OPINION. « Iran-Israël, un mois après »
Me Ardavan Amir-Aslani

Photo d'illustration
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Me Ardavan Amir-Aslani

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Un mois après les frappes américaines en Iran, malgré les rapports qui le contredisent, le président américain reste catégorique : l'opération « Midnight Hammer », qui a ciblé les sites de Fordo, Ispahan et Natanz, est un succès et les capacités nucléaires iraniennes ont été « complètement anéanties ».
Aussitôt ces installations bombardées, Washington n'a pas eu d'autres choix que d'imposer un cessez-le-feu tant la désescalade arrangeait toutes les parties.
Donald Trump qui ne cesse de marteler combien il est hostile aux interventions étrangères devait impérativement rassurer son électorat du mouvement MAGA — Make America Great Again — qui, voyant se dessiner un scénario similaire à celui de l'Irak de 2003, redoutait le retour du bellicisme néo-conservateur.
Le régime iranien, qui encaisse de lourds revers stratégiques depuis le 7 octobre, n'a pas eu d'autres choix que d'accepter le cessez-le-feu.
De son côté, Israël, qui n'est pas parvenu aux objectifs qu'il s'était fixés, avait aussi tout intérêt à ce que les hostilités cessent. Alors que Netanyahu espérait pousser son avantage tactique pour faire chuter le pouvoir iranien, cette guerre a réveillé un sursaut nationaliste au sein de la population iranienne qui s'est rangée derrière son drapeau.
Tel-Aviv n'est pas non plus venu à bout du programme balistique iranien comme il l'espérait. Malgré la supériorité militaire de l'État hébreu et le soutien que lui ont apporté les Occidentaux et la Jordanie depuis leurs bases respectives, les failles de son système de défense aérienne et les pertes matérielles et civiles qu'elles ont occasionnées l'ont vite rattrapé.
Dans ces circonstances, le récit victorieux de Donald Trump résiste-t-il à l'épreuve des faits ? Alors qu'aucune preuve concrète n'a été rapportée, le doute et la confusion règnent encore. Si Téhéran doit accueillir prochainement une délégation de l'Agence Internationale de Énergie Atomique, celle-ci ne pourra toujours pas inspecter les sites ciblés.
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Dans son rapport préliminaire du 24 juin dernier, la Defense Intelligence Agency (DIA), l'une des agences du renseignement américain, prétendait que le programme nucléaire aurait été seulement ralenti de quelques mois et s'inquiétait des kilos d'uranium hautement enrichi qui auraient été transférés en lieu sûr avant les bombardements. De récentes informations de responsables américains affirment que les destructions des sites de Natanz et d'Ispahan auraient été surestimées. Enfin, l'absence de victimes humaines ni même de blessés causées par les bombes américaines bunker-buster, ces ogives de treize tonnes chacune interroge sur l'ampleur réelle des destructions.
Si l'inefficacité des raids venait à être établie, le président américain serait dans une position embarrassante. Après avoir précipité l'Iran dans sa course à l'enrichissement en se retirant unilatéralement du JCPOA en 2018, Donald Trump risque de reproduire la même erreur en ayant privilégié une solution militaire au détriment des négociations qui étaient pourtant sur la bonne voie. Le président américain a préféré céder à l'aventurisme de Benjamin Netanyahu en donnant son aval aux frappes israéliennes alors qu'une rencontre entre les émissaires iraniens et américains devait avoir lieu trois jours après à Oman. Une attitude qui en dit long sur la bonne foi de Washington...
Cette intervention pourrait, au contraire, pousser le pouvoir iranien à accélérer son programme nucléaire clandestinement, convaincu à présent que le seul moyen de sanctuariser son territoire et d'éviter de telles incursions étrangères est d'obtenir l'arme atomique.
Alors que de nouvelles négociations entre l'Iran et les E3 — France, Allemagne, Royaume-Uni — se tiennent vendredi 25 juillet à Istanbul, le ministre des Affaires étrangères iranien a rappelé que l'Iran n'abandonnera pas l'enrichissement de son uranium, indispensable au développement de son programme nucléaire civil auquel il a parfaitement droit en vertu du Traité de Non-Prolifération dont il est signataire.
Quant à la population civile iranienne, loin d'avoir été « libérée » par les bombardements, elle paye au contraire le prix fort des frappes israéliennes. Si l'arsenal balistique et le programme nucléaire iranien sont endommagés, l'appareil de répression du régime demeure intact. Rongé par la paranoïa depuis que l'ampleur des infiltrations israéliennes a été révélée, le pouvoir a durci la répression, multipliant les arrestations des personnes accusées d'espionnage pour le compte de Tel-Aviv.
Enfin, faute de transformer ses victoires tactiques en solutions politiques, Israël s'enlise dans des conflits régionaux à répétition dont on ne perçoit pas l'issue à long terme. Certes, depuis le 7 octobre, l'État hébreu a repris l'avantage à Gaza, au Liban, en Syrie et en Iran, mais les limites de sa stratégie militaire et de ses bombardements tous azimuts se dessinent de plus en plus clairement.
Alors qu'Israël n'est toujours pas arrivé à bout du Hamas, le drame humanitaire à Gaza et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie indignent la communauté internationale. À ses frontières, la Syrie est à nouveau au bord du chaos. Les récents affrontements de Soueida ont révélé l'impuissance de l'ancien djihadiste Al-Joulani devenu président qui, dépassé par les milices qui l'ont porté au pouvoir, peine à assurer la sécurité du pays.
La guerre « préventive » d'Israël et des États-Unis aura révélé l'imposture de l'Occident qui, d'un côté, exige de Téhéran un respect sans équivoque de ses engagements internationaux, mais, de l'autre, n'hésite pas à conduire des opérations militaires au mépris le plus absolu du droit international.
L'histoire du dossier du nucléaire iranien a prouvé que seules les négociations sont parvenues à contenir les velléités iraniennes et à restaurer l'accalmie régionale. En l'ignorant, les États-Unis risquent de s'enliser à nouveau dans des cycles de négociations interminables. Ainsi, les résultats semblent bien loin des objectifs affichés. La guerre « préventive » finira-t-elle en guerre contre-productive ?
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(*) Ardavan Amir-Aslani est avocat au Barreau de Paris. Essayiste spécialiste de la géopolitique du Moyen-Orient, il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les relations internationales. Expert en droit public international, il représente plusieurs États dans des négociations et litiges internationaux.
Me Ardavan Amir-Aslani