Des fonds reviennent sur le marché du crédit

« C'est quand personne ne veut y aller qu'il faut y aller. » Ce dicton de trader prend tout son sens en ce moment sur les marchés du crédit. Depuis le début de l'année, ils ont subi une chute vertigineuse de leur valeur. Du coup, ce maelström commence à susciter des intérêts parmi les hedge funds. À Londres, essentiellement, mais aussi à Paris, quelques fonds viennent de se monter ou sont en train d'être constitués pour investir sur le marché du crédit. Ils sont à l'affût de nombreuses opportunités qui émergent, notamment grâce au désendettement massif des banques. « Les banques européennes vendent tellement d'actifs et il y a si peu d'acheteurs que leur prix sont très bas », explique Yves Leysen, responsable d'un hedge fund crédit de 165 millions d'euros chez Pamplona, un fonds à capitaux russes. Il investit dans des créances hypothécaires décotées ou qui feront défaut, mais dont le remboursement devrait permettre de tirer une plus-value. Cet ancien patron des activités de marché de crédit de Bear Stearns en Europe a commencé à investir en septembre et attend des rendements d'environ 20 % à 25 % sans utiliser d'effet de levier dans le fonds. Ces actifs immobiliers étant les plus touchés par la crise, ils sont ceux qui offrent le plus d'opportunités. Le hedge fund français Tikehau Capital fait partie de ceux qui les saisissent via un fonds de 125 millions d'euros, spécialisé sur le crédit lancé fin 2007, et déjà investi à 30 %. Un deuxième fonds pourrait être levé en 2009.Plus que des chasseurs d'affaires, ces fonds justifient leur utilité dans le marché. « Nous apportons de la liquidité à ceux qui n'en ont pas », comme les banques ou certains hedge funds, explique Antoine Flamarion, associé fondateur de Tikehau Capital. encore peu d'acteursSi ces fonds se multiplient sur les marchés du crédit, les banques les imitent. BNP Paribas a lancé une activité d'investissement dans la dette décotée (« distress »). De manière traditionnelle, les grandes banques d'investissement ont des petites équipes dédiées à ce type d'investissements en période de crise.Pour autant, certains restent plus prudents et préfèrent investir dans les dettes et obligations des entreprises plutôt que dans l'immobilier. C'est le cas de Loïc Fery, ancien patron des activités de marché de crédit chez Calyon, qui vient lui aussi de monter son hedge fund, baptisé Chenavari. Il privilégie les obligations décotées de sociétés qui demeurent pourtant très saines, comme dans le secteur pétrolier ou de l'énergie. Pour le moment, il se contente de jouer sur la volatilité des indices de crédit. « Nous n'investissons pas encore dans les actifs dépréciés, car le marché du crédit peut continuer à baisser. Cependant, nous avons mis en place notre fonds qui nous permettra d'être très réactifs le moment venu », explique Loïc Fery. L'investissement sur le marché du crédit n'est pas pour autant un marché sur lequel ces fonds se ruent. « Le moment n'est pas encore venu de tout investir?; c'est pour cela que nous gardons du cash », confie Yves Leysen. Le marché de la dette décotée s'amorce, avec encore peu d'acteurs mais qui devraient être plus nombreux dans les prochains mois. Matthieu Pechberty

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