OPINION. « Un mix énergétique nucléaire et renouvelable est indispensable pour réindustrialiser la France et retrouver notre souveraineté »
Corinne Lepage, Anne-Sophie Alsif et Serge Savasta

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Les annonces du Président Donald Trump sur l'instauration de droit de douane sur l'ensemble des pays et des biens ont ouvert une nouvelle page de la montée du protectionnisme économique. L'objectif du Président américain est de mettre en place des taxes à l'importation afin que les entreprises relocalisent leur production aux États-Unis. Il souhaite massivement réindustrialiser les États-Unis afin d'être moins dépendant de l'extérieur ; notamment des produits chinois.
Face à cette politique offensive, l'Europe réagit et souhaite stimuler l'investissement des entreprises afin de s'émanciper de la dépendance aux produits chinois ; aux services numériques et financiers américains.
Dès lors, la souveraineté européenne doit être assurée au niveau économique, énergétique, militaire, numérique, industriel, sanitaire ou encore alimentaire. Afin d'être compétitives, les entreprises industrielles européennes doivent, en priorité, bénéficier d'un coût de l'énergie attractif d'où l'impératif de produire une énergie peu chère et décarbonée.
Or, sans produire notre propre énergie, il est impossible de renforcer notre souveraineté, et donc de préserver notre économie, notre modèle social ou encore nos modes de vie. Il s'agit donc d'une priorité absolue.
Malgré l'absence d'une véritable stratégie énergétique coordonnée, l'Europe a été pionnière dans le développement de capacités de production d'électricité à partir de sources renouvelables.
Bien qu'intermittentes, ces énergies sont propres, aujourd'hui bon marché et contribuent réellement à notre souveraineté.
À ce jour, certains pays, notamment en Europe du Nord, ont quasiment réussi à décarboner leur mix de production d'électricité grâce à elles. Ce n'est pas encore le cas d'autres pays tels que l'Allemagne ou encore l'Italie.
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Grâce au nucléaire et au parc hydroélectrique existant, la France n'a pas eu autant d'efforts à faire que ses voisins pour développer l'éolien, le solaire ou les batteries.
C'est ce qui explique qu'une grande partie de la production d'électricité française soit décarbonée alors même que la France n'exploite que faiblement ses ressources solaires et éoliennes qui sont parmi les meilleures d'Europe. La France jouit par exemple du deuxième potentiel éolien d'Europe derrière le Royaume-Uni. Pourtant, la France ne compte à ce jour que 25 gigawatts d'éolien terrestre contre 65 pour l'Allemagne. De la même manière, bien qu'elle bénéficie d'une superficie de presque deux fois celle de l'Allemagne, la France ne compte à ce jour que 24 gigawatts de photovoltaïque contre 103 pour l'Allemagne. Le potentiel inexploité de la France en matière d'énergies renouvelables est donc colossal.
Cependant, la France n'échappe pas au problème qui se pose à tous les pays qui souhaitent réussir leur transition énergétique : si la production d'électricité actuelle est largement décarbonée, le besoin de nouvelles capacités permettant de couvrir l'électrification nécessaire de l'industrie, des transports et d'une partie de la consommation du parc immobilier est colossal. En effet, la France est un pays désindustrialisé par rapport à l'Italie ou l'Allemagne. La part de la richesse annuelle créée dans le secteur manufacturier en France représente 9,4 % du PIB contre 16 % en Italie et 20 % en Allemagne en 2023. Ainsi ; si la France souhaite accroître sa part de l'industrie à 12 ou 13 %, l'offre d'énergie décarbonée doit très fortement augmenter. L'utilisation seule de l'énergie nucléaire ne permettra pas de produire suffisamment d'énergie à un coût compétitif. Seule l'association du nucléaire avec les énergies renouvelables le permettra. Un mix énergétique réussi est un mix diversifié.
De fait, que ce soit pour la France ou pour n'importe quel autre pays d'Europe, réussir la transition énergétique et assurer les conditions d'une croissance souveraine du point de vue énergétique nécessite d'investir massivement dans les énergies renouvelables.
Bien sûr, la France peut également miser sur le nucléaire, mais les réacteurs de nouvelle génération ne seront pas opérationnels avant au moins 15 ans et dans l'intervalle, seules les énergies renouvelables peuvent nous permettre de poursuivre notre transition énergétique et de couvrir les besoins de notre croissance à court terme. D'ailleurs, si nous bénéficions de centrales nucléaires parfaitement amorties, le nouveau nucléaire est à ce jour très coûteux.
Brider le développement des énergies renouvelables en misant sur de futures capacités nucléaires produisant certes une électricité non intermittente, mais dont le coût de production est nettement supérieur à cent euros du mégawattheure ne peut pas être la solution unique au problème de notre souveraineté énergétique.
La seule solution rationnelle est d'accélérer le développement de la transition en misant sur toutes les solutions pertinentes et complémentaires en étant lucide sur leur niveau de maturité. Le solaire, l'éolien terrestre et le stockage batterie sont immédiatement déployables en volume, les nouveaux EPR et les réacteurs SMR arriveront plus tard. Dans l'intervalle, la flexibilité de la demande et la sobriété énergétique doivent être développées.
C'est donc bien le sujet de la souveraineté qui doit être au cœur du débat, lequel ne peut se limiter à une vision monolithique centrée sur le nucléaire. Nous devons diversifier nos sources de production, phaser le développement de notre parc en fonction des technologies disponibles sans les opposer et nous donner les moyens de fournir l'électricité nécessaire à notre croissance décarbonée. C'est le meilleur choix à faire pour notre pays si nous souhaitons retrouver une partie de notre souveraineté.
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(*) Corinne Lepage est une femme politique française issue de la société civile. Cofondatrice, avec Christian Huglo, du cabinet Huglo Lepage Avocats en 1978, elle a exercé de nombreuses fonctions publiques : membre du Conseil de l'ordre et secrétaire du Conseil (1987-1990), ministre de l'Environnement (1995-1997), députée puis première adjointe au maire de Cabourg (1989-2001), députée européenne (2009-2014). Elle intervient dans de grandes entreprises sur l'évolution des enjeux climatiques et environnementaux liés aux enjeux économiques.
Anne-Sophie Alsif est Cheffe économiste de BDO France. Diplômée de Sciences Po Paris, de l'université Paris Dauphine et titulaire d'un doctorat en sciences économiques de l'EHESS. Anne-Sophie a débuté sa carrière au sein d'un fonds d'investissement. Elle rejoint le ministère des Affaires étrangères en 2013 au sein de la direction de l'économie internationale puis devient conseillère ministérielle auprès du ministre des Affaires européennes en charge des questions économiques, financières et commerciales. Elle a également travaillé à France Stratégie et à la Fabrique de l'industrie auprès de Louis Gallois. Elle est spécialiste des questions économiques internationales, européennes ainsi que des problématiques du commerce international. Elle a notamment travaillé sur les questions du protectionnisme à travers son ouvrage " la France est-elle exposée aux risques protectionnismes" publié au Presses des Mines. Elle est également professeur d'économie à la Sorbonne et membre du Directoire de l'Association française des Sciences économiques.
Serge Savasta est le président d'Omnes Capital, acteur européen du private equity dédié à la transition énergétique avec 6.7 milliards d'euros sous gestion. Serge a rejoint Omnes en 2006 en tant que directeur d'investissements. Serge est titulaire du MBA d'HEC et ingénieur de l'Ecole Spéciale des Travaux Piblics.
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