La finance islamique s'installe à Paris

La France n'a pas attendu la crise pour se pencher sur la finance islamique. En témoigne l'existence de certains établissements, comme le Crédit Agricolegricole AM qui, en dépit de son enracinement bien hexagonal, n'en est pas moins présent depuis 1993 dans un grand nombre de pays du Golfe. Il n'empêche, si l'intérêt n'est pas récent, depuis dix-huit mois, il se renforce. Depuis janvier 2008, date de la mise en place de la Commission Finance islamique par Paris Europlace, autorités de régulation, gouvernement, et acteurs de la place financière de Paris s'activent à la création d'un environnement « charia-friendly ».À cette fin, les ajustements nécessaires au développement de ce type de finance ont été mis en place. Et des projets, lancés, dont certains pourraient aboutir d'ici la fin de l'année. Deux dossiers d'agrément de banque islamique ? les investisseurs sont issus du Golfe, du Qatar et du Koweït essentiellement ? font déjà l'objet de discussions à la Banque de France. Du côté des marchés, Nyse-Euronext envisage de créer un indice de valeurs « charia-compliant ». Et, la place de Paris travaille à la cotation prochaine de « sukuk » ou obligations islamiques. « Le régime juridique qui permettra l'émission de sukuk en droit français est en cours de finalisation », explique Gilles Saint Marc, avocat chez Gide Loyrette Nouel et président de la Commission Finance islamique de Paris Europlace, « il utilisera la technique de la fiducie. Ce dispositif devra être adopté au Parlement. Plusieurs émissions de sukuk devraient suivre dans la foulée ». Selon lui, « les régions françaises pourraient avoir recours aux sukuk pour financer leurs projets d'infrastructures. C'est ce qu'avait fait le Land de Saxe en 2004 », ajoute-t-il. En ces temps difficiles, le besoin d'éthique est mis en avant par les promoteurs du développement de cette finance. croissance à deux chiffresSelon l'étude du cabinet Oliver Wyman, la finance islamique ne représenterait aujourd'hui que 1 % des actifs financiers mondiaux, mais elle aurait connu un taux de croissance de 30 % depuis 2000. Ainsi, en 2007, elle représentait 660 milliards de dollars d'actifs et 53 de revenus, mais, en 2012, elle pourrait atteindre 1.600 milliards de dollars d'actifs et 120 de revenus. Selon cette étude, assure Elyès Jouini, vice-président chargé de la recherche à l'université Paris-Dauphine, « la moitié des 1,4 milliard de musulmans dans le monde seraient prêts à opter pour des produits islamiques s'ils étaient compétitifs ». « La France, poursuit-il, avec la plus large population d'Europe, et une forte concentration dans les grandes villes, est un bon exemple de pays en friche. Les deux tiers des musulmans de France seraient intéressés par des produits islamiques. »Marjorie Bertouille

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