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Jean Therme, la locomotive

Hélène Goyet

Publié le 07 novembre 2009 à 15:36 - Mis à jour le 20 février 2014 à 11:42

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Il est au cœur de tous les grands projets technologiques qui rythment Grenoble depuis dix ans : Minatec, Minalogic, Nano 2012 (Crolles 3), Nanobio, Nano Innov, le Plan Campus… Et maintenant Giant, un campus de l’innovation qui verra le jour sur la presqu’île scientifique. Et pourtant : ni industriel ni élu, Jean Therme, 56 ans, est inconnu du grand public. Enquête sur une locomotive boulimique d’activité.

Fin septembre, Christian Estrosi était en visite à Grenoble, plus précisément au CEA où Jean Therme son directeur, l'accueillait, entouré de tous les élus de l'agglomération. Le ministre chargé de l'Industrie venait annoncer son soutien à la plate-forme Steeve qui va créer des prototypes de batteries de nouvelles générations pour les véhicules électriques. Avec à la clef, une aide de l'Etat de 7,5 millions d'euros. Avant Christian Estrosi, tous les ministres de l'Economie, voire les Premiers ministres (François Fillon en septembre 2008) s'étaient rendus au CEA Grenoble. Un passage obligé pour parler d'innovation et de nouvelles technologies depuis que Jean Therme a pris la direction du centre grenoblois en 2000 et la direction de la recherche technologique du CEA en 2003. Depuis dix ans, cet inconnu du grand public est à l'initiative de tous les grands projets grenoblois, dont plusieurs sont devenus des modèles nationaux. Cordial, en manches de chemise dans son grand bureau anonyme, il assume sans fausse modestie cette omniprésence comme s'il n'y avait là rien à remarquer. La notoriété? « Je m'en moque ». Le pouvoir? « Ce n'est pas ce qui me fait avancer ». L'appât du gain? « Je n'ai aucun intérêt financier dans ces affaires et je gagne trois fois moins que si je travaillais dans le privé ». L'ego? « Mes origines paysannes m'en protègent». Il raconte comment il a inventé le modèle Minatec lorsque devenu en 1999 directeur du Léti, le laboratoire de recherche du CEA, il imagine un avenir au centre qui entame sa dénucléarisation. Il vient de passer dix ans à reconstruire la micro-électronique grenobloise et à hisser STMicroelectronics, avec son patron Joël Monnier, parmi les leaders mondiaux. Il va construire le futur du Léti autour des grands enjeux du XXIème siècle, l'énergie, la santé, les technologies de l'information et de la communication. « C'est un visionnaire », affirment ses admirateurs. Lui explique puiser ses idées dans les travaux du Club de Rome qui, en 1962, décrivait déjà les limites de la planète. Un de ses crédos, « Agir en local, penser global » a été inventé par Jacques Ellul dans les années quarante. Minatec sera le nouveau modèle de développement du CEA. Jean Therme entraîne avec lui l'INPG, les collectivités, les industriels... En 2006, il inaugure ce centre d'excellence en micro et nanotechnologies qui alimente les développements en R&D de nombreux industriels, dont STMicroelectronics. Ce sera l'un des atouts pour la décision d'extension de Crolles 2 et le montage du projet Nano 2012 (2,3 milliards d'euros sur cinq ans). Le CEA Léti est l'unique partenaire non industriel de cette nouvelle Alliance ST/IBM. Le célèbre triptyque grenoblois industrie-recherche-université, théorisé par Jean Therme, servira de modèle à l'élaboration des pôles de compétitivité, parmi lesquels Minalogic, pôle mondial. En 2006, alors qu'on célèbre le cinquantenaire du CEA Grenoble, Jean Therme annonce publiquement le projet Giant. « C'était un scoop, personne n'était au courant », plaisante-t-il, content de son effet de surprise.

Le coup d'après

« II prépare toujours le coup d'après... il a dix ans d'avance... ». La plupart de ceux qui le côtoient lui attribuent une singulière capacité d'anticipation. Qualité précieuse dans un domaine, l'innovation, où la compétition est mondiale et où le gagnant d'un jour peut être détrôné le lendemain. En mai 2006, commentant le lancement de Minatec, il songe déjà à l'avenir. «La façon dont le système grenoblois fonctionne surprend le monde entier par son efficacité. C'est un modèle de rupture que nous avons élaboré dans les années 90. Il a réussi, mais maintenant, il faut aller plus loin », explique-t-il alors. L'étape suivante, ce sera Giant. Que la ville ne figure pas - ou en très mauvaise position - dans le classement de Shanghai, chagrine ce compétiteur qui veut jouer dans la cour des grands au niveau mondial. Ce MIT à la française devrait accueillir d'ici 10 à 15 ans, quelque 15000 personnes. Le succès de Giant ne reposera pas seulement sur l'excellence de ses programmes de recherche mais sur la qualité de vie offerte sur le site appelé à devenir un véritable quartier. Thierry Grange, directeur de Grenoble Ecole de Management, salue l'intelligence stratégique de Jean Therme: « Il a compris qu'il ne suffit plus d'être une grande place dans les technologies avancées. Il faut aussi piloter l'environnement. Grenoble est connu mondialement pour ses contenus, mais par un petit nombre de chercheurs. Or, pour avoir une visibilité globale et attirer les meilleurs étudiants et chercheurs venus du monde entier et davantage d'entreprises, il faut être connu pour un contenant. C'est l'objectif de Giant. Or, ni la ville qui n'est qu'un aménageur de béton, ni les universités qui ronronnent sur leurs acquis, n'étaient capables de concevoir un tel modèle de développement intégré. En revanche, donner un avenir au CEA Grenoble était urgent. Et au sein du CEA, le plus pressé, c'est Jean Therme ».
Ce poids de l'établissement et de son directeur dans l'économie grenobloise fait des envieux. Dans un livre [Lyon Grenoble. La nécessité d'une Mégalopole. Jean-Michel Gliner. Juin 2009, NDLR] publié récemment, Jean- Michel Gliner, fondateur et ex-PDG de Silicomp (vendu à France Telecom en 2007) rend hommage à celui qui a réussi « à positionner Grenoble au firmament mondial dans le domaine des micro et nanotechnologies ». « Dans la chasse aux financements publics et aux aides, poursuit-il, Jean Therme a cherché, et cela se comprend, à maximiser sa part. Je regrette simplement qu'il n'existe pas de leader équivalent dans le domaine des usages des technologies de l'information et de la communication... Ce qui aurait permis de parvenir à un système beaucoup plus équilibré ».

Coriace

Minatec comme Giant associent chercheurs et industriels, financements publics et privés, centres de recherche, universités; collectivités locales et décideurs nationaux. Réunir tous ces partenaires implique de balayer les pré-carrés, ménager les susceptibilités, résister aux pressions, aplanir les dissensions, et quelquefois passer en force pour arracher la décision. Dans cet exercice, Jean Therme déploie d'incontestables talents de conviction et de rassembleur. Son charisme, son franc parler, porté par un physique de rugbyman, font merveille. Ses qualités d'orateurs et son débit de mitraillette laissent ses interlocuteurs épuisés… et sans voix. De plus, reconnaissent même ses détracteurs, « il est sympathique » et volontiers blagueur. Travailleur, obstiné, il ne renâcle pas à la tâche. Il aime rappeler qu'il a conduit pas moins de 170 réunions avec des transparents (sa botte secrète) pour convaincre tous les décideurs de l'intérêt du projet Minatec. Récemment, il est parvenu à forcer les universités à s'entendre autour du projet de Plan Campus grenoblois. « Lorsque c'est nécessaire, il rentre dans la bagarre, il mouille la chemise », souligne Thierry Grange. « Il verrouille tout, il veut tout contrôler », s'énerve un détracteur... qui préfère rester anonyme. L'intéressé reconnaît volontiers son côté parfois brutal: « Je pense que pour réussir, il faut définir les fondamentaux et ne jamais les lâcher. Si on a ce courage, on finit par arriver à ses fins. C'est ce qui explique que parfois, je passe en force et que j'ai la réputation d'être coriace. Certains disent autoritaire». Paul Jacquet, président du groupe Grenoble INP qui a travaillé quatre ans à ses côtés sur le projet Minatec, confirme: « Il a une stratégie, sait ce qu'il veut et où il va. Pour le partenaire, la question est de savoir comment on rentre dans le projet, quelle est sa propre stratégie. Des zones de friction peuvent surgir, mais si chacun possède une stratégie bien définie, on trouve une solution pour sortir par le haut. Et ensuite, il ne s'agit plus de tergiverser ». Paul Jacquet reconnaît aussi à son collègue du CEA une qualité rare, celle de « tenir ses engagements contre vents et marées ».

« Gosse de pauvres »

Son caractère tenace, son obstination, Jean Therme les attribue à ses origines modestes. Il ne manque pas une occasion de rendre hommage à sa mère, une « intellectuelle » et à son père, paysan et distillateur savoyard: « C'est le dernier homme libre que j'ai connu ». Ces origines lui ont forgé le caractère. « Quand on n'a pas d'argent, il faut se débrouiller, développer des capacités de survie, aller chercher à l'extérieur ce dont on a besoin. C'est la différence entre les gosses de riches et les gosses de pauvres». Aujourd'hui il habite avec son épouse et ses deux filles une maison écologique, construite sur les terres familiales, au-dessus de Chambéry. Cet enracinement lui est indispensable. «Je suis né dans ce village, j'y ai passé mon enfance, j'y suis attaché. Si vous me déracinez je meurs ». Un atavisme rural qui lui a fait refuser des postes basés à Paris, même s'il passe plusieurs jours par semaine à entretenir ses réseaux parisiens, à la direction nationale du CEA ou au sein des nombreux conseils d'administration et commissions ministérielles qui font appel à ses compétences. Il a repris les terres de sa famille, les cultive, et élève un troupeau de moutons. Il adore abréger les réunions parisiennes en prétextant qu'il doit partir « pour aller soigner les bêtes»! L'effet est garanti. Jean Therme aime entretenir sa légende de paysan, dur à la tâche. « Un hectare à faucher, quand le terrain est pentu, ça prend du temps et ça exige beaucoup d'effort, mais on s'aperçoit qu'en étant tenace, on y parvient ». Une leçon de vie, affirme-t-il.

Des élus sous influence?

Pour mener à bien ses projets, le patron du CEA bénéficie du soutien sans faille des collectivités.., qu'elles soient de droite (en Savoie) ou de gauche (en Isère). A la Ville de Grenoble, Michel Destot, ancien ingénieur du CEA, et Geneviève Fioraso, ex-dirigeante d'entreprise technologique, ne tarissent pas d'éloge sur Jean Therme, « personnage le plus emblématique du modèle de développement grenoblois ». La Ville, qui n'a pas pour mission de financer l'économie, pèse de tout son poids pour soutenir et populariser les grands projets imaginés par le patron du CEA. Au Conseil général, André Vallini a fait voter, sans difficulté et quasiment sans débat, la maîtrise d'ouvrage de Minatec par l'assemblée départementale (200 millions d'euros d'investissement au total). La Métro Communauté d'agglomération assure la maîtrise d'ouvrage de Nanobio (23,5 millions d'euros), projet associant le CEA, l'Université Joseph Fourier et le CHU. A la Région, Roger Fougères, vice-président à la Recherche, admire « cet homme d'action, ce formidable porteur de projets, ce visionnaire capable d'imaginer puis de mener à bien des projets ambitieux comme Minatec, l'INES (Institut national de l'énergie solaire) ou Giant ». L'élu régional se félicite d'avoir pu attirer à Lyon une implantation du CEA. En Savoie, le sénateur Jean-Pierre Vial a conduit pendant dix ans le projet de création de FINES avec Jean Therme: « On a été formidablement aidé par son expérience, ses responsabilités dans le CEA mais aussi son courage et sa combativité. Il fallait un homme convaincu sur les énergies renouvelables et le solaire. Il y a dix ans, c'était un véritable défi ». Un unanimisme qui peut pousser à s'interroger sur le processus de prise de décision politique.
Pour l'écologiste Vincent Comparat, les élus ont perdu tout sens critique: « Jean Therme a réussi à mettre les collectivités sous influence. Elles n'ont aucune réflexion sur le développement à long terme des technologies développées à Grenoble. La Ville a accepté de financer des équipements qui relèvent de la compétence de l'Etat ou de la Région, alors qu'on manque d'argent public pour des activités non délocalisables ».
Jean Caune, qui fut jusqu'en 2008 vice-président au développement universitaire, scientifique et aux nouvelles technologies à la Métro, formule aussi des critiques sévères à l'égard des élus. « Je m'interroge non pas sur l'action de Jean Therme qui obéit à la stratégie de son administration, le CEA, mais sur l'influence qui est la sienne auprès des élus. Avec son talent, son dynamisme, son charisme, il les embarque. Il est arrivé à les persuader que ce qui est bon pour le CEA est forcément bon pour le développement économique de la ville. Grenoble ayant misé sur le développement technologique, les élus font une confiance totale à l'expertise du CEA. Ils ne se donnent ni les moyens, ni le temps de questionner les progrès scientifiques et techniques. Si Jean Therme instrumentalise les élus, c'est parce que ceux-ci le veulent bien », conclut-il. Une critique écartée par les principaux intéressés. « On peut dire que Jean Therme est un homme d'influence, mais celle-ci s'exerce dans des projets partagés avec les élus, les industriels, les chercheurs, souligne Jean-Pierre Vial. Et pour mener à bien les projets communs, il faut que tous les maillons tiennent, que chacun obtienne le soutien de son institution, des autorités locales, régionales... L'enthousiasme et la combativité d'un seul ne suffisent pas ». Roger Fougères revendique aussi sa propre stratégie. « Nous nous sommes engagés dans Nano 2012 parce que la Région souhaitait soutenir la filière microélectronique. Nous avons interrogé le CEA et STMicroelectronics sur les impacts sociétal et environnemental de ce projet, et nous allons poursuivre la réflexion. Jean Therme est évidemment tributaire d'une stratégie qui est celle du CEA, mais c'est un interlocuteur très ouvert qui peut évoluer et tenir compte des demandes des élus ».

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Dénucléarisation

Sa capacité à convaincre, Jean Therme l'applique à tous ses interlocuteurs, salariés du CEA inclus. « Vous lui donnez un écran et en vingt minutes, avec ses transparents, il est capable de retourner une salle qui, au départ, n'était pas acquise à ses arguments. Dans cet exercice, il est brillant », reconnaît Patrice Clément, syndicaliste, élu CFDT au comité d'établissement et au comité national. En dix ans, Jean Therme a mené presque à son terme la dénucléarisation du CEA Grenoble, sans conflits sociaux. « Certains collaborateurs avaient peur, des activités allaient être supprimées, des reconversions étaient obligatoires. Mais il a déployé de gros efforts pédagogiques pour expliquer son projet et il s'est engagé à trouver un poste à tous les salariés du nucléaire qui souhaitaient rester à Grenoble. Et il a tenu parole », explique Patrice Clément. Le syndicaliste apprécie « les capacités d'écoute » du patron, « qui ne fuit jamais le dialogue et a su garder de la disponibilité ». Le patron, quant à lui, juge le syndicaliste courageux - « être syndicaliste en 2009, c'est un sacerdoce » - et utile: « il constitue un bon ressort de rappel si je commets des excès». Les deux parties s'accordent sur le diagnostic: le CEA Grenoble se portait mal lorsque Jean Therme en a prit la direction. II perdait 80 personnes par an et l'abandon du nucléaire risquait de détruire des emplois. Or, en neuf ans, les effectifs sont passés de 1900 à 2600 salariés en CDI dont 1000 au sein du Léti, alors qu'à l'échelle nationale, les effectifs et les budgets stagnent. Si les syndicalistes partagent aujourd'hui la plupart des options stratégiques de leur directeur, il leur faut parfois en affronter les foudres. « C'est vrai, je peux me mettre en colère lorsque je suis très fatigué ou lorsque je trouve que les choses ne vont pas assez vite. Mais une fois la colère passée, je ne garde aucune rancune », plaide l'accusé. « Il peut être très susceptible et se buter sur certaines questions », poursuit Patrice Clément. Il en est ainsi des horaires de travail, sujet de conflit depuis plusieurs mois au CEA. Jean Therme a institué des horaires de travail fixes: 7h55- 16h 35. Or, constatent les syndicalistes, les salariés dans leur majorité ne les respectent pas, et plus de 50 %d'entre eux sont encore au travail à 18h. Alors, pourquoi ne pas instituer les horaires variables qui, de plus, réduiraient les embouteillages le matin? « Parce qu'il faut se lever tôt pour venir travailler. On est plus en forme le matin », grommelle le fils de paysan. Et puis, il ne supporte pas les «fainéants » et a l'impression que ces horaires variables seraient pour ceux-là une opportunité. « Ces horaires, c'est pour moi un point fondamental que je n'ai pas envie de changer». La discussion est close.
Echange difficile aussi lorsqu'il s'agit d'évoquer l'éventuelle nocivité des nanotechnologies. Cette mise en cause déclenche son courroux lorsque l'attaque est menée par PMO (Pièces et Main d'œuvre) qui combat « les nécro technologies » et leur chef de file. Blocage de grues sur les chantiers, perturbations de réunions publiques, attaques personnelles... Jean Therme refuse de débattre avec « des individus qui ne respectent aucune règle du débat démocratique ». Mais il ne rejette pas les interrogations. « Elles sont légitimes. Il n'y a pas d'activités humaines sans risque. Comme pour toutes les avancées technologiques, il faut mettre en parallèle les bénéfices et les risques ». Mais pour l'heure, Grenoble n'a pas encore initié ce grand débat public sur les options de développement.

Le grec ou la philosophie

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Après dix ans de succès, quel avenir se prépare le patron du CEA? Jusqu'à présent, il a rencontré peu d'oppositions sur sa route. Mais il reste lucide. Il n'est pas issu du Top 5 des grandes écoles françaises, n'a pas appartenu aux grands corps d'Etat, ne bénéficie pas de protection politique. Cette notoriété dont il jouit aujourd'hui, il sait qu'elle peut voler en éclats demain. Pour l'heure, cet atypique fait l'unanimité parce qu'il réussit, mais « le jour où j'aurai un problème, vous verrez, ce sera la curée », prévient-t-il en riant. Il espère en réchapper avant la fin de sa carrière. A 56 ans, ce boulimique d'activité avoue une certaine fatigue: « Je suis en déplacement plus de trente heures par semaine, c'est épuisant ». Mènera-t-il à son terme l'objectif Giant? « Ces projets n'ont jamais de fin. Il faut toujours imaginer la suite», tranche-t-il. Jean Therme affirme - même si on a du mal à le croire - qu'il ne sera plus à son poste dans dix ans. « Je peux me passionner pour beaucoup de choses. Aujourd'hui, je suis connu, respecté, écouté, y compris à Paris. Je pèse sur des décisions importantes. Mais je peux très bien me passer de tout ça. Je ferai du grec, de la philosophie... ». L'œil rivé sur le devenir de la planète, anticipant les effets du réchauffement climatique et l'épuisement des ressources pétrolières, « l'écolo des champs » surprend encore en jetant une nouvelle idée: « Aujourd'hui, il faudrait affecter des milliers de chercheurs pour trouver la solution pour produire du charbon propre, ce minerai étant la seule réserve énergétique de la planète. Mais cela n'intéresse personne ». Sur cette proposition-là, le visionnaire n'a pas été entendu.

Hélène Goyet

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