incombe plus aux associations, aux chercheurs, aux États de prouver qu'il y a une nuisance, mais à celui qui souhaite exploiter l'Océan de prouver qu'il n'a pas d'impact négatif sur les écosystèmes marins, c'est-à-dire le Vivant. Demain, ce serait donc aux industries extractives et polluantes de démontrer que leur empreinte écologique ne compromet pas la qualité de la vie marine, y compris dans l'adoption de mesures d'atténuation.
Basé sur un ensemble de textes juridiques du droit international déjà existants, applicables notamment aux eaux internationales et au fond marin, nous proposons que le Principe de Protection s'inscrive dans le Plan d'Action de Nice pour l'Océan au sortir de la 3e Conférence de l'ONU sur l'Océan. Cette proposition sera portée à Nice avec la société civile, des personnalités et experts en droit international, mais aussi avec le monde de la culture, pour porter cette ambition au-delà des cercles d'initiés.
La crise du multilatéralisme que nous vivons actuellement nous fournit une excellente occasion d'élever le niveau de l'ambition politique à Nice, et non le contraire. Parce qu'en faisant du sur-place, sans grande avancée et sans changement de paradigme, nos gouvernements alimenteraient les discours critiques vis-à-vis du système multilatéral. Il est urgent de donner tort aux franges les plus sceptiques de l'opinion publique, qui pourraient être tentées de stigmatiser les « grandes messes » de l'ONU comme perte de temps et bavardages inutiles. Montrons-leur au contraire notre volonté sans faille de protéger l'Océan qui nous rassemble et qui rend la vie sur Terre possible.
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(*) Signataires :
- Rémi Parmentier, The Varda Group, Coordinateur de Let's Be Nice to the Ocean
- Romain Troublé, Directeur Général, Fondation Tara Océan
- André Abreu, Directeur des Affaires Internationales, Fondation Tara Océan
- Loreley Picourt, Directrice Générale de la Plateforme Océan & Climat (POC)
- Dona Bertarelli, Présidente Exécutive de la Fondation Dona Bertarelli Philanthropy
- Francesca Thyssen-Bornemisza, Présidente de la Fondation TBA21 Thyssen-Bornemisza Art Contemporary.
- Renaud Dupuy de la Grandrive, Président de MedPAN
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