OPINION. « La véritable bataille se joue en Iran, pas à ses frontières »
Hamid Enayat

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D'une voix tremblante et affaiblie, il a affirmé que la République islamique avait triomphé d'Israël et des États-Unis, et que l'ennemi avait été « mis à genoux ». Pourtant, le véritable destinataire de ce discours n'était ni Israël ni l'Amérique, mais les éléments épuisés et anxieux au sein même du régime — ceux qui aujourd'hui ne survivent que grâce au népotisme, aux privilèges et à des fortunes colossales accumulées dans un pays frappé par la faim et la misère.
L'objectif de Khamenei n'était pas de faire une déclaration de politique étrangère, mais de remonter le moral des fidèles du régime. Sa vieille stratégie de « ni guerre ni négociation » ne séduit même plus les étudiants des séminaires religieux. L'« axe de la résistance » ne ressemble plus à une force militaire puissante, mais à une chorale dispersée de retraités répartis entre Beyrouth, Bagdad et le Yémen. Khamenei a affirmé que « les États-Unis n'ont rien obtenu de cette guerre » et que la République islamique leur avait infligé une « gifle cinglante ». Il a également menacé de viser les bases américaines dans la région en cas d'attaque future. Ces menaces résonnent pourtant creux, l'attaque récente de l'Iran contre la base américaine d'Al-Udeid au Qatar n'ayant causé ni victime ni dommage notable.
Durant tout le conflit, Khamenei est resté à l'écart du public, car Israël avait explicitement déclaré qu'il figurait parmi les cibles potentielles. Sa réapparition n'avait donc pas pour but de montrer son autorité ou son leadership, mais de faire taire les rumeurs et de prouver qu'il était en vie. C'est peut-être simplement sa survie qui l'a poussé à proclamer la victoire. Ce qui a le plus retenu l'attention dans ce discours n'était pas son contenu, mais son apparence d'un homme visiblement fatigué, insomniaque et inquiète. Il est peu probable que Khamenei considère ce cessez-le-feu comme un accord fiable.
Abbas Abdi, l'un des leaders étudiants de la prise de l'ambassade américaine en 1979 et ancien directeur adjoint du Centre de recherche stratégique de la présidence, a écrit :
« En apparence, les affaires administratives, productives et de services ont repris leur cours normal. Mais une chose est fondamentalement différente du passé : notre perception de l'avenir. »
Javad Mogouei, documentariste proche des services de sécurité du régime, déclare :
« Nous vivons une situation similaire à celle de 1981, qui, selon moi, fut la pire année de la révolution. Le 20 juin 1981, l'Organisation des Moudjahidine du peuple a annoncé une lutte armée et est descendue dans la rue. Même le directeur de la prison d'Evine n'était plus en sécurité à l'intérieur même de la prison. Cent mille membres armés ont envahi les rues. »
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Mogouei décrit l'état actuel du régime comme instable et désigne clairement les Moudjahidine du peuple d'Iran comme l'ennemi principal du régime et l'épine dorsale de la résistance.
Dans ce contexte, une vague massive d'arrestations a commencé dans plusieurs villes du pays. À Téhéran et dans de nombreuses autres villes, des postes de contrôle ont été mis en place, que la police affirme maintenir jusqu'à nouvel ordre. L'agence Fars, affiliée au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), a rapporté l'arrestation de 700 personnes, prétendument liées à un « réseau d'espionnage », sans préciser le nombre exact pour la province de Téhéran. Le parquet de la province de Kermanshah a annoncé l'arrestation de 115 personnes, dont une minorité seulement pour espionnage, les autres étant accusées de « propagande contre le régime ». Le commandant adjoint de la police de la province de Fars a confirmé l'arrestation de 53 personnes pour « trouble à l'ordre public » et la police cybernétique (FATA) d'Ispahan a identifié 60 autres suspects pour des accusations similaires.
Quelques jours après l'annonce du cessez-le-feu, le Parlement iranien a adopté un projet de loi alourdissant considérablement les sanctions pour espionnage et collaboration avec Israël et d'autres pays hostiles. Cette loi semble conçue pour réprimer rapidement et ouvertement toute forme de dissidence, ciblant non seulement les ennemis extérieurs, mais aussi les critiques internes au régime.
Face à cette situation, le régime a précipitamment transféré de nombreux prisonniers politiques depuis des sections endommagées pendant les bombardements de prison d'Evine — notamment celles accueillant des détenus politiques — vers d'autres établissements, craignant des évasions ou des opérations de libération. La prison d'Evine en Iran est devenue un symbole de la résistance et de la lutte pour la liberté, comparable à la Bastille dans l'histoire de France.
Les exécutions ont connu une recrudescence brutale.
Les rapports en provenance de l'intérieur du pays indiquent qu'au seul mois de juin, 140 exécutions ont été recensées, dont cinq femmes. Entre le 15 et le 24 juin, six prisonniers ont été exécutés pour espionnage. Le mardi 24 juin, trois détenus ont été pendus à la prison d'Oroumieh pour « espionnage au profit d'Israël ». Ces trois personnes, des koulbars (porteurs transfrontaliers), avaient été arrêtées en juillet 2023. Le régime les accusait d'avoir transporté du matériel lié à l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh, l'un des pères fondateurs du programme nucléaire militaire caché des mollahs — une accusation dont la véracité est largement mise en doute.
Tous ces faits montrent clairement que la lutte principale ne se déroule pas aux frontières, mais au sein même du pays — entre le peuple iranien et sa résistance organisée contre une dictature religieuse pour instaurer une république laïque, pluraliste et libre en Iran.
La solution ultime ne réside ni dans l'intervention militaire étrangère, ni dans l'apaisement international, mais dans un changement de régime conduit par le peuple iranien lui-même et sa résistance organisée.
Hamid Enayat