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OPINION. « Nucléaire français : le choix écologique coûte la suprématie à EDF »

Samuel Furfari

Publié le 20 septembre 2025 à 06:15 - Mis à jour le 22 septembre 2025 à 09:35

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Le Quotidien Numérique

16 juillet 2026

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OPINION. Longtemps symbole d’excellence technique et de puissance énergétique, le groupe accumule revers et humiliations sur la scène internationale. Entre retards colossaux de l’EPR, échecs commerciaux en Europe centrale et perte de compétitivité face à ses rivaux sud-coréens et américains, l’entreprise paie le prix de décennies de décisions politiques hasardeuses. Par Samuel Furfari, professeur en géopolitique de l'énergie, haut fonctionnaire de la Commission européenne en retraite (*)

Pendant longtemps, EDF a été perçue comme un champion industriel, capable de monopoliser l'électricité européenne, mais aussi de peser à l'international. Sa force a même suscité des craintes parmi les autres États membres de l'Union européenne, qui redoutaient une hégémonie française sur le marché de l'électricité. Cependant, cette position enviée a été mise à mal par des décisions politiques qui ont entravé son développement. Le premier coupable de la mauvaise santé d'EDF est la politique verte française qui a choisi de suivre aveuglément l'EnergieWende allemande. François Hollande et Emmanuel Macron vont rester dans l'histoire comme les saboteurs du nucléaire français. Je m'en suis déjà expliqué.

Pour retrouver sa stature d'antan, EDF devra non seulement capitaliser sur son expertise historique, mais aussi explorer de nouvelles avenues pour assurer sa pérennité et son rôle sur le marché international. Mais surtout, la France doit abandonner son discours vert, car les échecs répétés à l'export traduisent une crise profonde du modèle européen et partant français.

C'est à Prague, au cours d'une rencontre portant sur l'efficacité énergétique, que j'ai appris que, deux jours auparavant, le gouvernement tchèque avait signé, le 4 juin dernier, l'achat de deux réacteurs nucléaires auprès de l'entreprise sud-coréenne Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP) pour le site de Dukovany. Si je relate ce détail, c'est parce qu'il me semble que cet événement a été à peine évoqué en France, tant cet échec est ressenti comme humiliant. L'appel d'offres, mené selon la méthodologie de l'Agence internationale de l'énergie atomique, mettait en concurrence EDF, Westinghouse et KHNP. Les autorités tchèques affirment que l'offre de KHNP, d'un montant avoisinant les 18 milliards de dollars, s'est clairement imposée, proposant un prix final de l'électricité inférieur à 90 euros par mégawattheure.

Cette négociation a revêtu une dimension géopolitique, le commissaire européen à l'Industrie, Stéphane Séjourné, ayant tenté d'obtenir la suspension du contrat, invoquant le règlement européen sur les subventions étrangères ainsi que la nécessité de vérifier que KHNP n'avait pas bénéficié d'aides d'État sud-coréennes susceptibles de fausser la concurrence, comme si la filière nucléaire française elle-même n'était pas entièrement étatique, comme le rappelle le Financial Times. Cette intervention, perçue à Prague comme une ingérence motivée par des intérêts nationaux français, a suscité une réaction cinglante du ministre tchèque de l'Industrie, Lukáš Vlček, qui a réaffirmé la souveraineté énergétique de son pays ainsi que la régularité du processus d'appel d'offres.

Ce choix pragmatique constitue un nouveau revers pour EDF et la diplomatie française, tout en consacrant l'émergence de la Corée du Sud comme acteur majeur du nucléaire civil au sein de l'Union européenne. L'on assiste ainsi à la répétition du scénario observé en 2009 aux Émirats arabes unis, lors de l'attribution du marché de la centrale nucléaire de Barakah, la première construite dans un pays arabe. Cet échec retentissant aurait dû servir de signal d'alarme et offrir à EDF, en seize années, l'opportunité de redevenir compétitive. Or, tandis qu'EDF peine à s'adapter, ses concurrents investissent, innovent et remportent des marchés, y compris au sein même de l'UE.

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Les difficultés rencontrées par la filière nucléaire française ne datent pas d'hier. Le chantier du réacteur EPR d'Olkiluoto, lancé en 2005 sous la direction d'Areva avec le soutien d'EDF, devait initialement constituer la vitrine du savoir-faire français ; il s'est finalement imposé comme le symbole de son échec. Ce projet a accumulé dix années de retard et a vu ses coûts exploser, passant de 3 à plus de 10 milliards d'euros. Il convient de souligner que le choix de lancer un prototype en Finlande n'était guère judicieux, dans la mesure où la population est réputée, disons, pour son manque de flexibilité.

Le projet britannique confié à EDF en 2016 était censé démontrer la capacité du groupe à livrer un EPR compétitif et dans les délais impartis. Cependant, là encore, les retards et les surcoûts se sont multipliés. Les difficultés techniques rencontrées à Flamanville, notamment en ce qui concerne la qualité des soudures, se sont répercutées sur le chantier d'Hinkley Point, illustrant ainsi l'incapacité d'EDF à tirer pleinement parti de l'expérience acquise. Le rapport de Jean-Martin Folz a mis en lumière une perte de compétences et l'absence d'une véritable « culture de la qualité » au sein du groupe, remettant en cause sa capacité à piloter des projets complexes sur la scène internationale.

Lorsque la Pologne a décidé de se lancer dans le nucléaire, trois groupes étaient en concurrence pour la construction de la centrale de Choczewo : Westinghouse, KHNP et EDF. Malgré le lobbying exercé par Emmanuel Macron, en 2022, le gouvernement polonais a finalement retenu la technologie de Westinghouse, considérant l'offre d'EDF comme la plus onéreuse parmi les trois finalistes.

Pourtant, il convient d'observer que le savoir-faire français n'a pas totalement disparu. En effet, Rosatom, l'entreprise étatique russe qui remporte de nombreux marchés à l'international, confie à EDF l'automatisation et la régulation de ses centrales nucléaires. Cette situation n'est-elle pas, à bien des égards, source d'humiliation ?

Henri Proglio, ancien PDG d'EDF, préconise d'abandonner le programme EPR, jugé trop coûteux et difficilement réalisable, au profit de modèles de réacteurs plus petits, plus simples et davantage exportables. Refuser de reconnaître que la stratégie de l'EPR ne séduit plus les marchés internationaux — où la concurrence privilégie des modèles plus simples et plus flexibles — ne permettra pas à EDF de retrouver le chemin de la reconquête des parts de marché.

Il serait certes aisé de concentrer l'analyse sur la critique de la culture d'entreprise, de la bureaucratie ou encore de la verticalité de la ligne de commandement. Cependant, il ne me semble pas que ce soit là l'angle d'approche le plus pertinent pour appréhender la question de fond. La vérité est qu'EDF paie aujourd'hui des décennies d'atermoiements et de renoncements stratégiques de la part de la France, qui a suivi de manière inconsidérée l'antinucléarisme primaire de l'Allemagne. Alors que l'industrie nucléaire française se distinguait autrefois par son excellence technique, elle a été progressivement affaiblie par des choix politiques dictés par une idéologie verte.

Je conçois qu'il soit particulièrement douloureux, pour les Français, de constater la succession de revers subis par EDF à l'international. Refuser de reconnaître cette réalité ne ferait que prolonger la série d'échecs. À l'international, EDF continue d'être pénalisée par la doctrine verte défendue par — comme je les appelle — « les écologistes de tous les partis ». Oser reconnaître la situation déplorable d'EDF est la condition sine qua non pour restaurer la crédibilité perdue et éviter que la France ne soit définitivement reléguée au rang de simple spectatrice dans la renaissance mondiale du nucléaire.

______

(*) Samuel Furfari, professeur en géopolitique de l'énergie, haut fonctionnaire de la Commission européenne en retraite, docteur en Sciences appliquées, ingénieur polytechnicien. Dernier livre « Énergie, mensonges d'état. La destruction organisée de la compétitivité de l'UE » | L'artilleur

Samuel Furfari

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