OPINION. « IA et emploi : un tsunami silencieux pour les femmes »
Collectif (*)

Photo d'illustration
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L'intelligence artificielle n'est pas neutre : elle transforme notre société dans son intégralité. Si elle n'est pas accessible à toutes et tous, elle représente une menace, et ce, en tout premier lieu pour les femmes. Selon deux rapports récents, publiés respectivement par les Nations Unies et par l'Organisation Internationale du Travail (OIT) en collaboration avec l'Institut polonais NASK, les femmes pourraient perdre trois fois plus leur emploi que les hommes dans les années à venir en raison de l'automatisation induite par l'intelligence artificielle (IA). Ce chiffre - 9,6 % des postes occupés par des femmes sont menacés contre seulement 3,5 % pour les hommes - est alarmant. Et il confirme ce que beaucoup redoutaient déjà : loin d'être un progrès égalitaire, l'IA pourrait devenir un véritable accélérateur d'inégalités. Ce déséquilibre s'explique par la surreprésentation des femmes dans les emplois administratifs, d'assistance ou de secrétariat, qui comptent parmi les premiers visés par l'automatisation. Ces fonctions, longtemps dévalorisées, sont aujourd'hui les plus exposées à l'obsolescence technologique. L'IA ne fait que révéler - et amplifier - une fracture ancienne, profonde, jamais réellement traitée.
Les statistiques dressent un constat sévère, mais elles ne disent pas tout. Elles ne racontent pas les trajectoires invisibles : les femmes qui quittent un emploi sans formation, sans filet, sans accompagnement. Celles qui, faute d'avoir été préparées aux mutations technologiques, se retrouvent éloignées de toute perspective d'emploi stable. Celles qui, enfin, n'osent pas se projeter dans les métiers du numérique, encore trop souvent perçus comme masculins, exigeants, inaccessibles.
Le vrai défi est là : dans la capacité à rendre l'IA accessible. À faire en sorte que chacun·e puisse comprendre, utiliser, voire concevoir les technologies qui vont structurer tous les secteurs d'activité. Former massivement à l'IA, ce n'est pas une option : c'est un devoir démocratique.
Le développement rapide de l'IA générative bouleverse le marché du travail à une vitesse inédite. Selon le même rapport, jusqu'à 25 % des emplois mondiaux pourraient être automatisés d'ici 2035, avec un pic à 34 % dans les économies avancées. À ce rythme, chaque mois sans action est un mois de retard pour l'inclusion. Le récent Observatoire IA & Emploi lancé en janvier 2025 par Konexio et Diversidays, a notamment révélé que 53% des demandeurs d'emploi estiment que les compétences en IA leur seront utiles dans leur prochain poste.
Former ne signifie pas créer une élite de data scientists. Cela signifie d'abord équiper chacun·e des compétences de base pour ne pas être exclu·e. Savoir interagir avec une IA, collaborer avec elle, comprendre les mécanismes qui la sous-tendent. Il faut donner les moyens aux individus de garder le contrôle, et non de le céder sans comprendre.
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Des initiatives nationales vont dans ce sens. En mars 2023, la Première ministre Élisabeth Borne annonçait un plan massif de formation des femmes aux métiers de la tech, dont l'intelligence artificielle fait partie. Une ambition bienvenue, qui appelle une mobilisation collective et durable pour répondre à l'ampleur du défi.
Aujourd'hui, moins de 20 % des professionnel·le·s du numérique en France sont des femmes. Ce chiffre chute encore dans les filières IA, où l'on retrouve une sous-représentation criante, tant dans les formations que dans les entreprises. Ce manque de diversité n'est pas qu'une question de justice : il influence les produits, les services, les algorithmes. Une IA conçue par un monde homogène reproduira mécaniquement les biais du monde d'hier.
Diversifier les profils, c'est donc aussi créer une IA plus éthique, plus représentative, plus juste. Cela implique d'agir dès aujourd'hui : orientation scolaire, reconversion, visibilité des rôles modèles, lutte contre les stéréotypes. Chaque étape compte. En termes d'initiative positive, soulignons le Label GEEIS-AI porté par Arborus, dédié à une IA inclusive et responsable, montre la voie à suivre pour faire évoluer les pratiques.
L'intelligence artificielle n'est ni bonne ni mauvaise. Elle est l'expression des intentions humaines qui la dirigent. Elle peut être un levier d'émancipation - ou un outil d'exclusion. Tout dépend des choix politiques, éducatifs et économiques que nous faisons maintenant.
Ce choix est entre nos mains. Former ou exclure. Outiller ou abandonner. Si nous ne voulons pas que l'IA devienne un nouveau facteur de domination sociale et de fracture entre les sexes, il faut agir. Former massivement. Former équitablement. Et placer la justice sociale au cœur de l'innovation technologique.
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Sources :
OIT & Institut polonais NASK (2025) - Generative AI and Jobs: A Refined Global Index of Occupational Exposure, publié le 20 mai 2025 Ce rapport analyse l'exposition des métiers à l'IA générative. Il révèle que 25 % des emplois mondiaux sont potentiellement automatisables d'ici 2035, avec une exposition plus forte chez les femmes (9,6 % contre 3,5 % chez les hommes). Rapport complet - Note PDF.
Observatoire IA et emploi (Konexio, Diversidays, Google, France Travail) (2025) - Comment l'IA redéfinit les codes de la recherche d'emploi Cette enquête réalisée auprès de 5300 demandeurs d'emploi explore leur usage et leur perception de l'intelligence artificielle. Rapport complet.
OIT (2025) - Emploi et questions sociales dans le monde : Tendances 2025 Le rapport annuel sur les tendances mondiales de l'emploi souligne l'impact différencié des transformations technologiques selon le genre, et plaide pour une transition juste et inclusive. Rapport complet.
ONU Femmes - Asie-Pacifique (2025) - Women and Future Jobs: Navigating the Impact of Generative AI on Gender Equality Ce rapport explore l'impact de l'IA générative sur l'emploi féminin et propose des pistes concrètes pour anticiper une transition inclusive. Rapport complet.
PNUD (2025) - A Matter of Choice: People and Possibilities in the Age of AI (Rapport mondial sur le développement humain) Le PNUD y analyse les effets de l'IA sur les trajectoires humaines, en soulignant les enjeux de genre et d'accès équitable aux compétences numériques. Rapport complet.
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(*) signataires :
Collectif (*)